‹ Principes de philosophie morale suivis d'éclaircissements et d'extraits de lectures conformes aux programmes de l'enseignement moderne (première, sciences et lettres), de l'enseignement secondaire des jeunes filles et des écoles normales primairesChapitre 128 sur 162 · PRINCIPES DE LA RELIGION NATURELLE · texte numérisé non relu

PRINCIPES DE LA RELIGION NATURELLE

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I. — INSUFFlSAiNCK l>i:S SAiNCTIOiNS l'OSlTl\ KS KN DKIIORS DE LA MORALE l'UKE

1. La loi morale, pour avoir autorité sur nous ne doit pas être contredite constamment parles faits. Souvent ils la confirment. — Kii sui)i)()saiil tous les devoirs ojjservés, la vertu serait réalisée eu ce uioucle, mais si la raison, notre maitresse pièce, comme dit Montaigne était par là, satisfaite, cette autre lin de notre nature, le besoin de bonheur aurait-il également satisfaction ? La conscience en elîet, nous l'avons déjà dit, réclame un é([uilibre entre la vertu et le bonheur; elle exige que les motifs pour les([uels nous respectons la loi morale ne soient pas ébranlés dans la conscience par le spectacle d'un désaccord entre le bien que nous avons voulu faire et le mal qui en résulterait malgré les efiorts de la bonne volonté. Il est certain que si malgré l'énergie que nous mettons à réaliser dans le monde actuel l'idéal de la République des lins, ni la société des hommes, ni la nature ne se prêtaient à ces efforts pour enregistrer en quelque sorte et organiser les bons effets produits par la volonté ; en un mot si les lois du monde actuel étaient réf ractaires à la solidarité du bien elles constitueraient peut-être encore un ordre, en soi, mais en tout cas, un ordre inintelligible pour nous, c'est-à-dire un pur chaos qui répugne tout aussi bien à notre raison spéculative qu'à notre l'aison pratique. Notre nature exige donc que les nu)tifs que nous avons d'accomplir la loi morale gardent toute leur autorité, malgré certains faits qui, s'ils se généralisaient, rendraient illusoire la confiance en la valeur de

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ces motifs. Au contraire, dans un i^^and nombre de circonstances, la société ou la nature fournissent les résultats attendus par les bonnes volontés agissantes, de telle sorte que la loi morale, sacrée pour la conscience paraît consacrée par Tordre des faits. Or on entend par sanctions d'une loi tout ce ((ui peut la rendre sacrée pour ses observateurs (1).

2. Dans 1 état de paix, les sanctions s'accomplissent normalement. — Si nous nous jjlaçons sur le terrain de la morale pure, c'est-à-dire dans l'état de paix, la question des sanctions n'offre aucune difficulté ; d'abord la conscience d'un agent lui représentant le bien comme une obligation, lui apporte aussi ce plaisir ou cette peine que nous éprouvons en nous jugeant auteurs libres du bien ou du mal. La joie d'avoir bien fait est considérable dans un état de choses où la conscience n'est pas altérée (2) : en cet état, la sensibilité morale ne peut avoir qu'un aspect, celui de la satisfaction et non pas du remords, puisque les volontés y sont supposées continuellement bonnes. Une autre sanction s'y ajoute : c'est celle des avantages personnels attachés au respect de la loi ; le meilleur moyen de faire ses affaires est d'être honnête, du moins dans la république des fins, et il en serait ainsi dans la société réelle si nous en croyons Bentham. De plus l'opinion publique c'est-à-dire la sanction sociale accordant à chacun l'estime qu'il mérite, ne se trouve jamais en défaut dans la société correcte, puisque l'estime ne se trompe jamais d'adresse dans l'hypothèse. Enfin comme à tout prendre, le bonheur ne se trouve pas distribué d'une façon équivalente à la vertu, la conscience eu vient à postuler une série indéfinie d'existences de la personne de façon à permettre aux lois naturelles de prolonger suffisamment leur action, concurremment avec celle de la loi morale, et Ton est, de cette manière, conduit à admettre que ces lois de la nature sont d'accord, dans leur fond dernier, avec les exigences de la raison pratique. En vertu de la liaison étroite du physique et du moral, toute bonne résolution laisse des traces dans l'organisme et la vertu s'organise, dans le sens étymologique du mot.

3. Insuffisance des sanctions individuelles dans l'état de guerre. — Mais il en est tout autrement dans Tétat de guerre ;

(1) Renouvier, Science de lamorale^ I vol. Les sanctions.

(2) Eclaircissement II.

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