CXV
L'étiologie organieienne qui, prenant la cause dans le monde physique, renonce à expliquer le mécanisme pathogénique, ne peut donc livrer que des connaissances accessoires à la maladie. L’histoire, la classification des causes, sout par cela en dehors de l'histoire réelle et de la classification des maladies. L’examen du fait morbide s’isole de la cause qui le produit on ne sait comment. On s’attache à pénétrer le mal en dehors de ses rapports de causalité, à le décrire empiriquement, à le caractériser, à le dénommer, à le classer par les seuls signes sensibles. On étudie, d’uu côté, les causes en soi; de l'autre, et en eux-mêmes , les désordres et les lésions qui sont seuls la maladie. Causes et maladies sont placées parallèlement, mais sans se pénétrer mutuellement, sans engagement réciproque qui les lie et les voue les unes aux autres.
Celte séparation des causes et des maladies se fortifie encore par ce fait, que rien n’est plus variable et incertain que la cause ainsi conyue. L’association d’une telle cause avec l’his toire exacte des lésions et des troubles organiques souffre par cela seul des difficultés insurmontables. « On est tenté, dit le professeur Chomel, d’admettre avec Testa qu’il u’y a, à proprement parler, aucune cause morbifique, rien de nuisible par soimême. » Les principes contagieux semblent seuls faire exception ; en dehors de ceux-ci, tout peut être cause, et rien ne l’est de quoique ce soit certainement. Souvent même les probabilités les mieux fondées sont en défaut. Telle cause, eu apparence, légère et fugace, produira des états morbides graves, et en opposition parfois avec le caractère de la cause observée ; telle
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autre qui semble menaçante n’amènera que des effets légers et douteux. En d’autres cas, l’application directe d’une cause, d’un principe contagieux lui-même , demeure sans résultat morbide ; ou à l’inverse, la maladie contagieuse naît sans cause appréciable, sans contagion manifeste. One d’incertitudes ! Comment les faire entrer dans le cadre d’une science positive? comment surtout les tenir pour règle de celte science ?
Ceux donc qui ne croient pas que l’on puisse atteindre au mode de la production morbide, se trouvant en présence de l’instabilité de la cause et de l’inutilité de sa connaissance, aboutissent de partout à la nullité de l’étiologie. Aussi, de l’aveu formel nu indirect de ces pathologistes, l’étiologie d’une maladie est le plus souvent une partie presque indifférente de son histoire; elle est comme une monotone énumération, reléguée la plupart du temps à la tin de l’exposition, et inutile à la description qui précède. Ce dernier paragraphe, sans lequel tous les autres ont pu s’écrire et la maladie être racontée, est là comme une obligation vulgaire à remplir. Les élèves ne s’arrêtent bientôt plus à ces lignes négligées et triviales; ils délaissent une étiologie où la cause et l’effet ne s’entretiennent par aucun lien appréciable. Comment y devineraient-ils celte étiologie véritable ou la cause n’est rien sans le mal qui la réalise, et le mal rien sms la cause par qui il est réalisé?