‹ Principes de philosophie morale suivis d'éclaircissements et d'extraits de lectures conformes aux programmes de l'enseignement moderne (première, sciences et lettres), de l'enseignement secondaire des jeunes filles et des écoles normales primairesChapitre 145 sur 162 · PRINCIPKS DE LA RELIGION NATURELLE · texte numérisé non relu

PRINCIPKS DE LA RELIGION NATURELLE

Jésus, elle a fait de grandes conquêtes. On n'est pas sorti cependant, on ne sortira pas de la notion essentielle que Jésus a créée. Il a fixé pour toujours l'idée du culte pur. La religion de Jésus, en ce sens, n'est pas limitée. L'Église a eu ses époques et ses phases ; elle s'est renfermée dans des symboles qui n'ont eu ou qui n'auront qu'un temps ; Jésus a fondé la religion absolue, n'excluant rien, ne déterminant rien, si ce n'est le sentiment.

On cherchait vainement une proposition théologique dans l'Evangile.

Renan. Vie de Jésus, ch. vi et vu.

La vie divine est celle de la contemplation, d'après Aristote.

Entre les actions vertueuses, celles du politique et du guerrier l'emportent en beauté et en grandeur ; elles sont cependant sans loisir, elles tendent à une autre fin et ne sont pas recherchées pour elles-mêmes. Au contraire l'action de la pensée semble l'emporter en gravité, puisqu'elle est toute spéculative, n'a d'autre fin qu'elle-même et comporte un plaisir spécial qui accroît encore l'énergie de la pensée. De plus, cette action se suffit à elle-même, elle admet des loisirs, et exclut la fatigue autant que cela est possible à l'homme ; enfin, toutes les qualités qu'on attribue à l'homme souverainement heureux semblent être celles d'un tel acte. C'est donc cet acte même qui serait le bonheur parfait pour l'homme quand il remplit une durée normale d'existence; car rien d'incomplet ne peut faire partie du bonheur.

Mais une telle vie serait au-dessus de la condition humaine. Car ce n'est pas en tant qu'homme qu'on vivrait ainsi, mais en tant qu'on aurait en soi quelque chose de divin. Or, autant ce principe divin diiïere de ce qui est composé d'un corps et d'une âme, autant son énergie diffère de celle de toute autre vertu. Si la raison est divine, relativement à l'homme, ainsi la vie selon la raison sera divine, relativement à la vie humaine. Il ne faut donc pas, comme on nous le conseille, n'avoir que des pensées conformes à l'humanité, parce qu'on est homme, ni penser uniquement aux choses mortelles, parce qu'on est mortel, mais nous rendre, en tant qu'il est en notre pouvoir, immortels et faire tout ce qui est possible pour vivre selon ce qu'il y a de plus sublime en nous ; car si ce genre de vie ne peut tenir qu'une petite place dans notre vie terrestre, il l'emporte de beaucoup sur tout le reste par sa puissance et sa dignité. Il semble même que ce principe est ce qui fait l'homme, puisqu'il est ce qu'il y a d'essentiel et de meilleur en nous ; ce serait donc absurde de ne pas choisir la vie qui lui est conforme, mais d'en suivre une autre.

Aristote. Ethique à Nicomaque, liv. X, § 7. Ed. Bekker, 1177, b. 16.

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