II. — i,A i.ini;iiTK {\.\ ïwi.sw, r
6. Les (lémarchea pour agir sur la conduite dos Iiommes n'ont de sens que s'ils sont libres. Kiiliii, si ioiil rst.
iM''c»'ss;iii<' dans les acics liiiinajiis, le laii;;a;;(' imi\'r'i*s('l rsl ('oiivîiiiicii (rcxliava^ancc en laiil ((ii'il exprime des conseils, (les promesses, des prières. Si cehii (|iii les fait ne croil pas à la lihei'ié de eehii à (jui il s'adresse, el si celni ci n'a pas le pouvoir d'en tenir comple. la société des liomnn's es! une riMinion d'aliénés, l/idécî d'un pouroii' rtii' cl [(tin' (inhcnicnl, sn|»poséedans lonles ces allihides, esl cliimériiine, el il y a conlradi(^ lion entre ropinion(|ni la maintient et la science (pri la conteste, (lotte contradiction, le savant la subit, et il est tenu de r(\\[)Iicjuer, puisipi'il ne saurait paiveiiir, «|U(»i(pril fasse, à en alTraiichii' sa conscience d'homme (1).
Lo déterministe entreprend cette exi)]ication. Les conseils, les prières, les promesses, dit-il, ne sont ni ahsuides, ni inutiles, puisqu'ils servent à créer chez ceux (|ui en sont l'ohjcît des motifs d'agir dans le sens que nons désirons ; ils créent des chances do l)lns pour ([ue les actions demandées soient obtennes. Il est vrai ((ne des chances contraires subsistent, mais cela se rencontre aussi, et surtout, dans l'hypothèse de la liberté. C'est même dans ce dernier cas que semble éclater l'inutilité de ces sortes de démarches. Les conseils, dit la vulj^arité morale, sont faits pour n'être pas suivis, et les promesses pour être violées. Pour être bien persuadé qu'il en peut être autrement, il faut croire que la niodilication qu'ils apportent dans les dispositions mentales présentes doit changer nécessairement l'avenir, ce qui serait impossible si cet avenir était contingent (i2).
Je réponds : il n'y a pas lieu de contester l'influence fréquemment et heureusement déterminante de la suggestion ou du contrat sur les actes, et plus généralement des motifs, sur la série des événements qui s'ensuivent. L'acte une fois commencé se développe dans ses conséquences avec une rigueur qui a la forme de la nécessité. Mais ce n'est pas là la question, et c'est enfoncer une porte qui s'ouvre d'elle-même que de nous présenter sous forme d'objection une proposition qui est essentielle à notre thèse de la liberté. La question est de savoir si une série de phénomènes mentais peut être commencée ou interrompue par des initiatives véritables; s'il dépend réellement de l'auteur de la
(1) Renouvier. Psych., II, 55.
(2) Fonsegrive. Essai sur le libre arbitre, p. 400.
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prière, du ronsoil. de l;i i>romesse (l'inlrodiiireces motifs d'agir, et s'il (l(''|)(Mid de celui (|iii m roroit rinniioiicc d'en permettre ou d'eu r()ui|)re le cours. Nous l'éelînuous uue pince pour la liberté d'abord au déhul des séries uieutalcs, puis dans leur teueur. Si l'on nous refus(î toute inilialive poiii- en déterminer, en changer, en suspend ic on eu continuer le développement, alors les séries peuvent bien être données comme des fait liistori([ues, mais il n'y a ])lus là ni conseil, ni promesse, ni prière. 11 est certain ([ue rimpositioii des noms aux cboses est arbitraire, mais c'est préparer volontairement ré((uivoque et le sopliisme que de laisser les mêmes termes pour désij^ner des choses qui changent tellement de signification, selon ([u'on les regarde au point de vue de la nécessité ou à celui de la liberté. C'est tellement vrai que M. Rabier (1), ([ui présente la même défense dudéterminismeque nous coniJ)altons, apporte d'autres noms pour désigner les choses ainsi modifiées : les conseils ou contrats sont, dit-il, des poids, des digues pour incliner et diriger la volonté.
7. La loi morale implique la liberté. — Enfin l'affirmation la plus haute de la conscience morale : fais ton devoir, nous paraît impliquer la liberté de celui à qui s'adresse cet ordre (2). On ne recommande pas à la pierre de tomber et on n'a pas à craindre que l'arbre viole la loi de l'absorption de l'acide carbonique. S'il ne dépend pas de nous de désobéir ou de nous conformer à la loi morale, elle cesse d'être raisonnable. Je dois, donc je puis. Si le déterministe intervient pour affirmer que l'idée de l'obligation a encore, même sans la liberté de l'agent, une utilité comme motif influent dont la simple représentation emporte l'adhésion de l'esprit et l'accomplissement de l'acte, je répondrai comme à la doctrine socratique de la connaissance du bien suffisante pour sa réalisation, que je puis connaître la loi et la violer (3).
En résumé, toute la conscience est pleine d'illusions sur les questions qui l'intéressent au plus haut point si la croyance universelle en la liberté n'est pas fondée.
(1) Leçons de Psychologie, p. 553.
(2) V. Eclaircissement II.
(3) V. plus loin, chap. ix.
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II . — LA L I II i; Il !• L N ' !•: S r NI UN I' AIT M 1' \ T II K 0 H K M i:
8. Qu'est co qu'un fait? ( IcpciKliiiil ('('.Ile illiiMoii csl possible. Il iK» jaiil pas piTiidrc nos hcsoiiis iikmmiix pour la rc;;lr (le la rralilc, an moins sans axoir «'xaniiiic (-('(pi'ii |)('iil y avoir (le Ir^iliiiic dans le hcsoin (pi'on alliilnic à la science en all('^- ^nanl (Ml son nom (in'il l'aiil éliminer la Nheile (ltiiiioii(le pour (|n'elle le saisisse.
Noire opinicni est (|ne la icalile de la libelle ne peni elr»' : l"ni vcriliéiM'oimne le sérail, nn lail. ; — "i" ni déiiKniIrécî coninn; un lliéorème.
Qu'est-ce (pi'nn l'ail? (l'esl une ciiconslance (lélerniinéc de telle sorte (|n*nn esprit sain et attcntil' puisse la couuaître dès (|u'elle est présentée à rintnition sensible (et e'est là le vrai, runi(|ue sens de lV'r/(/^'/frc : (/(//'/ravoir), ou directeuieut au sens intime (et en ce cas l'évidence n'est déjà i)lus qu'une inétapliore). Ainsi, que l'Ainéricjue existe, qu'on puisse obtenir de l'acide carbonique solide, ce sont là des faits sur la réalité desquels nous ne tolérons aucune opposition entre les esprits. S'il s'en produisait une, nous renverrions les opposants à la seule garantie que comporte un lait, le recours au lait lui-même. Que j'éprouve une appréhension avant de me jeter à la nage ou en commençant une conférence publique, ce sont là des faits que l'expérience intime me révèle avec ime autorité qui exclut toute équivoque. Tout fait étant ainsi défini, aucun fait ne comporte, en tant que pur fait, de divergence d'opinions, puisqu'il est, de sa nature, antérieur à toute opinion émise à sou sujet ; car ce n'est pas opiner que de dire : « Je vois, je sens », ou : « Je ne vois pas, je ne sens pas. »
9. Il ne saurait y avoir de divergences sur la liberté si elle était un fait. — Il n'est donc pas vrai que le libre arbitre soit un fait. Si cela était, pourquoi en disputerait-on? Il n'est pas donné à l'expérience intime, ainsi que le pensait Maine de Biran. Ce philosophe croyait saisir dans l'efïort musculaire la volonté libre eu acte, se manifestant par le fait. Mais la sensation de l'elïort exercé est un résultat de Faction volontaire ; elle est provoquée dans la conscience après que les muscles ont été contractés sous l'influence de notre résolution, elle n'est donc pas impli* quée dans la conscience que nous avons de cette résolution qui
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la précède (1). Do i)liis, la volouté n'agit i)as directement sur les muscles ; elle ne le fait (jnc par rinternK'diaire de rima',nnaliou (jui nous représente forlenient les mouvements organicfues à accomplir el (jui (;st liée elle-même à ceux-ci en vertu dum* harmonie du ])liysi(iue et du moral sur laquelle nous nous expliquerons j)]ms loin (4). Si l'on v<miI sMr|)rendre l;i volonté dans son action causale, c'est le phénomène de rattention et de la léllexion (ju'il faut étudier, c'est-à-dire cet appel, cette suspension, cette jnise en jeu des idées (jue nous avons signalées plus haut dans l'acte de la délihération. Encore ne saisirons-nous là qu'un rapport entre les phénomènes, tandis que ce que nous cherchons, c'est l'essence de l'être lui-même. Ce qui est donné incontestablement à la conscience, c'est ma croyance à la liberté (3). Mais toute croyance est opinion, et une opinion est plus (ju'un lait, comme une relation est plus qu'un terme, comme un collier est plus qu'une perle. Une opinion se discute, un fait ne se discute pas. Enfin, l'opinion dont il s'agit est énorme : elle implique que ce qui me paraît est vrai, uniquement parce qu'il me paraît; que je ne puis être le jouet d'une illusion ; prétention outrecuidante et injurieuse pour la presque unanimité des philosophes qui ont l'opinion contraire. Ainsi la prétendue preuve tirée de ce qu'on nomme le sentiment vif interne n'est qu'une proposition controversable, la plus controv ersée de toutes, mais qui se présente à moi instinctivement, aveuglément, alors qu'il y faudrait la pleine lumière de l'évidence. (V. Eclaircissement I.)
10. La liberté n'est pas démontrable. — La liberté peutelle être démontrée comme un théorème? Démontrer, c'est faire reconnaître la vérité d'une proposition, en vertu d'une autre, en tant qu'impliquée dans une autre considérée ellemême comme admise. Or, de quelle prémisse tirerai-je cette proposition : quelques actions sont libres, si ce n'est d'une proposition qui sera elle-même ou un principe admis ou une proposition à démontrer? On ne me l'accordera pas comme principe, car ce serait accorder la conclusion ; et si je m'efforce de la démontrer c'est que ce n'est pas un principe. Et c'est bien ce qui arrive; car, ainsi que nous l'avons vu, c'est par l'idée du devoir que se
(1) Voir William .Tames. Le sentiment de l'efTort. Critique philosophique, XVIII, p. 123.
(2) Renouvier. Psych.^ I, p. 404. V. Cours de morale pratique^ ch. ii.
(3) V. Eclaircissement IIL