PRINCIPKS DE LA RELIGION NATURELLE
des Imnsforinatioiis subies par la nature pliysicpie sous l'influence de la natur»; niorahi. Il sullit d'auj^qniMiter eu iuteusité et en durée ces Iransforniations pour trouver les couditious acceptables d'une permanence des personnes au delà de la vie actuelle. Ce à quoi nous tenons uniquement sur ce point, c'est à la continuation personnelle de l'ùtre raisonnable. Un être (\\ù n'aurait rien de commun avec celui que l'expérience nous montre en nous-mêmes, ne nous intéresserait à aucun titre, et ce n'est pas pour lui que nous postulons l'immortalité, c'est pour l'être que nous sommes, vivant dans le monde où se développent nos passions et nos activités, ou du moins, dans un monde analogue. Toute autre immortalité nous laisse parfaitement indifférents. Nous ne voulons donc, pour notre vertu, qu'un bonheur qu'elle puisse apprécier, et ici encore les tentatives de Kant sur le monde absolu ou nouménal lui font abandonner la réalité.
9. Dieu peut être conçu comme la moralité même de l'ordre cosmique. — Quant au troisième postulat, celui de la divinité, la formule qu'en donne Kant et qui est impliquée dans celle de l'immortalité que nous venons de critiquer, est incorrecte pour des raisons analogues. Il est d'abord inutile de faire intervenir une cause de l'ordre cosmique transcendante à cet ordre. De plus si Dieu est séparé absolument du monde physique comme du monde moral, on ne comprend plus le rapport qu'il pourrait avoir avec eux pour les organiser en vue de les mettre en harmonie (1). Nous avons un moyen de concevoir d'une façon positive Dieu en le plaçant au sein même de cette harmonie, en le faisant immanent au lieu de le séparer et de le faire transcendant. « Si nous nous demandons le nom de cette harmonie de la conscience et de la nature, de cet ordre éminent du monde, nous pouvons accepter avec Kant les prestigieuses lettres que tout homme prononce pour désigner ce qui lui parait, selon ses lumières, le bien souverain de l'univers : la Divinité. * N'exigeons rien de plus de la philosophie ; n'exigeons ni garantie de la loi harmonique extérieure à cette loi même, ni être inconditionné et par conséquent inconnaissable invoqué pour rendre compte de cette loi.
10. C'est sur ces données rationnelles que les religions positives édiûent des conceptions anthropomorphiques. —
(i) Critiq. relig,, IV, p. 80.