‹ Principes de philosophie morale suivis d'éclaircissements et d'extraits de lectures conformes aux programmes de l'enseignement moderne (première, sciences et lettres), de l'enseignement secondaire des jeunes filles et des écoles normales primairesChapitre 140 sur 162 · PRINCIPES DE LA RELIGION NATURELLE · texte numérisé non relu

PRINCIPES DE LA RELIGION NATURELLE

l()l)pant, quoi(iiie indivisible, en une infinité de modes qui sont les (livors ('Ires étendus et pensants que nous connaissons, que nous sommes, La substance, n'ayant rien en dehors d'elle pour arrcMer son développement, puisqu'elle est tout, est libre, mais elle n'a pas à choisir entre les possibles ou les futurs ambigus, puisque tous les possibles sont en elle, et qu'elle est tout le réel. 11 en résulte que la Substance-Dieu ne peut tendre à aucune fin, car désirer, c'est manquer, c'est être imparfait; or Dieu est parfait, donc il est tout ce (fu'il a à être. Tel est le Dieu de Spinoza.

11. Objections au Panthéisme. — 1" Mais si Dieu est ainsi, il faut dire queDiomme n'est pas; c'est simplement une manière d'être, un mode du seul être, Dieu. Le monde n'est pas non plus, pour la même raison; et le panthéisme, pour absorber toute réalité dans l'être absolu, est, au regard de la nature et de l'homme, un nihilisme. Cette objection est essentielle; mais les suivantes la confirmeront.

Toute réalité peut être placée soit dans la substance soit dans les phénomènes. Si nous la mettons dans la première, nous aboutissons au nihilisme; si nous la mettons dans les phénomènes, il ne reste plus pour la substance identifiée à Dieu par hypothèse, qu'une notion vide de réalité.

â'^ Le mot par lequel nous désignons Dieu est même vide de sens, car Spinoza entend par substance « ce qui est en soi et est conçu par soi, c'est-à-dire, ce dont l'idée peut être formée sans avoir besoin de l'idée d'une autre chose (1) ». Mais ce qui est conçu en dehors de toute relation, c'est-à-dire même en dehors de cette relation avec l'esprit qu'on appelle connaissance, n'est pas conçu du tout. La substanee du panthéisme pourrait bien être un assemblage de concepts tous concevables séparément, mais inconcevables dans leur ensemble ; donc cet ensemble est contradictoire.

3^ De plus, un nombre infini d'attributs supposés actuels est une pure absurdité; tout nombre qui exprime une réalité étant forcément fini, tout nombre même étant fini, une somme finie d'attributs finis ne peut faire un infini.

k" Si cependant le panthéisme a de tous temps eu des partisans, comme la plus forte des doctrines métaphysiques, c'est

(1) Ethique, V partie, définition III (trad. Saisset, p. 1),

Page 1