‹ Principes de pathologie généraleChapitre 96 sur 180 · S CXV1I · texte numérisé non relu

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L’erreur est vouée aux opinions incertaines et changeantes ; c’est même une de ses nécessités de ne pouvoir se produire sous un aspect, sans qu’elle le renie peu après et en revête un autre, afin d’échapper ainsi à l’assaut des vérités dont elle usurpe le rôle. L’organicisme, constant dans sa voie, trouve en face de lui une patliogénie toute physico- chimique; il l’aborde hardiment, cherche de côté et d’autre le mécanisme

de l’action morbifique. Or, après des tentatives plus ou moins heureuses, il se heurte à des maladies où l’explication la plus grossière devient impossible, ou bien les explications qu’il tenait pour les mieux fondées craquent de partout sous un libre examen. L’organicisme non découragé édifie alors une autre étiologie où le mode d’action, où toute poursuite de la cause prochaine, contenante, effective des maladies, sont qualifiés de chimère. Mais cet abandon devient lui-rnéme le signal d’une ruine complète; l’étiologie organicienne n’est plus qu’une inutile étude; elle ne soutient plus la science des maladies; celle-ci se convertit en un phénoménalisme vide de toutes les réalités morbides. Sous cette nouvelle pression, l’organicisme transforme encore son enseignement étiologique, et il imagine la cause expérimentale, le dernier phénomène réputé producteur et cause des autres. Nous connaissons l’inanité de cette hypothèse qui échappe à l’observation qui voudrait la fixer, demeure impuissante à livrer une cause morbifique réelle, et constitue la maladie contre la nature même en réunissant les phénomènes morbides par leurs seules conditions sensibles. Nous ne reviendrons pas sur ce sujet; nous ferons seulement remarquer que ces vaines suppositions sont l’aboutissant des idées étiologiques soutenues dans les camps divers de l’organicisme; elles sont comme le point de ralliement et l’alliance d’opinions en apparence opposées.

En effet, les formes empruntées par l’étiologie sensualiste ne restent pas isolées dans la science et ne se repoussent pas forcément entre elles; toutes sont tour à tour adoptées suivant les cas, et sont unies les unes aux autres par des liens étroits. Ces liens et cette union se résument particulièrement dans la formule et l’idée de la cause expérimentale, du phénomène cause. Celte sorte de compromis était, en réalité, devenu le terrain commun de l’étiologie orgahicienne, avant même que les auteurs que nous avons cités en eussent donné l’expression dogmatique, l’eussent transformé en loi générale.

de l’étiologie. 2«5

Lu raison en esl que cette cause expérimentale s’identifie nettement à la lésion, principe et origine des faits pathologiques, ou au trouble fonctionnel initial, si la maladie se présente sans lésion appréciable. N’est-ce pas là, somme toute, la pure croyance organicienne ? Nous le disions : le nécessaire est moins de savoir comment se produit la lésion et se trouble la fonction, que de connaître cette lésion et ce trouble. Quand une machine esl dérangée, il est sans doute bon de savoir comment et pourquoi elle est dérangée ; mais l’important n’esl-il pas de bien connaître le dérangement, de voir et de loucher le ressort lésé, d’où découle souvent le désordre dans le fonctionnement général de la machine? Ce ressort lésé, c’est la cause expérimentale, c’est le principe de la maladie organicienne; tout en provient, tout y ramène. Que le mécanisme de la lésion soit plus ou moins connu, c’est une question secondaire sur laquelle il est permis de différer, ou dont on peut rejeter l’examen sans que le fond change. Celte différence ne dépasse pas le point auquel elle s’adresse, et ne s’étend pas sur tout l’enchaînement des faits subséquents. Ainsi se noue l’unité de la médecine organicienne. Les affirmations communes sont essentielles, les divergences accessoires.

On s’arrête donc à une lésion ou à un trouble fonctionnel dans l’analyse pathologique, et l’on en fait l’origine réelle, la cause véritable de la maladie. Comment de cette lésion et de ce trouble, déclarés cause, déduit-on la succession des phénomènes morbides? Ici reparaissent les obscurités. Le phénomène réputé producteur esl accepté sans contrôle, soit ; niais il doit éclairer et produire tout ce qui le suit. Or, ce mécanisme second appelé à montrer comment la cause expérimentale, lésion ou trouble, engendre la maladie tout entière, est aussi difficile à pénétrer que le mécanisme premier. Ce n’est qu’en invoquant les plus informes hypothèses qu’on peut parfois livrer une apparence d’enchaînement symptomatique. Le plus souvent on se tait sur les relations causales des faits morbides suc-

cessifs. Ce silence sauve tout. On a gratuitement admis une lésion première, une cause expéi i mentale : cela suffi! pour tromper les besoins de causalité naturels à l’esprit de l'homme, essence même de son activité intellectuelle; et, après l'appât jeté à ces invincibles désirs, on se rejette dans les phénomènes, on se livre tout entier à des connaissances empirii|ues, et l’on croit servir ainsi les progrès d’une science positive.

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