III. — LES ATTRIBCTS DE DIEU Lfcl THÉISME MÉTAPHYSIQUE
13 Le rejet des preuves métaphysiques entraîne celui des attributs métaphysiques. — Les preuves métaphysiques de l'existence de Dieu ne nous ayant pas paru recevables, comme elles étaient seules capables de nous faire admettre des attributs métaphysiques en Dieu, on peut prévoir que nous rejetterons également ceux-ci. Les preuves morales,
(1) Voir ch. I.
j. TOMAS. — 6* année. 22
338 nU.N(JI'i:s DK I.A liKI.K.lO.N .NATIIUIIJ.K
qun lions avons niaiiitcniics ne pouvcnt (Ioik; nous coiHluirc (ju'à (les attribiils moraux dans la personne; divine.
Cependant il nous faut donner des raisons contre la possibilité d'un Dieu défini par la synthèse de caractères tels ({ue Vunité la siniplicité, l'innnensité, Vélernité, YimmutnhiliU, Nos raisons reviennent tontes à dire qu'un tel assemblable d'attributs est : 1" contradictoire ; t" inconciliabh; avec la conscience.
14. Ces attributs sont ou contradictoires ou inconciliables avec la conscience psycologique ou morale. — I. Si l'on entend par l'unité de Dieu (|ue ce caractère ne peut convenir qu'à un seul idéal moral, c'est nne thèse soutenable et nous n'en concevons pas d'autre. Cependant la divinité peut être conçue comme étant la perfection de plusieurs personnes constituant la société parfaite et se gouvernant par une seule loi : celle de la justice irréprochable et de la vertu la plus haute. Il ne resterait plus qu'à s'expliquer sur le moyen d'attribuer à une telle divinité la création : c'est ce que nous ferons plus loin.
II. Si la simplicité signifie l'unité absolue sans multiplicité, elle supprime dans la personne divine la conscience, car toute conscience est essentiellement pluralité. Dire, en d'autres termes, que Dieu est l'homogène pur, en qui rien ne se distingue ni ne se sépare, c'est revenir à VUn de Parménide et de Spinoza.
III. Si Yimmensité signifie l'étendue si grande qu'elle échappe à toute mesure, l'étendue infinie, nous nous retrouvons en présence d'un infini actuel, concept contradictoire; mais si l'immense est ce qui n'a aucun rapport avec la mesure, parce qu'il est de l'ordre de la qualité et non de la quantité, nous avons vu (1) que c'est là le caractère des phénomènes psychiques et il est parfaitement admissible que la personne divine n'en comporte pas d'autres.
IV. Si Véternité signifie la durée infinie, c'est encore la contradiction précédente. Mais si l'éternel est ce qui n'a aucun rapport avec la durée, il va de soi qu'il exclut la conscience, puisque toute conscience se développe dans le temps. Si donc Dieu existait sans durée, il ne nous intéresserait en aucune façon puisqu'il n'aurait aucun rapport avec le monde.
V. Enfin, si V immutabilité signifie le caractère d'un être qui est tout ce qu'il a à être et ne peut changer sa nature, c'est
1) Ch.i.