Les preuves métaphysiques de l'existence de Dieu
l']\;imiii()iis d'aliord les ar^iiiiiL'iil.s invoiiiics j)ar la ])liil()sui)liie (lojj;niati(|iio en faveur de rexistence de Dieu. Ils peuvent se ranger en deux catégories: i" preuves niétaphysifjues; 2"* preuves morales.
3. La preuve ontologique et son insuffisance. — Kant les a examinées dans la troisième partie de la critique de la raison pure (dialectique). En premier lieu se présente l'argument ontologique (1), c'est-à-dire fondé sur l'idée même de l'être parfait, considérée comme impli(|uant son existence. Saint Anselme avait déjà formulé cet argument; il a été repris par Descartes et Lei])nitz. Il se réduit à ceci : le concept de l'être le plus grand et le plus parfait possible implique nécessairement l'existence de cet être ; car si l'on pouvait en concevoir un autre ayant toutes les perfections du premier et l'existence en plus, ce dernier serait plus grand que l'être le plus grand, ce qui est impossible. Donc l'être le plus grand possible ou l'être parfait a nécessairement l'existence.
Cet argument a été combattu au moyen âge par le moine Gaunilon, et Kant en a donné la critique définitive en faisant remarquer que l'existence n'est nullement comprise dans le concept d'un être : par exemple que les angles d'un triangle valent deux droits, cela est tout aussi vrai, qu'il existe ou non des triangles. Ainsi l'idée que nous nous faisons du triangle n'implique pas l'existence réelle de cette figure. L'existence n'est donc pas un attribut qui puisse faire partie de l'idée d'un sujet et la modifier selon que cette existence y entre ou n'y entre pas. Cette considération est vraie de tout concept, sans exception possible, et s'applique par conséquent à celui de la perfection métaphysique, laquelle, loin d'impliquer l'existence, enveloppe des contradictions insolubles, comme nous le verrons. L'argument ontologique ne prouve donc pas ce qu'il prétend.
4. La preuve cosmologique est un abus du principe de causalité. — Si, au lieu de partir de l'idée de Dieu, on part de l'existence des objets déterminés, on raisonne ainsi : un objet donné dans Texpérience ne s'est pas fait lui-même; il doit donc avoir une cause supérieure et antérieure à toute expérience, et pour avoir ces caractères, cette cause doit être Dieu.
(1) De o)u onfofi, être.
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A n'I ;ii:j,iiiii('iiI (Iu'oii .inpcllc r(>sin(>Io|;i(liM' (I), ii.iirc (|iril (\^l foiidr sur l.i roiil iiif^ciicc du iihmkIc, ou peut K'iioihIi r deux choses. T( M ild'.'ilxn'd, (!('('(» (pic (|ii('l(| ne (Ijosc existe, ou coikIiiI cii verhi (l(^ l.'i loi de c.nis.ililé, À l'exisleiu'ed'uii T'Ire sitiié(*u dehoi"'de r(^\|)érieuee, ;i uu ("Ivr li;iusc«Midaut, (î'esl.-à-(lir(; à un îihsolu. Mais la loido causalilé n'a do valeur (pio danslos liniitos de V^^x\)(^' rionro possihh^; ello est un moyeu :iu servirez de la raison ï)our comprendre cotto expérience : il n'tîsl. pas forcé, néanmoins, (pie l.oul soi! compréheusilde dans la nalniii, (;t surtout il n'est nullement prouvé cpu» cette loi (pii nous rend l'expérience possihk; (3t la réalité inlelli^ihh^ ait nnt; valeur au delà du domaine; de notre esprit (i2).
En second lieu, lors même qu'on aurait pu conclure léj^itinn;ment à la nécessité d'une cause pour expliciuer le monde, il n'est nullement démontré par là que cette cause soit Dieu; elle peut être toute réalité imaginable la matiér(M)u lemouvenuMit, etc. ; l'argument n'est donc pas valable pour l'usage auquel ou le destine.
5. La preuve téléologiqiie emprunte une partie de sa force à l'argument cosmologique, et, par cela même, est invalidée. — Enfin nous arrivons à la preuve des causes finales ou preuve physico-tliéologique ou plus simplement télcologique (3). Elle peut se décomposer en trois moments : 1^ 11 y a de l'ordre dans le monde. Sur ce premier point, nous sommes loin d'introduire la moindre contestation, puisque c'est sur cette proposition que nous fondons l'harmonie possible des deux ordres, le naturel et le moral, ^l"" Cet ordre ou disposition de moyens en vue d'une fin, cette finalité exige un ou des principes situés hors du monde c'est-à-dire transcendants. 3° Ce principe doit être un à cause de l'unité de plan qui se voit dans le monde.
Cette argumentation aboutit à poser l'existence d'un créateur de l'ordre, d'un organisateur, démiurge {^) ou l'existence d'une cause du monde à laquelle du reste Socrate et Platon n'ont pas songé en tant que créatrice absolument. L'idée de création ex nihilo s'est introduite plus tard ; on a voulu alors que l'argument des causes finales prouvât non seulement l'existence d'un architecte,
(1) Cosmos, monde.
(2) V. Eclaircissement II.
(3) Te^os, fin, parce qu'elle se tire des fins ou intentions constatées dans le monde.
. (4) De dèmios, commun, général, et ergvn, œuvre.
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mais en mùiiic Uîinps, colle d'un créateur transcendant, et on a invoqué pour cela l'arj^Minient cosniologique, exposant ainsi l'argument des causes finales aux mêmes critiques qui infirment la valeur du précédent. Ainsi la démonstration qui prétend s'appuyer sur le principe de finalité s'appuie en réalité sur celui de causalité. On s'élève en elïet à l'idée d'un être en qui cette finalité serait contenue par avance, mais on n'expliciue pas la finalité par cela qu'on la met en Dieu ; on ne fait que la transposer; et cette troisième preuve n'atteint pas non plus le but proposé.
6. Les preuves morales. — Il convient cependant de reconnaître la force de l'argument fondé sur la finalité à la condition que cette finalité soit d'ordre étliique. Nous n'aurons pas ainsi un argument pleinement démonstratif, mais une suggestion très forte sans laquelle le monde moral, auquel nous tenons pardessus tout, cesse d'avoir un sens. C'est donc aux preuves morales qu'il faut revenir.
7. Dieu garant de la vie future et le consentement universel. — Le premier argument de ce dernier genre consiste a dire que la conscience pratique exige l'immortalité pour l'établissement d'un équilibre entre le bonheur et la vertu et qu'il faut un organisateur de cet équilibre moral, autrement dit, qu'il faut un Dieu. Mais cette affirmation doit être bornée à celle de la moralité de l'univers, satisfaisante à la fois pour la raison et pour le cœur. On invoque également le consentement universel en faveur de l'existence de Dieu. Par lui-môme, ce consentement ne prouve rien; mais ceux qui contestent sa valeur peuvent être mis en demeure de rendre compte au moins de la croyance générale et d'en prouver l'illusion.
8. Les arguments passionnels. — Les deux seules raisons vraiment satisfaisantes sont celles qu'on tire d'abord du besoin d'assistance de l'homme accablé par la douleur et qui ne trouve dans le monde personne capable d'y compatir suffisamment. Dans l'extrême malheur, l'àme humaine cherche un confident suprême et cet appel du cœur à la Bonté souveraine n'a rien d'irrationnel puisque c'est au milieu delà soulïrance, ce désordre moral, un acte de foi dans l'ordre et la raison. Si, de plus, nous faisons intervenir l'idée de justice, l'argument passionnel prend une grande force; car le juste persécuté exige qu'il y ait une