‹ Principes de philosophie morale suivis d'éclaircissements et d'extraits de lectures conformes aux programmes de l'enseignement moderne (première, sciences et lettres), de l'enseignement secondaire des jeunes filles et des écoles normales primairesChapitre 21 sur 162 · III. I,A LinKIlTl': (l/ANTITIIISi;) VA · texte numérisé non relu

III. I,A LinKIlTl': (l/ANTITIIISi;) VA

I'cjcUm' avec, le poiiil de drp.iil du |i;iMlli('isiii(' loiitcs ses consô-

(JIUMKHÎS.

11. Le principe de la causalité transitive supprinTiiO la distinction des termes et fait remonter la cause à l'infini. — H) Si i\)ii se place inainiciiiiiil ail |)()iiil, de vue de la iii('rapliysi({iie ralioiiiudlc ([ui réclaiiK^ coiniiie |)riiicij)0 (l'cîxplication uiiiv(;rselh^la loi do causalité souleiiiie pai* Descaries, L(Ml)nitz(;t Kaiit lui inùmo, on relègue la lilteilé eu deliorsdu luondo des [)liénonièiiespour souineltrc ce dernier tout entier à la nécessité caus;de. Nous avouei'ons qu'un act(^ lihre est inconciliable avec un univers où tout s'encliaînei'ail i-it;oui-euseinent s(don l'ordre des causes et des ellets. Et nous avouons aussi que la causalité est la loi de tous les faits explicables. Mais rien ne dit que tous les laits quelconques soient explicables; il peut s'en trouver qui dépassent notre puissance de comprendre sans pourtant violenter notre besoin de n'admettre aucune contradiction, par exemple le commencement du monde, la liberté et d'autres (1). Ilelmholtz a fort bien montré, selon nous, que ce principe de causalité est de nature inlellecluelle et subjective et qu'il ne régit pas forcément toute la réalité présentée à notre esprit (2). De plus, dans l'bypothése do la causalité universelle un acte causal, c'est-à-dire sans cause lui-môme, un fait d'initiative, de commencement véritable ne se comprend plus. La cause ello-môme disparaît; et nous retrouvons la formule panthéiste qui fait le fond de toute doctrine déterministe : « Tout est, rien ne commence, a L'elïet est déjà dans la cause et n'a besoin, pour être, que d'en sortir. La cause elle-même ne fait que changer d'état, elle devient effet : transit ad e/lectum, de là le nom de cause transitive, qui n'est qu'un synonyme de la substance unique du panthéisme. Autre forme de l'idole, mais toujours la même idole. Supposons même qu'on puisse, pour éviter les faits de commencement, c'est-à-dire de liberté, remonter de cause en cause et cela sans fm; on se réfugie donc dans l'absurdité de la série infinie actuellement réalisée des faits, et l'idée même de la causalité se perd dans la contradiction. C'est pour éviter cet écueil que nous posons des premiers commencements qui n'ont pas de

(1) L'inimaginable, l'inexplicable n'est pas forcément le contradictoire. En ce sens, il peut y avoir des faits sans cause avant eux, et qui sont causes euxmêmes de ce qui procède d'eux. Ils sont inexplicables, parce qu'ils servent à expliquer.

(2) V. Eclaircissement III.

ii i»niNCii'i:s i»i; i.a .moiîai.i;

caijsi^s, tant il s'en f.nil (jii'oii (Uhvh rcj^sinler tout faitcuinme ayant urio cause.

12. Du reste, Tuniversaiité absolue du rapport causal n'est qu'une hypothèse mal fondée. — Ouo dire, après cela, (le la j^rossirre tentai iv(; de r<'in|)irisinc contemporain, en pîirliculier chez Stuait-Mill (Lo(ji(ju(', liv. III, cli. iv et v) qui prétend invoquer l'expérience à l'appui dun principe tel que celui de la causalité, dont on se représente l'extension et la portée plus grandes que le domaine entier de l'expérience (pfelle régit? A])rès coup, assurément, dans tous les genres de faits, tout se classe et se lie; le pas.sé est actuellement nécessaire, puisque nulle force au monde ne peut, aujourd'iiui, faire qu'il n'ait pas été; mais rien n'empêche de concevoir que d'autres liaisons, un tout autre classement étaient possibles. « Un grain de sable de plus ou de moins dans l'uretère de Cromwell et l'histoire de l'Angleterre est renversée(l). * « Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé {"2). » C'est là le point de vue iichronique que nous opposerons tout à l'heure à la philosophie déterministe de l'histoire (3). Du reste, pour l'empirisme, cette liaison unilinéaire des phénomènes est simplement posée, mais jamais démontrée. Lorsque Stuart-Mill s'efforce de faire cette démonstration, c'est à l'induction fondée sur l'expérience qu'il a recours. La causalité, selon lui, est la plus forte de toutes les inductions, leur résultat dernier; mais une fois obtenue et soutenue par elles, elle leur sert de fondement à son tour. Si ce n'est pas là un cercle aussi vicieux que possible, les mots n'ont plus de sens. Et si l'on prétend dépasser l'expérience à l'aide de l'induction, c'est qu'on fait appel à une croyance; mais à choisir entre les croyances, je préfère, puisqu'elles sont toutes libres, celle qui me fait homme à celle qui me fait machine. La thèse de Mill, comme les deux précédentes, estdonc une fantaisie de métaphysique absolutiste et rien de plus.

13. Le principe de raison suffisante exclut la liberté par un retour au panthéisme. — C) Quant au principe de Raison suffisante, invoqué par Leibuitz dans la Théodicée (1710) et la Mona-

(1) Renouvier. Psychologie, II, p. 80.

(2) Pascal. Pensées, III, § 7, éd. Havet.

(3) V. é^'aiemcnt les Principes de philosophie scientifique, ch. vu, sur la Méthode en histoire.

m. — LA MIII.IHK (l/AMlilIKSI,, io

(/0/07/V (17 1 V) |)(Mii- k'ikIic ((Miiplr (le l(Mi'> les fiiils, il csl, selon nous, (iaiis i(> iiK^iiK) (',as(l). Selon ce pliilosoplie, (oui cr (|iii jii'rive .1 sa raison d'iMi'e (|ni dclfi mine snllisaninicnl cl (|ui nn^inc jnslilic sa produclion. - Lr pifscnl csl ^ros {[v l'avenir cl plein (In passe; » cliaipic c\cncincnl a sa raison snllisanto dans ccnx (|iii le precedeid cl >eil lui nit-ine de raison snllisanle à cenx (|ni sniNcnl. De là l'opliniisine don! ^e raille ;i\ee lanl (Ui raison Volliiiri' dans ses Discours en vcis cl i\;i\\s ('(niihdr. |)ans l'ordre nnivei-scl ainsi eonsliiné <i priori en veiln d'nn choix «h; Dien cnli'c les possildes, parmi Icsipn'ls le monde acUnd clail li; moins mauvais, l'iiomme n'csl plus lliomme; il n'y a pins en lui (|ne les pièces d'un ensemhie dont rarran;;emenl a sa laison d'iHrc ailleurs {\uv\\ lui imMnc; il n'y a plus d(! pcrsonnalilô dislinclc el séparéo, mais un ordnî unicpK!; ni (.'ausalilé même, puisipi'il n'y a plus de commencemenL Nous retrouvons encore une lois le i)aulliéisme. Du reste, U) fait, de subsLiLuer l'idée de raison à celle de cause in(li([ue bien (lue l'on perd la notion de la eausalilé vrai(\ hupielle est donnée surlouL dans l'homme (|ui aj;il, (|ui veut, ([ui sent, ({ui déeide, et beaucoup moins nettement dans riu)mme([ui |)ense et raisonne, à moins que l'on ne consente à l'econnaitre (pie la raison, la pensée, i)euvcnt être des instruments au service de la volonté.

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