‹ Principes de philosophie morale suivis d'éclaircissements et d'extraits de lectures conformes aux programmes de l'enseignement moderne (première, sciences et lettres), de l'enseignement secondaire des jeunes filles et des écoles normales primairesChapitre 27 sur 162 · II. — LES MOYENS D'OPTION · texte numérisé non relu

II. — LES MOYENS D'OPTION

4. Ils sont empruntés: l'^àla morale; 2° aux sciences; 3° à la philosophie. — Ainsi donc, il faut opter; la logique nous y contraint. Mais il faut encore trouver un moyen d'option : la morale nous guidera dans le choix à faire entre la thèse et la synthèse en nous indiquant dans quel sens se rencontre la satisfaction la mieux assurée de nos intérêts supérieurs ; dans laquelle des deux doctrines restent possibles la morale ellemême et ces autres biens : dignité de la personne, possibilité de la science, progrès libre en tant qu'œuvre de volonté personnelle, qualification des actes au point de vue d'un idéal

(1) Je souligne le mot notre, car il est heureux que cette lo,:ique ne soit que colle rie Bossuet.

(2) Tracté du libre arbitre, cli. iv, dernier paragraphe.

ÎV. — l,\ I.IHKHTK (l,\ SVNTUKSI.) M»

ri (Miliii rcsponsiiMiilc. I)';iiili-c pail, nous (Icniitiidcroiis :iiix sciences (les c(mce|»li()iis lavorahles à la soliilidii désirée; el une science an moins nons viendra en aide dans la personne de nialhénialiciens comme de Sain! N'eiianI (\) el |{oiissines(| «elon les(|ii(ds l'expression nnnieri(|iie des nuMixcmenis (|ni constihMMd l'nnivers compoilerail en cei'Iaines circonslances des éqnalions indéleiininées, li'adnclions ex|)ressives de rindéleiininisine (l(^ la naLnre(:2). Nons iMMU'onlrons anssi chez les pliilosoplics des coiiceplions (|ni ahonlisseni anx mêmes conclusions.

5. Conception philosophique de la contingence dans Aristote, Epicure, M. Boutroux. — Ainsi, Kpicnre concevail dans les atomes un certain ])()uvoir de dévier librement de la chute rectili^'iie sons la loi de pesanteur (3), introduisant ainsi dans l'univers nne sorte de liberté. 11 empruntait le principe de la physi(|ue de Démocrite, encore accepté de nos jours par le malérialisme et d'après le((uel le mouvement de la matière détermine la formation et l'existence de tous les êtres, y compris l'àme. Les chocs des atomes matériels snfTisaient et suiïisent encore anx matérialistes pour toute explication, ainsi qu'on peut s'en convaincre dès les premières lignes de la ir partie du livre de M. André Lefèvre{i) sur la philosophie. Epicure, qui, avant d'être un physicien, était un moraliste très convaincu de la réalité de la liberté humaine, la définit comme un pouvoir d'échapper à l'enchaînement sans fin des causes et de créer des séries nouvelles de phénomènes, et il place ce pouvoir dans ce qui, pour lui, représente le fond même de la réalité, l'atome. On a trouvé ridicule cette invention. Mais les mêmes critiques qui se moquent du clinamen des atomes chez Epicure trouvent sérieuse la conception des atomes chez Démocrite, qui forme des sensations et des idées avec des corpuscules insécables. Il y a des gens dont la logique est de bonne composition (5).

(1) V. Eclaircissement 111.

(2) V. Eclaircissement IV.

(3) Clinamen, pouvoir de déclinaison. « Le principe leibnitzien de raison suffisante était déjà présent à l'esprit de Démocrite lorsqu'il faisaittomber les atomes primitivement en ligne droite parce qu'il n'y avait aucune raison, selon lui, pour qu'ils déviassent d'un côté plutôt que de l'autre; et Epicure avait parfaitement conscience de l'atteinte qu'il portait à ce principe au nom de la conscience du libre arbitre, dans sa théorie du clinamen. » Boutroux. Ed. de la Monadologie, Delagrave, 1881, p. 158, note 2.

(4) La philosophie y 1 vol. de la Biblioth. des sciences contemporaines. Reinvald.

(5) V. Eclaircissement II,

60 PHiNcii'Fs iii: i.A muhaii

Ai'istolo îiv.iil, (lu rc^lr. jivaiit Kpiciii*'. f;iil voir, en so plaçant au poiiil (le vue (le la science loi^iciue, l'iiniiossibilitc d'ajjpliquer aux j)r()p()siti()ns ijorlant sur l'avfMiii- une (Ictcrminatiou nécessaire; ce (|ui csl une autre façon d'enlever aux néj^^atcurs de la liberté le (Iroil (riiivixjucr contre; elle la nécessité absolue des prévisions en loiil ordre de sciences. Enfin, de nos jours, M. Boutroux, dans sa tlièse sur la conthu/ence des lois de lanatiup, présente très fortement les conditions de Thypotlièse cosnii([ue dont la morale a besoin, en montrant ([ue la loj^ique seule et non pas la nature i)eut être le]domaine propre de la nécessité (1). Aussi notre choix entre la nécessité et la liberté sera guidé par des vues que ni la philosophie, ni la science, ni la morale ne sauraient désavouer.

6. Aucune science positive particulière ne peut mettre ses lois en conflit avec la liberté, loi d'ordre universel. —

Dans le cas même où la science ou plutôt les sciences resteraient en contradiction avec la morale, c'est sans aucune hésitation que nous les sacrifierions à celle-ci ; car, selon nous, l'intérêt pratique prime de beaucoup l'intérêt spéculatif. Heureusement un tel sacrifice n'est nullement nécessaire. D'abord, « il est incontestable c{ue l'objet de chaque science particulière est de former une chaîne des phénomènes qu'elle étudie et de supposer (2), et s'il se peut, de découvrir des lois par lesquelles ils soient tous invariablement liés. Or, qui dit loi, entend nécessité. Rien de plus légitime. Mais existe-t-il une science totale qui prétende lier ainsi tous les phénomènes de tout ordre? » Cette science

(1) Un historien récent de la philosophie, M. A. AVeber, va plus loin que nous en ce sens. Non seulement il place la contigence dans le monde matériel, mais il fait de la volonté, c'est-à-dire en somme, de la liberté, la substance même de l'être. « La volonté, dit-il, est l'être dans sa plénitude; tout le reste n'est que phénomène. Séparées de l'efTort qui les produit, les réalise, les constitue, la matière et la pensée ne sont que des abstractions : elles n'existent l'une et l'autre que par la volonté. La volonté est au fond de tout (Ravaisson), elle n'est pas seulement l'essence de l'àme humaine (Duns Scott, Maine Biran, Bartholomèss), le phénomène premier de la vie psychique (Wundt), mais le phénomène universel (Schopenhauer), le fond et la substance de l'être (Secrétan), le seul principe absolu (Schellinp:). A ce principe, comme dit Aristote, est suspendu le ciel et toute la nature. » Weber, Histoire de la Philosophie européenne \ 4" éd., 1886, Sandoz et Fischbacher, p. 553. — Nous trouvons là des inductions substanlialistes dont il faudrait tout d'abord avouer le caractère hypothétique; alors, on pourrait les opposer, à titre de croyances, à la croyance mécaniste du matérialisme. Mais il faut se garder de confondre ces assertions métaphysiques avec des données critiques.

(2) Descartes, Disc, de la Méth., éd. Brochard. Alcan, p. 37 : « Conduire par

ordre mes pensées en supposant même de l'ordre entre les objets qui ne

se précèdent point naturellement les uns les autres. »

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