‹ Principes de philosophie morale suivis d'éclaircissements et d'extraits de lectures conformes aux programmes de l'enseignement moderne (première, sciences et lettres), de l'enseignement secondaire des jeunes filles et des écoles normales primairesChapitre 124 sur 162 · XIX. - Ï.K DHOIT IMUJTlnilK (l/fiTAT) Ml · texte numérisé non relu

XIX. - Ï.K DHOIT IMUJTlnilK (l/fiTAT) Ml

MKMit las nations (''traiif^nrcs l.ml (|ii(' sai^iHîiit i(îs blossiin^s do la |)a(,ri(\ (M, nous n'avons pas lioj» de forces vives à lui ronsacror, pour (Ml p('r(lr(il('ni('ilI(Mii(lansr(i3nvre(ieIa('-onfnsion(losp(Mipl('s.

21. La patrie doit être aimée plus encore pour ses maux que pour ses biens. (ic (jn'il fan! ainuT, (','(;st non souIcMncnl la patrie j::loriens{\ mais snrlonl la patries niallnuirense et (|ni demande tons nos elTorls ponrson relèvementet le maintien de sa dii;nilé. (l'est là ee ((ne scîntait fortenuMit nn des hommes (l(; notn; l(Mnps(jni mérita, enlr(i tons, N' nom iU*. patrioti^ (Ij, (jiiand il disait : «Oh oni. la Krance ^lorieus<' et rejilaeée, sons l'éj^ide de la l{éj)nl)li(ine, à la ttHe du monde, jj^ronpant sous ses ailes tous ses enfants désormais unis i)our la défendre an nom d'un seul principe, et présentant au monde ses légions d'artistes, d'ouvriers, de bourgeois et de paysans; oh oui, il est bon de faire partie d'nne France pareille, et il n'est pas un homme ({ui, alors, ne se glorifiât de dire à son tour : Je suis citoyen français ! Mais il u'y a pas que cette France glorieuse, que cette France révolutionnaire, que cette France émancipatrice et initiatrice du genre humain, que cette France d'une activité merveilleuse et, comme on l'a dit, cette France nourrice des idées générales du monde; il y a une autre France que je n'aime pas moins, une autre France qui m'est encore plus chère, c'est la France misérable, c'est la France vaincue et humiliée, c'est la France qui est accablée, c'est la France qui traîne son boulet depuis quatorze siècles, la France qui crie, suppliante, vers la justice et vers la liberté, la France que les despotes poussent constamment sur les champs de bataille, sous prétexte de| liberté, pour lui faire verser son sang par toutes les artères et par toutes les veines ; la France que dans sa défaite, on calomnie, que l'on outrage ; oh ! cette France-là, je l'aime comme on aime une mère; c'est à celle-là qu'il faut faire le sacrifice de sa vie, de son amourpropre et de toutes ses jouissances égoïstes; c'est de celle-là qu'il faut dire : « Là où est la France, là est la patrie (!2) î »

(1) Gambetta. Discours et plaidoyers politiques, lîl, p. 435. Édités pa^ J. Rcinach.

(2) V. Éclaircissement I.

312 PRINTTPFS T)V DROIT

Une nation se constitue par des traditions et un contrat continué.

Une nation est une âme. Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une constituent celte ;1me. L'une est dnns le passé, l'autre dans le présent. L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs ; l'autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu individis. L'homme ne s'improvise pas. La nation, comme l'individu, est l'aboutissant d'un long passé d'elîorts, de sacrifices et de dévouement. Le culte des ancêtres est de tous le plus légitime : les ancêtres nous ortt fait ce que nous sommes. Un passé héroïque, des grands hommes, de la gloire (j'entends de la véritable), voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale. Avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent ; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà la condition essentielle pour être un peuple. On aime en proportion des sacrifices qu'on a faits, des maux qu'on a soufferts. On aime la maison qu'on a bâtie et qu'on transmet. Le chant Spartiate : « Nous sommes ce que vous fûtes ; nous serons ce que vous êtes (1) », est dans sa simpHcité l'hymne abrégé de toute patrie.

Dans le passé, un héritage de gloire et de regrets à partager, dans l'avenir un même programme à réaliser ; avoir souffert, joué, espéré ensemble, voilà ce qui vaut mieux que des douanes communes et des frontières conformes aux idées stratégiques ; voilà ce que l'on comprend malgré les diversités de la race et de la langue. Je disais tout à l'heure : < avoir souffert ensemble > ; oui, la souffrance en commun unit plus que la joie. En fait de souvenirs nationaux, les deuils valent mieux que les triomphes ; car ils imposent des devoirs ; ils commandent l'effort en commun.

Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu'on a faits et de ceux qu'on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé, elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie en commun. L'existence d'une nation est (pardonnezmoi cette métaphore) un plébiscite de tous les jours, comme l'existence de rindividu est une affirmation perpétuelle de la vie. Oh ! je le sais, cela est moins métaphysique que le droit divin, moins brutal que le droit prétendu historique. Dans l'ordre d'idées que je vous soumets, une nation n'a pas plus qu'un roi le droit de dire à une province : « Tu

(1) Nous entrerons dans la carrière

Quand nos aînés n'y seront plus ; Nous y trouverons leur poussière Et la trace de leurs vertus. (La Marseillaise.)

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