V. Hugo, nudd-c-vitujl-lrcizc, t. II, p
La patrie est bien moins dans le sol que dans la fermeté de l'ûme nationale.
Certes il est beau d'agrandir son pays de nouvelles provinces ; ou parlons en termes qui conviennent mieux à nos malheurs, il est affreux de se voir arracher une partie de la terre paternelle. Mais quels que soient ses revers, un pays est entier, il est digne de son passé, il est capable de soutenir son ancienne gloire, de défendre ses intérêts, quand il n'a rien perdu des qualités de l'âme nationale ; quand il a toute sa pénétration, tout son élan, toute sa générosité; quand il est sûr que chacun remplira son devoir en toute occasion et jusqu'à la mort, du chef de l'Etat jusqu'au plus humble des citoyens ; depuis le général d'armée jusqu'au dernier soldat. C'est se tromper sur les écoles sur leur but, sur leur grandeur, que d'y voir surtout la propagation de la science ; il faut y chercher, il faut y mettre la propagation du courage et de la vertu.
Apprendre à ne pas défaillir quand parle l'humanité ou la patrie, c'est apprendre son métier d'homme et de citoyen. Fondons des écoles pour éclairer l'intelligence, mais surtout pour fortifier les volontés. Un peuple innombrable, avec une immense étendue de terre, et de terres fertiles, s'il manque d'initiative et de courage, est voué à la décadence, à la défaite, au mépris ; tandis qu'une poignée d'hommes au cœur de chêne, jetés sur une terre ingrate, trouveront ou se feront la route vers le succès et l'avenir. Ils luttent contre l'homme ennemi, contre la nature ennemie ; ils endureront les privations ; ils braveront les périls ; ils ne connaîtront ni les découragements, ni la fatigue ; ils transformeront la terre, ils parcourront la mer sans maîtres et sans rivaux ; ils se feront de leurs rivaux des auxiliaires ou des serviteurs. Ils seront
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Rome ou Voniso, ou l'Aiip^^ntorro, ou 1;« Hollando, ]);>rl.int d'un coin de terre j)()ur conquérir un inonde. Ce n'est pns une ]).il;iille perdue, une firméc anéantie, une province arracliée qui comnnence la chute d'un ))euj)le ; un j)eu})ie ne meurt que par le relâchement des mœurs, par r.ihandon des habitudes viiiles, j)ar rclïacemenl des caractères, par l'invasion de l'égoïsmc, par le scepticisme. Il meurt par la corruption : il ne meurt ])as de ses blessures.
Jules Simo.n. Dieu, jtafn'c, llhcrir. \>^K\. p. 294. (Calmann Lévy.)
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