XX. — MIS SANCTIONS .'UO
sans d()iil(\ il f.iul coniplcr (|ii(' les iii;iiivais(îs n'',s()luli()iis (Mitral- 11(111 là la Ion;; II»' dans ('elle cxislciicr on (laiis imc an Ire des modilicatioiis pliysi(>l()^i(|ii('s proincs à conslilurr iiii ('liàlinicnl ; mais il s'en faut de hcaiiroiip (|im' celle saiicl ion soilconslaiiliM'l, siillisaidc. hcancoiipd'iiidiN idiis soiil.capahIcscMi vcri.ii de leur Iciiipéraiiioid, (1(1 siip|)(Ml('r iiiid vie li'i's dcir^liMi sans faiidir; d'autnis, au contraire, doid, la vie esl un iiKKh'le de vertu n'ont i\\ir nialadios et douleurs. Ouant à la sanction du remords et de la satisfaction de conscience, elle est [)rofondeinent altiMée; d'abord la sensil)ilit('' morah» des hommes et l(Mir (h'Iicatesse à sentir l'ai'^Miillon du r(Mnords est très varial)l(;, et ilestnn^meà remar([U(.îr ([uo cette (U'dicatesse de conscience est en proportion de la valeur morale de l'homme (1) ; ainsi ce sont ceux (jui ont le moins à se reprocher (jui sont lesplus sensibles, et ce sont les moins corr(3cts dans leur existence (jui tiennent le moins compte de ces protestations (ju'il suflit de ne plus (écouter pour ne les pins entendre. Du reste, l'habitude émousse le remords et les «^^rands coupables finissent par u'en plus avoir. Qu'est-ce au fond que le remords? C'est l'attente d'un châtiment; or, comme ce châtiment ne se présente pas toujours, l'esprit s'habitue à ne pas rencontrer ce châtiment quand il l'attendait : il linit par considérer le remords comme une ancienne superstition qui disparaît devant les progrès de l'expérience (^).
4. Insuffisance des sanctions sociales. — Quant aux sanctions sociales, elles sont enrore plus troublées par le passage de l'état idéal à la vie réelle. L'estime et le mépris font fausse route, soit que la conscience de chacun étant un domaine fermé pour les autres, les hommes aient trop peu de perspicacité pour soupçonner ce qui s'y passe et qu'ils se bornent à tenir compte des actes extérieurs, soit que le jugement moral étant vicié par toutes les influences corruptrices du milieu, on ne sache plus estimer ce qui est estimable et mépriser ce qui mérite le mépris.
Une sanction nouvelle s'ajoute, il est vrai, à celles qui s'appliquent en morale pure ; c'est la sanction légale (pénale et rémunératrice) apportée par la société dans le système des châtiments et des récompenses ; mais cette sanction, utile, sans doute pour réprimer les plus gros crimes ou rendre hommage aux actes de vertus éclatants est assurément la plus impuissante de toutes
(1) Eclaircissement I.
(2) Lévy-Bruhl (thèse sur la Responsabilité, p. 86).
320 IMUNCIPKS IH: LA IIKMGION NATURKLLE
(lUHiul il s'nj^it (raltciiKlic I;» ciilp;il)ilitc véritable et de récompeoser le niéiit(î. Oue de inallioiinètes gens échappent tous les
jours au (Iode jx'iial cl (\\nt d'actes méritoires (|ni l'cslciit ijçnorés!
5. L'affirmatioa d'une vie future est le recours contre cette insuffisance. — Kn résumé, les sanctions en cette vie sont tout à fail iiisiilïisaiites et il faut toujours en venir, si on tient à un accord cuire la vertu et le bonheur, à postuler une vie future dans buiuelle le mécanisme des choses étant supposé pénétré de raison, le coupable sera fra])pé, et amené peut-être à se repentir. Il n'est pas défendu de croire (jue tout agent moral pourra se relever à la condition de se mettre sérieusement en possession de sa raison et de s'affranchir de la solidarité du mal. Quant aux justes, il faut espérer qu'ils trouveront leur récompense dans la joie d'avoir bien fait et qu'il leur sera permis de faire dans la vertu des progrès (\\i\ les r.';j)j>i(K: lieront de plus en plus de la perfection.
6. la sanction de la vie future n'est pas incompatible avec la justice la plus désintéressée. — Cependant on peut objecter que d'abord les sanctions tirées de la sensibilité et de l'intérêt n'ont aucune vertu obligatoire ; en second lieu que le désintéressement est, ainsi que l'a montré Kant, la condition première de toute moralité. Par conséquent il semble que promettre une récompense à l'agent vertueux, c'est risquer de le faire agir en vue de cette récompense; et par suite, c'est dégrader sa dignité. Donc le devoir doit être accompli uniquement par devoir, sans aucun espoir ((uant à la vie future. Cette austérité pessimiste est celle des Stoïciens ; elle a été de nos jours présentée comme l'attitude morale la plus correcte par M. Vallier dans sa thèse sur l'intention (1). Des arguments du même genre ont été présentés contre l'idée de sanction par M. Fouillée (2) et M. Guyau (;i). Nous avons déjà répondu en partie à ces critiques; nous ajoutons seulement ici que la vertu a le droit d'être payée de retour quand elle a fait le bien, mais qu'il faut distinguer la rémunération de la récompense (4). La rémunération est exigée par la justice, car, si dans la société contractuelle j'ai
iJ) Voir la tin du ch. x sur les Stoïciens.
(2) Critique des systèmes de morale contemporains.
(3) Esquisse d'une morale sans obligation, ni sanction.
(4) Renouvier. Science de la morale, I, 287.
w. m:s sanctions .t.m
respecte en vous la (li«;iiilé (N» la personne, j'ai jiar là nn^ine ac- (|iiille n\;\ ilfdi' o\. j'ai le (IimmI d'i^i^^er (Mi retour h; niAnio resp(;el couiuie une eiéauci; ou un erédil, ((ue j'ai sur vous : c/esl là ce (|ue réclame la raison. Mais d'aulnî part il se peut (jue j'aie fait plus (|iie u'exi};(iait la simple justice : j'ai donc mérité, j'ai fait intervenii- la bienveillance, la (charité, l'amour; il est donc juste encore» ((u'une com|)ensation me soit donm'e, surtout si je ne l'ai poiid. alleiulue. L'amoui* (pii vient en outre d(; la justice, lors(|ue celle-ci est déjà satisfaite, ne permet à nul être aimé do no j)as rendre l'amour. Ainsi donc la sanction satisfait à la l'ois la raison |uiis(|u'elle comporte une rémunération pour la justice et elle satisfait aussi le sentiment puis(|u'elle comjiorte une récompense pour le mérite. Et si cette sanction obtient déjà un commencement d'exécution dans la vie actuelle en vertu du l)erfectiounement individuel par l'intlueuce du moral sur le pliysique elle peut s'étendre au delà de cette vie très légitimement et devient alors un mobile d'action acceptable pour les âmes les plus désintéressées.