‹ Principes de philosophie morale suivis d'éclaircissements et d'extraits de lectures conformes aux programmes de l'enseignement moderne (première, sciences et lettres), de l'enseignement secondaire des jeunes filles et des écoles normales primairesChapitre 114 sur 162 · I. — UKCUEUCIIE DK l'iDÉAL DANS LE MARIAGE · texte numérisé non relu

I. — UKCUEUCIIE DK l'iDÉAL DANS LE MARIAGE

1 . L'association monogamique étant libre et perpétuelle d'intention doit être préparée par un examen suffisant pour éclairer les volontés contractantes. — La famille se constitue par l'uuion niouoganiique, et les devoirs des époux, dont l'observation est la base de tous les devoirs de famille, commencent même avant le mariage. En elïet, le mariage étant l'acte le plus important de l'existence, puisque ses conséquences s'étendent et se renouvellent durant toute la vie, on ne doit l'accomplir qu'après mûres réflexions.

Dans la société moderne par opposition à la société antique. Je mariage n'est pas prescrit par l'état en vue de l'augmentation de la population; c'est donc un contrat librement passé entre personnes égales en dignité, malgré des difïérences dénature et de caractères insuflisantes du reste pour faire perdre à l'un des contractants la qualité de personne. Gomme l'engagement n'est pas- temporaire, mais considéré comme devant être définitif, on voit l'importance d'une connaissance préalable et réciproque assez approfondie pour s'assurer qu'il y aura dans l'avenir union possible et permanente entre les parties contractantes. Dans les liaisons d'amitié ordinaires le contraste des caractères est parfois une raison de plus pour que l'union soit solide ; mais si ce contraste est vraiment excessif, la société des personnes amies peut se dissoudre sans injustice. On n'a dans ce cas qu'à reconnaître une erreur, et tout est dit; au contraire dans l'union conjugale, où l'abandon réciproque des personnes est plus complet, et même le plus parfait que comportent les relations humaines, cette solution à l'amiable

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est inadinissiblo, surtout lorsque au dioil ninhiel dos époux s'ajoute le droit et l'iutérùt d'un tiers, l'enfant, pour lequel il n'y a de garantie ([uedans riiidissolubilité do la sooiôlô oonju^ale.

2. Cette délibération préalable est la condition de permanence du contrat. — (Test dono un pr(;mior devoii" (jue d'assurer oette pennanenoe de runion outn; les personnes dans le mariage par un examen sulïisamment sérieux des olianoos de durée qui peuvent tenir aux caractères, aux idées, aux passions, à la situation sociale et économique de chacun des futurs époux. Ce devoir est même si prédominant que de son accomplissement dépend la valeur du choix à intervenir et, par suite, la valeui" du lien contracté. Car des personnes d'une valeur morale très réelle peuvent cependant être tellement séparées par la nature ou l'éducation que toute société entre elles puisse être condamnée d'avance à un conflit permanent. Ce serait donc manquer à la première condition de la constitution familiale que d'y instituer tout d'abord le conflit comme principe.

3. Les mariages d intérêt. — En second lieu, il faut choisir entre trois sortes de mobiles qui peuvent déterminer l'union conjugale : ou les suggestions de l'intérêt, ou les inspirations du cœur, ou les considérations simplement raisonnables et d'où le cœur est absent.

Quant au mariage inspiré exclusivement par l'intérêt, il a l'avantage de n'être pas «l'union de la faim et de la soif. (1) » Un homme ne devrait jamais s'engager à devenir le chef et le soutien d'une famille avant d'avoir acquis par son travail le moyen de remplir ses devoirs domestiques avec dignité et sécurité. Ainsi, c'est une mesure de prudence et même de dignité personnelle que de retarder le mariage jusqu'à ce que cette condition au moins soit obtenue. Le patrimoine mis en commun doit suffire pour que la condition sociale des époux ne soit pas à ce point inférieure à ce qu'elle était auparavant, que le mariage devienne pour tous deux une sorte de]déchéance sociale ; c'est une règle de prudence élémentaire. Mais si le mariage n'est qu'une manière de s'enrichir, et si l'un des époux est considéré comme un simple moyen d'obtenir des biens matériels, de la fortune, de l'influence sociale, etc., il y a là un outragea la personne même qui est prise pour moyen, au lieu d'être recherchée comme fin.

(1) Mol de Saint-Simon.

Wlll. m; imoll ItoMKSilniJK (I.A KAMll-M'!) 2«:>

Aussi U)s uiiioiis i|iii ne soiil iailcs (|ii(^ (Ijmis va'. I)iil, ini sont pas (les inariaj^(îs, mais des sociétés ulililaircs dans les(ju(îlli;s par luallicMii-, les socjél.ain^s ne sont pas (''«^aux (;ii droits, (|U()i(|ue ohli^és (le rester en soeiélé. Il y a donc; violation i\v, la lilicutédes f)ersonn(vs, de leur é;;alité (^L d(; leur di}^nil,<'. Nous sommes là devant le t)lus mauvais des états sociaux possibles

4, Les mariages d'inclination. — S'il ne faut accorder à la prudence économi(|U(î (pTim rôle auxiliaire dans h; mariage, doit-on considérer uni([uement ou même avant tout la convenance réci|)ro(|ue des sentiments? Assurément il ne peut y avoir d'associations matrimoniales ayant chance de réaliser le bien commun des personnes que si ce bien, sérieusement entrevu et même « calculé », non plus au sens économique mais au [)oint de vue de la somme des biens moraux d'après l'aritliméticiue de Benthani, et de plus, vivement désiré d'avance, est considéré, après l'accord des volontés, comme devant devenir une raison de se lier de plus en plus étroitement. En un mot là où l'union profonde des cœurs et des volontés fait défaut, il n'y a pas mariage. La simple justice engage les époux vis-à-vis l'un de l'antre; mais s'ils se bornent à respecter la justice et à faire taire en eûx-mèmes les passions contraires aux droits réciproques, leur société sera peut-être encore juridique, correcte, mais non plus morale au sens profond du mot, parce qu'elle sera non pas l'œuvre des bonnes volontés, mais une double contrainte, et cet état artificiel fatiguera la nature à la longue. S'il faut faire un effort continu pour s'empêcher de protester contre le lien conjugal, cet effort sera possible, mais le bonheur viendra rarement dans une telle union, quoique le respect réciproque puisse y être irréprochable. La bienveillance mutuelle, la sympathie et l'abandon des cœurs apportent à la justice un si puissant concours qu'on peut se demander ce qu'il adviendrait d'elle si elle était toute seule pour astreindre les hommes à leurs devoirs.

C'est à cette occasion surtout, qu'il convient de rappeler la légitimité de notre besoin de bonheur; il ne peut être satisfait que si l'amour est d'accord avec la raison, que si le cœur va au même but que la justice. Lorsque cette identité se rencontre, nous avons la meilleure garantie morale sous laquelle puisse être conservé un contrat entre personnes engagées pour toute leur vie à n'avoir qu'une même volonté, ou au moins des volontés définitivement concordantes après les conflits inévitables dans

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la moillcure (IrmocrJilic dont le iii;iria{^^(* doit rlri^ le lype. C'est donc par l'accord des senlimenls que se font les meilleurs mariap:es. Mais s'ensiiit-il (jnc l'inclination doive être l'unique mobile du mariaj^e? Non. Dans le cas d'une passion réciproque, approuvée par la raison et conforme à la justice aussi bien qu'à la dignité des personnes, ce n'est pas la passion seule qui rend bon le contrat, c'est l'approbation donnée par la raison. Donc toutes les fois que malgré l'accord des sentiments la raison protestera, c'est à elle que doit rester le dernier mot. L'inclination pure ne sufTit pas à garantir la valeur du contrat, car elle ne comporte pas de règle en elle-même.

5. Les droits du cœur et de la raison dans le mariage. — De plus, lorsque la passion seule demande le mariage, la personne dont l'union est désirée n'est plus envisagée que comme un moyen d'obtenir la satisfaction d'un penchant. C'est le [plaisir propre d'un des contractants et parfois des deux, qui se trouve être le but poursuivi ; mais ce qui doit être la fin de notre conduite, c'est la personne elle-même et le développement de ses fins. Il faut donc se demander si le bonheur recherché est compatible avec le respect de la personne dont on l'attend, et avec son bien envisagé d'une manière générale. S'il y a des -probabilités suffisantes pour qu'un mariage projeté d'un commun accord, doive empêcher l'un des époux d'obtenir la destinée à laquelle ses talents, son mérite et ses chances de réussite lui donnent, pour ainsi dire, droit, il est du devoir de l'autre d'envisager dans l'union désirée non pas ses fins particulières mais celui de la personne qui servirait de moyen à la réalisation de ce penchant et le devoir alors est de refuser le contrat, pour que l'être dont on souhaite le plus grand bien possible n'en soit pas privé par le fait de celui qui le désire le plus, ce qui serait là, outre une contradiction, une marque d'égoïsme.

6. Les mariages de raison. — Enfin, s'il est vrai que ni l'intérêt égoïste seul , ni la sympathie seule ne peuvent servir de règles dans le choix des personnes, faut-il se guider par des convenances d'où ces deux mobiles seraient exclus ou tout au moins subordonnés et qui déterminent ce qu'on est convenu d'appeler les mariages de raison ? Il peut s'en faire de tels pour empêcher , par exemple , une race de s'éteindre dans son dernier descendant , pour réconcilier

XVIII, \.\: DIIOIT DoMKSTiUl'Kd.A rAMII.M;) 2S7

(li^s conjoints à rjmtic;. D'ailliMiis il n'est pas rare de voir l(^s iiicliiialioiis se c.oïK'ilicr avec les coiiscîils de; la sa;;(^ss(î el ceuxci provoijiier la naissance des scnliniiMits alTecUnîux al)S(;nts. Manet, rJrnwnts de Morale^ p. :2S;).) \a\s ex(;nipl(îs al)on(i(;nt dans la littérature. \a) niariaf^c^ di^ i'anlinc; et <l(i Polyeucte est un niaiiai;(' de raison. VA il airive souvent que ce sont I(»s nu'illeurs, si la raison n'est pas inv()(iué(; à la légère. Car l'inclination jx'ut venir par le fait de Tliahitude et dit la bonne volonté réci[)n)(pie. Mais cela su[)p()se que le coîur au moins ne proteste pas. Il est alors sans synii)atliie profonde, mais aussi sans hostilité déclarées ; à la l(>n|4U(î il peut se mêler, par les bons elTets de l'habitude, au concert de la bonne volonté et de la raison. Le mariai^e de raison se justifie donc i)arce (pi'il peut devenir plus tard, s'il ne l'est pas encore, un inariat;e de cœur. Ajoutons que lorscjne le cœur proteste au point de mettre en péril la bonne volonté qui abdique ou les ordres de la raison qui commande, il y a imt)rudence à ne pas écouter ses antipathies.

Tels sont les mobiles qui doivent présider à la constitution de la famille et à la recherche de l'idéal qu'elle comporte.

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