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15. La lutte salutaire de 4 opinions ne doit avoir lieu que sur le terrain de la raison c est à dire par la dialectique. — Aussi, los croyanros (jiii méritent vraiinont cette désignation ne sont pas sfMilcnioiit des forninlos etdesinols ; elles sont la manifestation la pliispréciense et la])hiscom])lète de la personne morale : elles sont des aetes. Quand on sonj^^e à ce qu'elles ont dû coiUer de réflexion, d'examen, de scrupules, de débats contradictoires et intimes à celui qui les j)rofesse, on se sent pris de respect, et môme on peut dire avec Pascal : « On est tout étonné et ravi : car on s'attendait de voir un auteur et on trouve un liomme ». Les croyances d'autrui se constituant comme les nôtres et n'étant chez personne l'expression de l'absolue vérité, s'imposant nécessairement à tout esprit sans hésitation possible, qui donc voudra se proclamer dépositaire de la. vérité même, et à ce titre forcer les autres à entrer (1) dans sa foi ? Cette attitude intolérante serait cependant la seule raisonnable si la liberté ne devait pas avoir part dans ralTirmation du vrai. « Mais, en tant que la vérité doit être ainsi épousée, en quelque sorte, par la volonté, acceptée par le cœur en même temps que par l'esprit, n'est-ce pas une absurdité de prétendre la faire entrer de force dans les Ames ? Comment, par des procédés intolérants, contraindre une volonté à se rendre? Comment amener un cœur que l'on meurtrit, dont on a exaspéré les passions, à nous faire cet acte de condescendance intime, à abdiquer sa croyance au profit de la nôtre ? Nous cherchons à attirer, à captiver, et nous employons des moyens qui irritent et repoussent. L'intolérance est donc une aberration, une inintelligence radicale de la nature des croyances, autant qu'une faute et une injustice (2). »
in. — LIMITES DE LA TOLERANCE
16. Les préjugés ne méritent pas de respect ; quand ils sont agressifs ils méritent répression. — Cependant toutes les opinions ne sont pas respectables ; et nous sommes décidés à n'accorder notre déférence à aucun point de vue, ni même notre sympathie à deux sortes d'opinions qui ne nous paraissent pas les mériter. 11 s'agit d'abord de celles qui se parent à tort du
(1) Compelle inlrare, force-les d'entrer, dit l'intolérance Ihéologique du moyen âge.
(2) Marion. Levons de Morale, p. 241.
xv. -■ MiiiiiviK Ml-: (;()NS(:ii:Nr:i': 2.M
lilrc pn'sli};i(Mi\ (ropiiiioii, jilors (iii'cllcs sont siinplrniciit <lrs prcjii^i's rcrus « de cousliniii»'*!!' façon », des manières (I(î penser huiles faites, sur Ies(|iielles on ne s'esl pas donni' la peine de réllécliir ni d'inslihiei' nn déhal e(ndi'adi<-loii'e; en un mol les opinions eonianles, ainsi appelées paicciinCJIes ne soni, à |M'rsonne el n<5 poiiiMd la niai-(|ue (Tanenne |iersonnalile (pie nous ayons à ri;speeler. Nous lioncnons les (envies de la peisoime pensante ; lions iM^ respecloiis jjas el ne \ (inloiis pas lolerer les caprices (rinlelli|;'ences paresseuses (|ni ne consenteni pas à s'imposer le labeur de rtwamen. Voilà unesi'rie de prelendiies opinions pour les(|nelles nous aNonsloul au plus de la pilie, une in(lul;^M'nce provisoire, en tant (|u'elles ne seraient |)as sysléniatiquemeiit réfraelaires au pr()«;rè8, mais (jin^ nous nous f)r()p()S()ns de réformer dans la mesure de notre inlluence, et d(i ])oursuivre. avec toute rénerj;ie dont nous pouvons (lispos(;r, si elles sont des assiettes de l'esprit acceptées coinnu; délinitives et opposées délibérément à l'amélioration mentale du milieu social.
17. Les opinions destructives de l'état social sont dans le même cas.— I^^n second lieu, nous ne voulons pas respecte^" b^s opinions ({ui sont manifestement corruptrices de l'intelligence, du cœur et de la volonté d'autrui, et dont l'eiïet, si elles se traduisaient par des actes, ne serait rieu moins que la suppression même de la dignité bumaine ou de la liberté de conscience. Les opinions dont les formules s'opposent sciemment à celle du droit commun, les opinions immorales, en un mot, et les opinions intolérantes non seulement n'ont pas droit à notre respect, mais rencontreront en nous
Ces haines vigoureuses
Que doit prêter le vice aux âmes vertueuses (1),
et l'intolérance la plus décidée, attendu qu'en cette occasion, nous sommes non plus sur le terrain de la dignité, mais sur celui de la défense. Voilà dans quelles limites précises nous entendons le devoir de tolérance.