‹ Principes de philosophie morale suivis d'éclaircissements et d'extraits de lectures conformes aux programmes de l'enseignement moderne (première, sciences et lettres), de l'enseignement secondaire des jeunes filles et des écoles normales primairesChapitre 19 sur 162 · II. — DETERMINISME SCIENTIFIQUE · texte numérisé non relu

II. — DETERMINISME SCIENTIFIQUE

6. Déterminisme fondé sur la statistique. — Quant au déterminisme qui se réclame de la science, il a d'abord une forme mathématique, puis une forme mécanique.

Au premier point de vue, l'on applique le calcul des probabilités à la prévision des actions humaines. Son principe étant que

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l«»s possi])ilil(''s rcspcclivcs (les «'VÔnonUMils se (IrvclopiKiil ;ivoc iiiu^ t(M)(laii('o à ('M|(iilil)r(M' Iciiis cIi.iikm's (riipp.'irilioii, siirloiil ni l'on (Mivisii^iMlc j;r;iii(ls iiomiIhcs, il cii rrsiilh» (pic le (';ir;i(l<"'rc' (les îicics libres (iiiiihij;iril(' des fuhii's, iinpossihilili' de lu prévision), <li^pîn';iîl dans la ir<;nlaiilV' léinoi^iKM' par les cliilTrcs. \,ph principes (In calcul des prol)alnli'l(''sonl, élr loiin nies en l-'ran ce par Laplace dans la ThroriffnmliilfiiiirdrsprolnihUih'sliKl^l). l'n astronome el slalislieien hel^c, Oin'Ielel, (pii \ inl en IHïîi coin|)l('*ler à Paris s(N l'Mndes nialh('Mnali(pn's el aslrononii(pHvs, iidrodnisil, les ])rincipes de L;ii)laee dans la seiene(* sociale et |)nhlia à (•<» snj(;t li'ois onvraji^os : i" Lettres sur ta théorie des prolxtl/ilités appliquée ((K.r seie}ires luorales et politiques (1840) ; — 2" Du système social et (les lois qui le réqissent (1848) ; — M' Théorie desprohahilités (18.j3). Kniin un Ani^lais, ]r(Mi ri-Thomas llnckle dans une Histoire de la eirilisalion en Anqleterre rcslée inachev(''e, mais qui a cxeit('; à un liîuil degiT FinlértM. dans sa patrie et a été traduite très vite sur le continent (1), a développé cette théorie déterministe. On sait (fue chaque nation fournit par an un nombre de mariajiçes, de meurtres, de suicides, etc. , qui tend à être constant. On peut même ])révoir avec une faible erreur combien il y aura d'une année à l'antre de fautes de suscription sur les enveloppes des lettres confiées à la poste. Un négociant escompte le cliilïre moyen d'aiïaires qu'il traite par an pour vendre son fonds de commerce. S'il n'y avait pas une nécessité profonde qui mène l'humanité, cette régularité des actes même les plus irréguliers en apparence ne se manifesterait pas. Le fait qu'ils sont prévus en exclut donc la liberté (:2).

7. Les prévisions de la statistique ne sont qu'approximatives et n'engagent pas l'individu. — Il est étrange tout d'abord que, pour prouver la nécessité, on invoque une loi qui ne s'applique proprement qu'aux faits de tirage des sorts, dans lesquels les événements particuliers sont généralement considérés comme indéterminés. La loi des grands nombres est du reste une loi singulière dont le caractère propre est de s'assujettir les phénomènes que nulle loi d'ailleurs n'est capable de déterminer. Elle comporte des exceptions dont le calcul s'efforce de limiter les écarts : or, le déterminisme s'en sert pour

(1) Traduction française, par Baillot, 1865, librairie internationale.

(2) Sur la possibilité de prévoir les actes humains voir le morceau indiqué plus loin, p. iQ, note l.

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soiit(Miir iino llirso qui no romporlo pas d'ox-reptions. Elle serait acceplai)h' si elle se l)()riiail à souloiiii- (|ii(' les acios libres sont rares dans la vie liiimaine, mais re snail adincitrc la liberté ([ii'on rejette (1). Kl ('iiliii, s'il est \rai(|in' l;i |)icvi>i()iM'st possible eiicoïc (|ira|)|>r()\iiiiative j)()ui' les aclrs du même j^enre pris en i;raii(les masses, il est faux (|n'nn individu soit ])ar là nn'meeon- Iraint d'avaneeà venir jjjrossir, à tel jonr, le nombie des erinies, des mariaj^es, des eireurs qu'attend la statistique. Odle-ei éehoue donc devant les résolutions personnelles et la niatliématique n'est pas la loi de la eonscienec libic.

8. Déterminisme mécanique. — Principe de la conservation de la force. — La forme méeanicjuc du déterminisme scientilique donne lieu à des ditïicultés plus sérieuses. C'est un principe admis ])arles savants que la somme de l'énergie actuelle et de l'énergie potentielle est constante dans l'univers. C'est-à-dire (puis([u'on ne saurait évaluei" les foices pliysiques que par leurs eiïels, les mouvements), que tous les mouvements en cours d'exécution et tous ceux qui pourraient sortir de l'état de réserve où les maintiennent les forces actuellement en équilibre, constituent un nombre qui ne peut être ni augmenté, ni diminué. Rien ne peut être anéanti dans l'univers, rien n'y peut être introduit. Le travail se cliange en chaleur, la cbaleui* en lumière, mais, sous ces divers aspects, il y a la môme quantité de force. Un organisme est une machine qui rend en activité les forces qu'elle absorbe en nourriture ou les conserve à l'état de tension, et disponibles pour une détente ultérieure. Tous les mouvements de notre corps, y compris ceux du cerveau, sont ainsi réglés par la loi de la mécanique universelle et comme aucun acte psychologique ne se produit sans un état correspondant du cerveau, toute notre vie mentale, nos résolutions, nos passions sont ainsi déterminées par le principe de l'unité et de la conservation des forces physiques, qui est le fondement môme de la science moderne depuis Descartes (:2).

9. C'est un fait que la volonté agit sur la représentation et celle-ci sur les mouvements de l'organisme. — On a toujours tort d'être en conflit avec une science. Cependant il ne faudrait pas que cette science se mît elle-même dans son tort eu

(1) Renouvier. Science de la morale, II, 545.

(2) V. Eclaircissement I.

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