‹ Principes de pathologie généraleChapitre 9 sur 180 · XII · texte numérisé non relu

XII

Pu reste, la plupart des auteurs qui ont écrit sur la médecine générale, en reconnaissent les rapports évidents avec cette part élémentaire et sûre de la philosophie. Presque tous prétendent asseoir leur science sur des principes généraux, ou mieux sur des préjugés qu’ils adoptent comme principes. Nous les verrons confesser un sensualisme plus ou moins absolu. Pouvait-il nous être défendu de repousser ces principes désastreux et d’établir les légitimes? Pour ceux-ci, j’en conviens, la démonstration sort des régions où les médecins sont habitués à se maintenir, alors qu’ils abordent les questions philosophiques. Oui, il faut élever son esprit , et l’enlever à l’asservissement des préjugés vulgaires, pour voir en face les conditions souveraines des choses; oui, il faut le fortifier dans la contemplation des vérités premières pour les appliquer avec fermeté sur l’ensemble des faits observés. Rien de plus vrai, et je reconnais ces difficultés. Mais c’est un des caractères de la vérité d’être d’un accès difficile, et l’on ne s’en empare pas comme d’un bien méprisable et sans des efforts soutenus.

Sensualistc ou spiritualiste, il faut choisir : parmi nous , la foule et ses initiateurs sc sont déclarés sensualislcs (t). On a dit que la médecine subissait ordinairement l’inlluence des doctrines philosophiques régnantes. Cela est exact, lorsque ce sont les conceptions systématiques qui régnent. Celles-là s’emparent promptement de notre science, et y accumulant de vains mirages, y affaiblissent toutes les fortes traditions. II n’en est plus de même lorsque les inspirations philosophiques semblent remonter aux sources du bien et du vrai. Les erreurs qui sont de partout discréditées, semblent dès lors trouver

(1) Je ne puis ne pas rappeler ici les protestations dcM. Icdocteur Pidoux, et ses efforts en faveur d’urc rénovation philosophique de la médecine. Je signalerai» en particulier, le travail plein de vues justes et profondes qu’il a publié sous ce litre? De la nécessité du spiritualisme pe ur régénérer les sciences médicales.

chez nous un refuge inviolable. Ainsi , nous vivons sur les habitudes léguées par le philosophisine de la sensation, sur toutes les confusions accumulées par Locke et par Condillac. Ces confusions se sont dissipées devant la renaissance moderne des sciences philosophiques ; en médecine, on en est encore à professer, sous leur plus brutale expression , ces principes, ailleurs non-seulement vaincus, mais méprisés, car ils abaissent toutes les ardeurs généreuses de l’intelligence.

Page 1