LI-: DIÎTERMINISMI-: TllKOLOGIQUE. LA PRESCIENCE DIVINE
2. Forme primitive du fatalisme. — Une dos i)lus anciennes raisons de nier la liljerté do ilioinino osl l'idôo ({u'on s'est fnito de boiiiio liouro do la piiissaiioe diviiio, (|iii, s'ôtoiidant à loiil, cnipocho riuLorvonliun ollicaco do riioniiiio dans sa dostinôe, malgré les ai)paroncos. A cotte toute-paissana' s'ajoute d'ordinaire un allrihul corrélatif iV infinie intcllùjence ])nv lnqueUa la cause de tous les événements les conçoit en jnoino temps qu'elle les prédétermine et un troisième attribut Viinninat hilité dos décisions. C'est là le fond do la croyance hollénicino au destin, force universelle à laquelle sont soumis les grands dieux euxmêmes. Le fat uni est ce qui est dit comme vrai éternellement. De là nous vient le mot fatalitc. Encore aujourd'hui l'Orient est la terre du fatalisme. Là, riiommo est si peu de chose qu'il a la conviction profonde de l'inutilité de l'effort et à chaque événement heureux ou malheureux, il reconnaît l'action do la nécessité et déclare que « c'était écrit ». Du reste, le musulman est très logique dans son inertie ou dans son fanatisme ; car, quoi qu'il fasse, son attitude est un cas de la nécessité à laquelle il croit. On ne peut agir sur lui qu'en essayant de le faire changer de croyance, entreprise hasardeuse.
3. Antinomie de la prescience et de la liberté. — Une forme systématique de ce fatalisme a été présentée dans toutes les controverses sur le libre arbitre depuis le moyen âge. La contradiction entre la prescience divine et la liberté, vivement sentie par saint Paul, a i)rovo({ué la dialectique de saint Augustin, saint Thomas, Luther, Leibnitz, etc. La thèse peut se résumer
absolu de la science appliqué à la conception de l'univers. Par contre, l'idée claire et nette de la liberté théorique, celle du pur accident dans le petit monde (Aristote, 384-322, et la. contingence des futurs) et dans le grand monde (Épicure, 342-270 et le clinamen), en opposition avec l'enchaînement rigoureux des phénomènes du cosmos, ne se produira qu'avec un progrès de la réflexion et de la critique, à la faveur d'un commencement d'analyse psychologique. La psychologie, elle-même, à son début (Socrate, 470-400) tombera d'emblée sur le déterminisme, et cela toujours pour obéir à l'esprit de la science pure. Bientôt après, les deux systèmes s'éclaireront mutuellement en se combattant. (Luttes des stoïciens, épicuriens, académiciens, sceptiques, à partir du ni^ siècle. Chrysippe, le grand polémiste stoïcien, vit280-207.) C'est une lutte qui n'aura plus de fin.
V. Renouvier. Esquisse d'une Classification des systèmes philosophiques, 1885, Paris. IV* opposition. Critique religieuse, t. VI, p. 197.
liiii'(';il n\nir:iil plus ni iiilvllii^ciicc piiiliiilc ni iininiil;ii)iiiL('', ot (Miouli-e il y ;nir;iil des ;i('l('S(|in ne procédoraicMit pas (l<î sa puissance, do sa i;r;HM'. Il l'an! donc rcjol(u* la lihcrir do l'Iioniino conimo iiioonciiiahh* avoo ces allrihuts do Diou : 1" science; 2' puissance; 3" inmiulahililé.
4. Relativité de la prescience. — On peut répondre que la puissance de Dieu, s'il a laiL un monde comportant la liberté, n'est pas moindre que s'il en a décidé autrement. Mais assurément une création dans laqu(^]lo la morale est possible par IV^xorcice d'une liberté réelle serait plus dii^no do l'œuvre divine qu'une nature sans moralité. Si donc il a fallu, pour obtenir ce monde meilleur, sacrifier quelque cbose de la prescience, nul doute que cette combinaison entre les mondes possibles n'ait été préférée par un Dieu aux yeux duquel nous supposons que le pur mécanisme a moins de valeur que la dignité humaine et le règne du devoir et de la justice. — Ce n'est nullement diminuer Dieu que de récuser en lui un attribut inconciliable avec sa perfection morale. Le Dieu de la métaphysique, synthèse d'attributs souvent contradictoires est intéressant comme conception qu'une longue série de penseurs se sont efforcés de préciser. Mais ce qui, à notre sens, importe avant tout dans l'idée de Dieu, c'est le caractère qui en fait une personnalité morale. Nous sommes donc disposés, dans la détermination de ses attributs, à subordonner ceux qui sont d'ordre métaphysique à ceux qui sont d'ordre moral. Ce n'est pas contribuer à en élucider la notion que d'y introduire des qualités difficilement conciliables avec la perfection morale. Au contraire c'est s'élever, selon nous, dans la conception de la divinité et en épurer la croyance que d'eu éliminer tout ce qui n'est pas conforme au plus parfait idéal de la moralité; et la prescience est dans ce cas. — Au reste, il ne serait pas sérieux d'admettre que les hommes peuvent, lorsqu'ils se connaissent bien, prévoir généralemeut leurs dispositions et actions réciproques, tandis que toute prévision de ce
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fçenre serait refusée à Dieu, dout la pensée doit être plus haute et plus lar^e que celle du plus liahih; psychologue. Dieu doit doue couuailre d'avauce beaucoup d'évéuenieuts jjossibles; mais il ne peut les saisir que comme tels, c'est-à-dire comme ambigus, et si cette science au contraire est totale et infaillible, c'en est fait de la liberté et du monde moral.
5. Vanité des tentatives de conciliation. — On dira que Dieu peut i)rév()ir nos actes sans pour cela les déterminer; qu'il peut savoir ce que je ferai sans que je sois gêné dans mon action. Mais sa prescience n'est sûre que si je ne puis pas la démentir par un brusque et arbitraire renversement de ma conduite. Ou bien on dira encore qu'il ne faut pas attribuer à l'intelligence suprême notre division du temps en passé, présent et futur; qu'il voit tout en même temps et que sa science est une omniscience. Mais Dieu devant voir les choses comme elles sont, s'il les voit simultanées, c'est qu'elles sont simultanées; et alors Homère, Diogène, Hoche, M. Thiers et moi nous sommes contemporains, ce qui est parfaitement inintelligible. De plus, si l'action de Dieu est hors des temps, comment distinguer celte action avant et après la création? Enfin, si la personne divine est elle-même sans aucun rapport avec le temps, elle est en contradiction avec tout ce que je puis penser d'une existence quelconque; c'est une pure abstraction, au lieu de la personne parfaite que je conçois sans cependant pouvoir l'imaginer. Comme celle-ci m'est précieuse plus que tout le reste, je sacrifie, pour la maintenir en ma croyance, toutes les divagations des métaphysiques à prétentions plus ou moins religieuses, et en la maintenant je conserve la moralité et la conscience avec sa condition essentielle, la loi de succession.
La thèse de la liberté subsiste donc, pour nous, quoiqu'il en coûte à la théologie déterministe.