‹ Principes de philosophie morale suivis d'éclaircissements et d'extraits de lectures conformes aux programmes de l'enseignement moderne (première, sciences et lettres), de l'enseignement secondaire des jeunes filles et des écoles normales primairesChapitre 139 sur 162 · II. — LES ATTRIBUTS DE DIEU LE PANTHÉISME · texte numérisé non relu

II. — LES ATTRIBUTS DE DIEU LE PANTHÉISME

9. Conditions logiques, psychologiques et morales de l'établissement de la Religion naturelle. — Nous n'avons pas prouvé l'existence de Dieu, car c'est impossible. Nous avons indiqué cependant les motifs moraux de croire en lui ; nous avons montré ce qu'il y a de rationnel dans l'affirmation que la moralité doit être immanente au monde. L'existence de Dieu ne peut être ni garantie par le recours aux faits, c'est-à-dire par constatation (2), ni par la déduction, puisque la rigueur de toute déduction n'est querencliainement logique des propositions entre elles

(1) Élévations à Dieu sur les mystères. V" semaine, 1'® Élévation.

(2) C'est en désespoir de cause et par l'absence de foi véritable que Musset

i'iiiN(.ii'i> i»i: i.A iu;ijr,i()N .natii'.i.i.ij-:

(Ml dehors (le l:i vci ih* du point d«* départ, <'l (jiiil ne s*a|^it pas tant ici de bien raisonner, (jue de décider si l'on admettra ou nou la vérité d'une proi)ositi()n servant de jtoinl do (lé|)arl à uiiefoule d'autres. Ce (juil faut avant tout obtenir c'est un acte de foi veiiaid d'une volonté raisonnable et passionnénuMit émue par ce débat, le |)lus «^n'ave de tous. IM'éciser et développer pur des symboles les termes de ralïirmatiou que nous avons émise est l'œuvre des religions, et à plus forte raison leur appartient-il de déterminer les attributs de la nature de Dieu.

CependanI il (^st des conditions aux(iuell(;s elles sont subordonnées dans cette œuvre de détermination de la nature divine. Kt tout d'abord il est une condition lo);:i({ue à la(|uelle elles doivent se soumettre pour rester raisonnables. Leurs constructions relèvent toutes de l'esprit humain et de ses lois fondamentales dont la plus élémentaire est le i)rincipe de contradiction, {garantie suprême et irréductible de la pensée contre le vertige. Toute afïirmation contradictoire doit être éliminée comme une violence à la raison. Celle-ci se trouve alors, en elîet, dans le cas de légitime défense, fondement de tout droit, dans la vie pratique, ainsi que nous l'avons montré, et de toute affirmation dans la vie spéculative.

Une condition psychologique s'impose à la formation et à l'acceptation de tout mythe religieux. En effet, il s'agit ici de déterminer les attributs d'un être. Or, nous ne connaissons directement qu'un seul être, c'est la personne humaine, et les attributs psychologiques et moraux de celle-ci sont les seuls auxquels on puisse recourir pour caractériser un être quelconque, au-dessous de l'homme et au-dessus de lui. La loi de toute religion comme de toute philosophie, comme de toute science, ainsi que nous tâcherons de le prouver ailleurs, c'est Vanthropoinorphisme avoué ou inavoué; car nous ne pouvons qu'induire l'existence et la nature des êtres différents de nous-mêmes en nous servant du seul instrument d'induction possible, la pensée humaine qui ne peuts'abandonuerelle-même quand elle s'efforce de sortir de soi. Si la Divinité est conçue comme personnelle, on

a pu adresser à Dieu cette sommation d'avoir à se présenter dans le domaine des faits pour être objet de constatation :

... Si nos angoisses mortelles

Jusqu'à toi peuvent parvenir,

Brise cette voûte profonde

Qui couvre la création ;

Soulève les voiles du monde

Et montte-toi. Dieu juste et bon ! 'Eapoir en Dîeu.)

\xi. iHKli :\su

lie pourra donc pas lui pidcr «le (jualih's iiicoiiipalil»|('>> ;(\«'c {'0 (pic nous pouvons coniprondiMMlcî tonte pcrsonna lilc.

Kniin il y a pour loulc i'('li;;ion une ('(uidilion morale ;i rcuiplir pour s(^ faire rccininaitrc d(> la raismi hninainc, c/osl (\v m* pas rester an-<lessons des prescrijdions (\i\ celle-ci, et snriont d(î n'y pas conliedire. Sans doute les sysicines i*eli;::ien.v et niétapliysicpic sont ohjels de libre ci'oyanc»/ et la spéculation a ses |)rincipes et ses nu'l Modes propres nn^ino en niatièrf^ r(di;;iense. Mais |)lns cette lilxM'tc <lu |»euseui- esti^rande, plus il l;iul lui lap- ])elerc(Mle rèi;le sn|)érienre à lous les systèmes : les exif^ences (le la conscience nioiah^ |)révalent contre les hardiesses d(^ la spéculalion (I). D'autre part c'est un devoir pour \(\ moraliste d'iidervenir dans les consé(iuences j)rati(|ues des systèmes; la ])lulosopliie morale n'a pas le droit d'abdiquer devant eux. Son indépendance est hors de cause; mais ce ({u'il faut alïirmer hautement parce que la négation est presque universelle, c'est l'impossibilité d'une relii^ion et d'une métaphysique indépendantes de la morale. Celle-ci doit d'une part s'élever jusc[u'à ralVirmation de la Divinité, sans laquelle assurément elle peut se fonder, mais aussi sans laquelle elle n'aurait pas son couronnement. C'est en cela que consiste ralTirniation première de la religion naturelle; mais outre l'affirmation du postulat de la Divinité, la philosophie morale doit encore prendre l'attitude critique et polémique, maintenir les exigences de la conscience et examiner les systèmes qui n'y satisfont pas (2).

lO. Le Dieu du Panthéisme. — Le plus ancien et le plus grand, par la conception du principe et par la cohérence logique, est le panthéisme, ainsi que nous l'avons déjà remarqué (3). Selon ce système, qui obtient son exposition la plus parfaite dans YEthique de Spinoza, Dieu est l'être, tout l'être (4), en dehors de toute relation, (o) absolu, éternel, infini, unique substance comportant l'infinité des attributs (dont nous ne connaissons cependant que deux : l'étendue et la pensée), et se déve-

(1) C'est le cas de la conception de la vie divine d'après Aristote. V. Eclaircissement IV.

(2) V. Eclaircissement III, et ch. xx, Eclaircissement III.

(3) Ch. IV, § 1.

(4) De là le nom de Panthéisme (pan, tout, et theos, dieu).

(5) Ab-solutiis, dégagé de ; n'ayant de rapport avec aucun être.

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