‹ Principes de philosophie morale suivis d'éclaircissements et d'extraits de lectures conformes aux programmes de l'enseignement moderne (première, sciences et lettres), de l'enseignement secondaire des jeunes filles et des écoles normales primairesChapitre 29 sur 162 · L'illusion même de la liberté est inexplicable · texte numérisé non relu

L'illusion même de la liberté est inexplicable

Ajouloiis (iiien celte hypollièse, rillusion même de la liberti'î ne s'ex|)li(|ii(î pas. Il est en elî(;t «Hran^e ([iie, placés à notre ran;^^ dans une suite de |)iién()mèn(;s nécessairement préordoniK's, nous sonunes néanmoins amenés nécessairement à supposer l'indétermination réelle de certains futurs. 11 est étrange que l'ordre des choses se contrarie en produisant dans notre esprit l'apparence invincible de la liberté, < il est étrange que la loi de la nécessité implique la fiction de son pro|)re renversement ». Et si cette fiction est vraiment illusoire, il ne suffirait pas de IcLflirmer telle, il faudrait encore montrer comment elle a pu se produire et exposer intelligiblement les choses dans l'hypothèse contraire. Lorsque Copernic déclare que l'apparence d'un soleil tournant autour de la terre est fausse, il ne se borne pas à nier ce que toyaient Aristote et Ptolémée, il explique encore comment leur illusion s'est produite et, en outre, il met à sa place une théorie très satisfaisante et qui rend compte de tous les phénomènes. On ne renverse bien que ce que l'on remplace : c'est là ce que nous attendons encore des déterministes.

9. Dans la thèse de la liberté la science est possible et son progrès est œuvre humaine. — Au contraire, dans l'hypothèse de la liberté, si nous n'avons pas plus que dans l'autre un critère de la certitude, nous avons au moins un moyen d'éviter l'erreur et de faire la vérité. C'est la méthotle de réflexion soutenue, la recherche constante, la critique, l'élimination des passions nuisibles, la satisfaction des justes instincts, l'équilibre observé entre la connaissance qui souvent nous fuit et la volonté prête à supposer ou à feindre la connaissance, c'est, en un mot, le sage exercice de la liberté. Chacun de nous est alors responsable de ses opinions, comme il l'est de ses actes moraux; ou plutôt l'opinion même est et doit être un acte moral. Le progrès dans la science n'est plus alors, si on l'observe dans ses résultats, une simple superposition d'affirmations en couches successives et sans autre valeur que l'ordre historique ; et si on l'examine dans son cours, il n'est plus une paléontologie, mais une œuvre humaine, il est « la possibilité morale d'atteindre le vrai par l'application assidue d'une cons-

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