Les intolérants n'ont aucun droit à la tclérance
Nous la refusons aux intolérants, à ceux cfui disent : « Donneznous la liberté puisqu'elle est dans vos principes, mais nous
^1) Molicrc. Misant/irupe.
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vous la rcfiisoroMs, (puincl nous serons les nuiUrcs, car elle n'est pas dans les ncMres ». Ce sophisme efTronlé niel en état de défense ceux qui se trouvent ainsi menacés et éloi;^ne le tenii)s où toutes les opinions pourraient vivre sur le pied d(; paix réciproque parce (}u'aucune n'annoncerait la lin de la liberté comme conséquence de son propre triomphe. C'est se montrer indij^ne du respect (pie (Vv.n récuser d'avance la réciprocité et la liberté dans l'ordre civil ne peut avoir pour couséquenc(; forcée de se détruire elle-même. C(;ux qui réclament la tolérance môme pour les intolérants (LiLtré, par exemplcy ne semblent pas comprendre la dilTérénce entre l'état de paix, — où la liberté de chacun ne comporte aucune entrave de la part de l'autorité sociale parce que, d'après l'hypothèse, l'intention de nuire n'est chez personne, — et l'état de j^uerre où ces mauvaises intentions sont toujours présumables, et nous placent dans le cas de la défense, principe de tous les droits dans l'état troublé de la société réelle, ainsi que nous l'avons dit plusieurs fois. A plus forte raison, cette défense par contrainte et prévention est-elle légitime quand la mauvaise volonté est non seulement supposable, mais affichée sans vergogne et proclamée comme un principe. « Il n'y aurait pas assez de mépris dans l'histoire pour une autorité qui se laisserait amoindrir et outrager sous prétexte de tolérance; les victoires des malfaiteurs sont faites en grande partie de la faiblesse des honnêtes gens; l'histoire hait les dupes, elle les met presque au rang des complices. Le gouvernement de la République doit être, comme les autres, porteur du glaive de justice, et non du roseau d'un pauvre Christ attaché au poteau, qu'on flagelle et qu'on outrage. (1) »
Il faut remarquer que de toutes les philosophies, seule la philosophie critique qui a placé la liberté au cœur môme de l'affirmation est à l'aise pour revendiquer l'indépendance absolue des croyances. Les autres systèmes, et par exemple ceux qui nient la liberté (les déterministes), doivent être évidemment embarrassés pour réclamer dans la pratique une liberté qu'ils récusent en théorie, mais nous n'avons pas à nous préoccuper de leur embarras.
(1) C'est une ineptie gros^it-re i|ue la revenflicaliun de la liberté absolue pour la jM'esse ; eunime si ralj.solu, (|ui n'est nulle part dans la sphère paeiii(|ue de la spéculation, pouvait retrouver une place dans la splicre Irouljleo des relations sociales.
(2) Discours de M. J. Ferry, le 11 avril 1889. V., en outre, ch. xii:, p. 221, noie 1.