IV. — i.A i-ini:uTr: (la syntiiksk
iialmcllciiKMil |M)ssil>l(' (cl. ces liiniles sont modilii'cs tous les jouis par les applicalious de la scioiice et his pro^r^îs f)c l'in- (lusti'i(^), voilà ce (|iir non-; allii inons «'ncoi'fi; et Ir'S deux propositions ne iccoivcnl ainiin drincnli de r(\\|)éri<;ncc ni aujMnn* prol(>stalion d(^ la pari de la nnirale. Kllcs donncnl donc satis laclion à im)s hcsoins les pins (dcvcs : science, dii:nil<' morale, pro;;iès.
Un vij2:onr(ni\ esprit(l) a mis en fornn; lo-^iijne W raisonnement dont nous présentons la couclusion. Le dilemme enlie la liberté et la nécessité s'olTii^ ainsi à la réllexion :
1" Nécessité alVirmée néci'ssaii'cmenl ;
î2" Nécessité allirmée lihrenHMil ;
3*^' Liberté allirmée nécessairemeid ;
4" Liberté allirmée librement.
Si je suis pour la première proposition, comme d'autres sont pour la troisième, les deux propositions étant contradictoires et néanmoins allii-mées nécessairemeni, j'aboutis au scepticisme et c'est le cas de liossuet si}:,nalé plus haut.
Si je tiens pour la deuxième proposition, je joue un rùle de dupe. En etïet, mou allirmation est libre et j'aflirme la nécessité, je sacrifie la justice avec le monde moral, pouvant faire autrement.
Pour n'être pas dupe, je passe à la troisième proposition; là, je me contredis, car j'affirme nécessairement que mon activité est libre. Mais s'il en est ainsi, ma fonction d'affirmer faisant partie de mon activité est donc libre aussi, et mon affirmation ne peut pas être nécessaire.
Reste donc la quatrième proposition. Par là j'échappe au scepticisme de la première proposition, je reste conséquent avec moimême, et j'échappe à l'absurdité de la troisième ; je sauve en même temps le monde moral pour échapper à la duperie de la deuxième. J'opte donc en ce sens. Mais je ne prétends pas affirmer une évidence qui s'impose à moi comme à autrui ; je ne prétends pas être infaillible ni exclure des opinions contraires ; je sollicite l'adhésion des autres en les engageant à passer par les voies qui me conduisent à un résultat si avantageux. La liberté est donc, pour moi, la plus précieuse de toutes les croyances, et c'est une croyance sans laquelle la science et la morale sont impossibles. Par là, non seulement j'échappe au déterminisme mécanique ou
(1) Jules Lequier.
métaphysique dont je fais mônio un nioyon nu service de ma liberté, mais j'échappe (encore au déterminisnif psychologique. Je me décide par le motif (juc je crois le meilleur, mais c'est moi qui fais librement ma conviction sur la valeur de mes motifs.
Toutes les pliilosophies déterminisles sont des formes de panlliéisme.
Il peut paraître hardi d'assimiler l'axiome démocritéen et matérialiste : Ex nihilo nihil (1) qui porte sur le jeu fatal des atomes éternels, avec un principe tel que celui de la chaîne providentielle (2) des stoïciens et des docteurs chrétiens (3), ou de l'enchaînement rationnel mental de Leibnitz et des psychologues nécessitaires. Qu'on y songe pourtant. Tous ces principes aprioristes, ou d'un apriorisme déguisé, puisqu'ils passent la portée de l'expérience possible, ont ceci de commun qu'ils supposent que tout est précédé : précédé en telle manière (sauf chez Epicure, dont le hasard atomique a trouvé peu de défenseurs) que les antécédents ne peuvent jamais avoir que les conséquents qu'on leur voit. C'est dire qu'il n'y a pas de cause première, ou cause non causée ; qu'il y a donc un procès régressif à l'infini des effets et des causes ; donc une substance de laquelle tout sort et se déroule éternellement et nécessairement, ou du moins une loi, un ensemble de lois qui ont le même sens que cette substance, en tant qu'on y conçoit enveloppés et prédéterminés tous les phénomènes qui se succèdent dans le temps sans commencement ni fin. Quelques distinctions qu'on doive admettre, à d'autres égards, entre les philosophies qui s'unissent dans cette formule fondamentale, leur substantialisme est certainement ce qu'on appelle un panthéisme.
Renouvîer. Esquisse d'une classification systématique ; Cri t. Relig., VI, p. 290.
{[)Rien ne procède dunéant; c'est-à-dire tout phénomène est précédé d'une cause ce qui comporte une régression de cause en cause à l'infini. Rien n'est donc moins scientifique que cet aphorisme ressassé par nombre de savants et mêmes de philosophes, à moins qu'ils prétendent dire quelque chose d'intelligible en parlant de remonter jusqu'à Vi^ifini. Nous avouons humblement que nous ne pouvons trouver aucun sens à cette expression.
(2) La chaîne du destin, ou de la nécessité, par laquelle les stoïciens pensaient que tout l'univers est enserré.
(3) Pour ces derniers, le dogme de la toute-puissance de Dieu n'est qu'une forme théologique de la nécessité universelle excluant toute liberté de la créature, notamment par la doctrine de la grâce et de la prédestination, V. ch. xxi.