XVII.— M-: DUOIT DOMKSTIOUK (LA KAMIIJ,K) ÏT
et le luùinc but {\iw. dans Ws (^sp(U',(^s aiiiiiiales, à savoir la pcrjx'îluilé de l'espèce; mais elle y est relevée et omiohlie par des seiiliinents nouveaux : ellc^ y est consacrée et sanctionnée par des lois de devoir cl de droit aux(juelles les auiniaux sont absolument incai)al)l('s de s'élever. »
« Si l'on considère l'Iiistoin^ (l(\s races, on voit la famille s'élever proj;ressiv(Mn(Mit (ruii certain état primitif (jui n'est pas très loin de la promiscuité animale, à l'état où nous la voyons aujourd'hui dans la plupart des pays civilisés. Chez les peu- |)lades sauvages, les mariages ont peu de solidité et de durée : ils sont aussi facilement rompus que noués. La dignité et la pudeur de la femme y sont à i)eine connues; elle y est esclave plus que comi)ai;ne et la liberté des mœurs n'a prescjne aucune limite. Cependant on ne trouvera pas de société où les mariages ne soient soumis à quelques formalités sacrées ou civiles, qui indiquent que ces hommes, si ignorants qu'on les suppose, ont le pressentiment des devoirs qui doivent purifier et ennoblir les rapports des sexes. Plus tard, dans d'autres sociétés, les mariages prennent une forme plus régulière mais tantôt eu admettant la polygamie, comme eu Orient, tantôt en admettant une demipolygamie, comme chez les anciens. Ainsi, bien des combinaisons ont présidé aux rapports légaux des deux sexes jusqu'à ce qu'enfin, par le progrès naturel des mœurs, la monogamie soit devenue la loi presque universelle dans les pays civilisés » (i).
3. La famille au point de vue évolutionniste. — Une vue plus approfondie de l'histoire humaine permet peut-être d'envisager autrement les choses et de placer, aux plus lointaines origines non pas la famille patriarcale, mais une association civile rudimentaire sans statut familial particulier. « Si certaines races, en elïet, semblent avoir trouvé du premier coup l'état patriarcal, dit M. Marion, et fondé la famille sur la tribu même, dans d'autres, au contraire il semble que l'histoire de la famille ait suivi une marche inverse. La plupart des ouvrages que nous avons sur ce point s'accordent à nous montrer à l'origine, chez un grand nombre de peuplades barbares, non la famille constituée tout d'abord telle qu'elle est chez nous, mais la tribu, dans laquelle il n'y a pas de familles distinctes. Dans ce chaos, se forment avec le temps et se distinguent des familles proprement
(1) Éléments de morale, 1869. Deiagrave.
-'7t l'UlNCIPKS IjL DliOlT
(liLcîs. (À'itaiiics l.i ii)iis sauva'^iis ne soiil pas oiicorc sorlics de. celte confusion. D'autres sont en train d'en sortir, d'autres semblent arrêtées à des états transitoires, comme la polygamie, la polyandrie (1). Il en est beaucoup dans lesquelles la parenté n'a lieu que par les femmes, et où c'est la mère qui donne son nom aux enfants.)) (Cynécocratie) (2). Là, quand la première famille se dessine, ce n'est pas le père qui lui sert de centre. Dans les groupes de consanguins ainsi formés, l'oncle maternel remplit souvent l'office du patriarche et les biens d'héritage passent, en ligue indirecte, du frère de la mère au neveu.
4. Objections à révolutionnisme. — Sans admettre dans son ensemble la philosophie de l'histoire et du progrès quia répandu certaines habitudes intellectuelles de regarder comme primitif tel ou tel état social inférieur, on peut admettre des évolutions partielles du droit au moins en ce qui touche aux rapports des parentés. D'ailleurs Aristote pensait justement qu'eu toutes choses, le supérieur explique l'inférieur, le plus parfait rend compte du moins parfait et l'œuvre achevée fait compreadre l'ébauche. On ne saurait donc invoquer comme un principe historique d'explication la doctrine de l'évolution appliquée à l'idée de la famille. Ce serait mettre au point de départ de l'humanité la brutalité et l'animalité pure. Des considérations de fait et de droit s'y opposent d'ailleurs qui peuvent être présentées sous la forme des objections suivantes.
5. L'évolution humaine ne doit pas commencer plus bas que celle des animaux chez lesquels on trouve des passions famiUales essentielles. — i" D'abord, en se plaçant par hypothèse au point de vue de l'évolution elle-même, si l'on ne veut voir dans l'homme primitif rien de plus qu'un animal, il faut accorder qu'il doit y avoir dans cet animal au moins ce qui se trouve dans bien d'autres encore aujourd'hui, savoir, assez de dispositions sociales telles qu'amour de la progéniture, amour familial, passion dominatrice, jalousie, pour l'amener de cet état qu'on suppose initial jusqu'à l'état de famille, sans qu'il ait dû passer forcément par l'intermédiaire de la promiscuité ou de la filiation exclusivement maternelle. L'interposition de ce degré dans l'évolution est, a priori, au moins
^l) Giraud-Tculon. Les Origines de la Famille.
(2) Du grec kratê, puissance; f/imailcos, de la femme.
wii. Il; iiuoiT i>()Mi;sTini;i': ii,A i'A>fiLj.K) 275
imitilo. Bioii plus, pivlciidn^ que cotto transition est nc^cossnire (•'«vsl non soulfmioiit concluro on fl(''pnssnnt l;i promisse p<'*.n('Tnlfi do révolution, (|iii n'en donj.indo pas tant, mais o'ost encore se compliqnor ^ratiiilomoid, la lAolio dojà lourde dolahlir la eonti nnilô (\v la série.
6. Les faits de société familiale inférieure sont incontestables, mais rion ne prouve qu ils sont plutôt pt imitifs que dérivés. —i2" Il est vrai (|no l'on tronvcon (jiianlilc dos dorumonls dans les auteurs anciens et chez les observati^irs mochîrnes qui prouvent assez qu'en elTot dv tels états sociaux inférieurs ont été adoptés très anciennement par certains peuples, comme on les rencontre aujourd'hui encore par exemple à llawaï, mais il n'est aucun document ni induction régulière qui démontre leur caractère priniilil. Le domaine de la préhistoire n'est pas celui de la science positive. Rien ne s'oppose à ce que ces états sociaux dégradants pour l'humanité ne soient en réalité des états d'humanité dégradée. Ce qu'on présente comme bestialité primitive pourrait fort bien n'être que corruption ultérieure. Hypothèse pour hypothèse, nous ne voyons pas en quoi celle qui ravale la nature de l'homme serait préférable à celle qui lui accorde la faculté de déchoir.
7. Chez les peuples dont Ihistoire positive est d'abord patriarcale, on ne trouve pas trace d'un état antérieur différent. — 3' Il est des peuples dont l'histoire remonte positivement jusqu'à l'état patriarcal, et pas au delà. Ce sont justement les peuples qui ont vraiment commencé la civilisation, et dont l'esprit, le travail et les traditions ont presque exclusivement déterminé cette civilisation qui nous est venue en héritage. Il faudrait, pour soutenir la théorie évolutionniste, démontrer que les anciennes sociétés patriarcales, par exemple chez les Aryens des diverses branches, chez les Sémites hébreux, chez les Arabes, chez les Chinois, ont été réellement précédées par les états sociaux qu'on allègue comme leurs antécédents ; et cette preuve est encore à faire.
8. Chez les Aryens, ces institutions familiales ont précédé les institutions politiques. — 4*^11 se trouve même des inductions historiques, reposant sur des documents authentiques contraires à la théorie évolutionniste sur ce sujet. Aussi, selon M. Fustel de
Cuulaiiges, l'état familial est nianifestemeutà l'origine de la civilisation indo-européenne, si l'on compare les institutions de la famille et celles de l'Etat. Les institutions politifiurs des Aryasde l'Orient et celles des Aryasde l'Occident n'oiîrent i)res([ue aucune analogie. Si l'on compare, au contraire, les institutions domestiques de ces divers peuples, on s'aperçoit (\\n' la famille était constituée d'après les mêmes principes dans la Grèce et dans riude; ces principes étaient d'ailleurs, d'une nature si singulière, qu'il n'est pas à supposer (|ue cette ressemblance fi\t l'elîet du hasard ; enfin, non seulement ces institutions offrent une évidente analogie, mais encore les mots qui les désignent sont souvent les mômes dans les difTérentes langues que cette race a parlée depuis le Gange jusqu'au Tibre(l). On peut tirer delà une double conclusion : l'une est (jue la naissance des institutions domestiques dans cette race est antérieure à l'époque où ces différentes branches se sont séparées ; l'autre est qu'au contraire la naissance des institutions politiques est postérieure à cette séparation. Les premières ont été fixées dès le temps où la race vivait encore dans son antique berceau de l'x^sie centrale; les secondes se sont formées peu à peu dans les diverses contrées où ses migrations l'ont conduite.
On peut donc entrevoir une longue période pendant laquelle les hommes n'ont connu aucune autre forme de société que la famille. C'est alors que s'est produite la religion domestique, qui n'aurait pas pu naître dans une société autrement constituée et qui a dû même être longtemps un obstacle au développement social. Alors aussi s'est établi l'ancien droit privé, qui plus tard s'est trouvé en désacord avec les intérêts d'une société un peu étendue, mais qui était en parfaite harmonie avec l'état de société dans lequel il est né (2).