‹ Principes de pathologie généraleChapitre 95 sur 180 · CXV · texte numérisé non relu

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Cependant la science organieienne sentit instinctivement le besoin de masquer la pauvreté de l’étiologie qu’elle instituait. En outre, abandonnant les théories patliogéniques, pour établir une étiologie indépendante des réalités morbides qu’elle engendre, elle chercha à harmoniser celte étiologie avec les autres parties de la science. Dans ce double but, on s'efforça de vaincre la mobilité des causes morbifiques, et d’en ramener l’étude à des allures positives, de façon à la mettre au niveau

DE L’ÉTIOI.OOiIE.

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des autres entreprises scientifiques. On voulut faire île l’étiologie exacte comme on avait fait de la médecine exacte.

A cette tin, on appliqua à la recherche des causes le calcul, les statistiques, la méthode numérique. En réalité, on ne transformait ni n’agrandissait par là le rôle réel de l'étiologie ; la production de la maladie n'en recevait pas de lumières nouvelles; mais en dressant, sur ces causes variables, des tableaux statistiques symétriquement ordonnés, en classant par ordre de fréquence ces prétendues causes de maladie, et cela à propos de chaque espèce morbide déterminée, on instituait nn travail qui pouvait en imposer par l’appareil sous lequel il s’offrait, et sembler important dans l’histoire même de la maladie. L’illusion était d’autant plus aisée que ces travaux présentaient une utilité incontestable; non celle, il est vrai, d’éclairer sur la cause véritable, sur la nature même des maladies, mais celle de révéler des rapports généraux entre certaines conditions extérieures, publiques ou privées, et la manifestation parallèle de certaines maladies, ou encore de rattacher à des conditions plus ou moins influentes d’àge, de tempérament, d’hérédité, de sexe, l’apparition de telle ou telle affection. 11 y avait là des enseignements précieux, multipliés avec succès par la science moderne; mais ces enseignements organisaient, pour ainsi dire, une science à part, une science générale des causes, placée en regard de la science générale des maladies ; néanmoins demeurant étrangère au fait morbide lui-même, n’en livrant pas la raison d’être, ne l’introduisant pas dans les spontanéités vivantes de l’économie.

En outre, ces statistiques, même les plus complètes, ne s’étendent pas loin et sont nécessairement incomplètes; elles ne peuvent embrasser que le moindre nombre des conditions morbigènes. Les plus nombreuses, et souvent les plus importantes de ces conditions échappent ; ce sont celles que l’on ne peut déterminer par des caractères extérieurs, que rien ne trahit et ne fixe au dehors. Comment les saisir celles-là et les

PRINCIPES r»E PATHOLOGIE GÉNÉRALE.

soumettre au calcul? Comment, par exemple, toucher à ces constitutions de l’air et des saisons qui, s'appliquant à la production des maladies aiguës, s'appellent constitutions médicales? Les nier, sur l’autorité d’un vrai positivisme, comme le fait le professeur Forge! , n’est qu’une faible ressource, et l’on n’y a plus guère recours. L’histoire de l’art, et chaque jour l’observation simple et droite du praticien sans prévention nous les attestent avec une fermeté que les assertions d'une science systématique ne sauraient ébranler. Perçoit-on davantage les conditions extérieures qui donnent le cachet épidémique à telle affection et la rendent si dissemblable de ce qu’elle est dans son type sporadique? Tout cela échappe à nos sens, et, par conséquent, au calcul -, tout cela empêche que l’on ne puisse, vis-à-vis de toutes les espèces morbides obslractivement considérées et en bloc, dresser un tableau statistique fidèle. L'inconnu que ces statistiques ne peuvent fixer, dépasse toujours le connu sur lequel elles s’exercent. 11 y a plus : même lorsqu’elles paraissent loucher à des éléments accessibles, ces statistiques ne conservent qu’une valeur secondaire et presque illusoire, en regard du fait particulier. Les conditions individuelles, complexes, variables, accidentelles ou lentement acquises et profondément empreintes, se dérobent à tout numérisme. Nul ne pourra jamais contraindre et distribuer en une méthodique énumération ces dispositions dont le nombre égale, à vrai dire, celui des individus. Le travail serait à recommencer à chaque cas; à chaque être vivant, il faudrait une investigation et une solution particulière, tout comme si la statistique générale n’avait rien dit.

Impuissante à changer le génie propre de l'étiologie orguoicienne, à saisir l’ensemble des conditions extérieures des maladies, à rien révéler enfin relativement à l’individu malade, la statistique ne peut donc donner à l’étude des causes une importance qu’on lui refusait sans retour, dés lors que l’on proscrivait la recherche de l’action palhogénique.

DE l'ÉTIOUIGIB.

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Que pouvait devenir la science en face de celte étiologie muette et fuyant l'action? Une collection de phénomènes dont la cause douteuse et nominale n apperait jamais pour les rattacher à une puissance effective, un vaste recueil de symptômes et de lésions que l’on voit, que l’on mesure, que l’on apprécie sur le seul rapport des sens. On pressent quelle science mal assise, livrée à tous les doutes, chancelante sur la perfide mobilité des apparences, doit sortir de ces conditions inférieures. Et l’art qui découle de cette science, où peut-il trouver un fondement solide? Nulle part, car les déterminations pratiques présupposent des déterminations scientifiques , c’est-à-dire soutenues sur la connaissance des causes. Bcduit à s’appuyer sur les phénomènes, sur les formes changeantes de l’ensemble symptomatique, l’art tombe au plus bas de l’empirisme, quel que soit le semblant scientifique dont on voile celle chute. La méthode numérique, avec laquelle on a tenté de dogmatiser cet empirisme, demeure incapable de rien découvrir; elle u’aurait pu se produire, si elle n'eût trouvé un art créé sans elle et qui lui fût un sujet d’application. C’est au doute que l’étiologie qui part du doute devait conduire lu médecine. Si, malgré tout, la pratique et l’art subsistent, c'est que les traditions et l'instinct rendent les médecins supérieurs A leur science, les garantissent contre leurs propres conceptions, les sauvent de toutes les conséquences de leurs principes.

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