‹ Principes de philosophie morale suivis d'éclaircissements et d'extraits de lectures conformes aux programmes de l'enseignement moderne (première, sciences et lettres), de l'enseignement secondaire des jeunes filles et des écoles normales primairesChapitre 4 sur 162 · I. i.Ks r\iTs i>K i/oHimi; mmum · texte numérisé non relu

I. i.Ks r\iTs i>K i/oHimi; mmum

iionicMios in(''caiH(|U(*s, |>liysi(ni('s, (>r^;aiii«pM's, loiilos nos fîiroiirt <l(M'(MM'(n'()ir l'iMic, ne sont, A toiil piMMidrc, <jim' drs foriiws de la pciistM^ (I ). Il n'y a donc |)as pdiir nons, à parh'!' ri}4;nnr('ns(îincnl, dit iM. Uahicr (^i), des plHMnnnrncs pliyslipics, il n(»p<MJly avDÏr (pic des plH''nonn>n<vs psy('lH)lo'<i(pr('S. Qnand l'aslrononnî rej;ardo nn asirc dans; sa liinrlh», ce (pi'il itcrioil n'cîst rien do pins (pie ses pro|)res sousaliuns. D'après ccl examen desdilléi(Mi('es (judlildlircs entre les divers ordres de faits, il y a nn inonde de la conscience, rpii non seulement est antre (|U(; celui de la matière, mais est l'unicpui moyen de connaître ce dcnniei-. Pnisipu' les lois inférieures (physiques, orj^anicpies) ne sont intelli};il)les, elles-mêmes qu'en tant f[ne représentées, c'est-àdire ramenées à la conscience, extraites de la conscience, « l'unité du monde se fait, pour nous, à ce point de vue; à tout autre qu'on ima}2:ine, lemondeéchappe à la connaissance (^{) ».

6. La quantité. — Elle s'applique aux faits physiques, etnon aux autres. — En passant maintenant aux autres points de vue généraux que nous avons appelés catégories, nous préciserons les caractères de ce monde mental dont l'existence nous paraît acquise et nous y verrons, sous les catégories supérieures telles que causalité, finalité, se dégager un ordre de phénomènes proprement moraux, comme sous les catégories inférieures qualité, succession, quantité, étendue, le monde mental se distingue du monde matériel ou physique, V inétendu de V étendu (4). En effet, ce dernier monde est susceptible de mesure dans ses éléments, et ceux-ci le sont dans leur intensité, leur nombre, leur forme, leur mouvement, leur étendue parce qu'ils sont des quantités. On évalue numériquement les lois de la chute d'un corps, la hauteur d'un arbre. Tout, dans la nature physique se fait par poids^ nombre, mesure (S). Et rien ne peut être objet de science sans être déterminé numériquement.

Mais s'il est vrai que les faits de conscience sont des touts

(1) Voir Eclaircissement IV.

(2) Psychologie, p. 28.

(3) ^tnowvitv, Essais de critique générale; Ile Essai, Psychologie, I" vol., p. 356, 2'' édit., 1875.

(4) Voir Eclaicissement III.

(5) C'est la grande pensée du système pythagoricien ; c'est le principe du mécanisme cartésien, fondement de toute la science de la nature chez les modernes. Voir Princ. de Philos, scientif., ch. v et vu et l'Eclaircissement correspondant.

(5 l'm.NCII'KS MK I.A V(H;.\U;

composés de parties (1), pciil-on leur ;i|»|)li(jii('i' une dùloi'iiiination précise en (|iianlil«''? On jwirle hicn de l;i j)n)f()nd(Mir d'un chagrin, de la j^n-andcui (riiiif «'sjtciance. Mais où est Tiinité de mesure nécessaiio j^nii" exprimer eu chiffres cette profondeur par rapi)()il à d'aulres du inènie }^onre? Pour (ju'nnc ^nandeur soit susceptihh' de mesure, il faut qu'elle soit décomiiosahle en éléments res])ectivement égaux ; c'est ce qu'il est im|K)ssih]e d'obtenir pour des o])jets comme les passions, ou la volonté (^j. Là est la 11 mi le infranchissable des sciences de la mesure.

7. La position. — Les faits physiques en ont une dans rétendue. Les faits mentais sont inétendus. — Les faits ])hysiques se produ'i^vnl (lucUj ne pfirt : la circulation du sang dans les veines, la couleur sur des surfaces comprises entre des limites : ces faits ont un lieu, ils sont localisables. En quel endroit de l'espace localiserons-nous l'amour maternel, le raisonnement du philosophe, la décision d'Auguste pardonnant à Cinna? Est-ce sérieusement qu'on peut confondre le viscère cardiaque avec le cœur qui aime? Ce n'est pas plus sérieusement qu'on prétendrait assigner à la pensée son siège dans le cerveau. Le D"" Broca pensait avoir prouvé que la mémoire et le langage ont leur siège dans la troisième circonvolution frontale de l'hémisphère gauche du cerveau (3). En elïet, ces deux fonctions mentales disparaissent quand cette partie de l'organe est lésée ou supprimée. Il en résulte bien que les faits de conscience ont leurs conditions physiologiques, mais nullement qu'un phénomène soit la même chose que ses conditions. Concluons : les faits moraux ne sont rien d'étendu. Ils n'existent que s'ils sont donnés dans une conscience particulière, dans la mienne : mon plaisir n'existe que si je la connais; dès que je l'ignore, il n'est plus. Trop heureux les laboureurs, dit Virgile (4), s'ils connaissaient leur bonheur I Oui, mais ce bonheur-là est un pur néant, puisqu'ils n'en ont pas conscience. Au contraire, les faits physiques peuvent exister

(1) (i L'unité, la pluralité, et le tout, leur synthèse, prennent place dans les phénomènes, sans exception. » Renou\\er. ' Psych. I, 314. V. plus loin p. 18. note.

(2) Voir Eclaircissement V.

(3) Encore cette localisation est-elle bien vague, car on sait qu'en cas de paralysie d'un des hémisphères, l'autre peut se substituer et remplir les fonctions qu'on croyait spéciales à la partie lésée. (V. Revue scientifique, 12 janvier 1878, un extrait de Ferrier, les Fonctions du cerveau.)

(4) Géorgiques, IF, 457.

T. - ij:s faits m i/onnni-: mohai. i

(I.iiis rpspnro sMiis (Mic (lomit's ;i IcIhu'oiisciciKM' (l(Hormin<'M'(l ). Ainsi, .MViiiil d'avoii* «'hIcikIii parler dos (liM-oiivcrtcs (I(^ (llaiid»! Ji(M'iiard, j'ii;ii()rais (|ii(' mon [o'w srcrélAl du sucre, ce (|iii n'ciiij»(\cliait pas la foiiclioii };lyc(>;;éiii(Hh^ de s'accomplir en moi à mon insu, l/humanilé toul (Milière a i^non; jusiprà llarvey (10:!Hj (pie le saiii;' cii-cule d;ins les V(îines {"2).

La succession. — Les faits physiques sont des juxtaposés. Les faits de l'ordre moral sont des successifs. Les deux points de vue de la position el de la succession, do l'espaco et du temps sulliraient pres([ue, dans leur ()i)p()sition, à traduire celle du monde externe et du monde interne. En elTet, toutes les parties de l'un se présentent comme juxtaposées selon les trois dimensions sp;itial(>s, tandis que les faits de l'ordre moral ne peuvent se produire que l'un aprrs l'autre. Il ne peut y avoir deux idées simultanées dans la conscience, ni un plaisir en môme temps qu'une douleur, ni un désir et une aversion, à la fois pour le même objet. Quand nous nous prenons nous-mêmes pour objet de notre attention, nous ne pouvons parcourir notre bistoire mentale que dans la série qui va de Vavant à Vaprès ou inversement (3). Les faits du monde externe, au contraire, peuvent être parcourus eu tous sens indilïéremment et en toutes directions. C'est en ce sens que la pbilosophie de Kant fait de l'espace la forme du sens extérieur, par lequel nous nous représentons les cboses comme étant hors de nous et en dehors les unes des autres, tandis que le temps est la forme du sens intérieur, condition sans laquelle rien ne serait distinct dans notre conscience.

Quand il s'agit d'appliquer la mesure aux phénomènes successifs, on constate qu'ils n'ont pas d'élément de durée qui puisse servir d'étalon. Ils ne sont mesurables qu'indirectement, parle moyen du mouvement parcourant certaines étendues. Ils

(l)Ils sont alors des objets de connaissance au moins possible ; ils sont, pour un sujet quelconque, ne fût-ce que pour eux-mêmes, car s'ils n'étaient pour aucune conscience, ni réelle, ni possible, ils ne seraient pas. Le monde extérieur, dit Stuart-Mill, est une « possibilité permanente de sensations ». V, Philosophie de Hamilton, ch. xi et xii. Trad. Gazelles; 1869. Alcan. V. Eclaircissement VI.

2) Voir Eclaircissement VII. — William Harvey (né 1578), professeur d'aualomie au Collège de Londres, disciple de Fabrique d'Acquapendcnte, de (lui il avait appris l'existence des valvules des veines. V. Flourens, Histoire de la découverte de la circulation du sang. 1857, Garnier. (3) V. Eclaircissement VIII. — Taine. Intelligence, t. II, p. 53, 55, 56.

ont bien, dans notre liistoire intime, une date, et sont distribués par la mémoire dans le passé et par la prévision dans l'avenir ; ils n'existent pour la conscience qu'à la condition d'être déterminés comme des intervalles de durée entre des limites qui sont les instants. Mais on ne peut (1) mesurer le temps que dure un raisonnement ni dire entre quelles limites précises de temps se place le développement d'une passion (2). On parle de la rai)idité de la pensée qui ne met aucun temps à se transporter, par exemple, de Paris à Calcutta. Il n'y a là aucune rapidité à envisager ; c'est seulement une opposition de conceptions qui se fait en dehors de toute considération de durée. Il y a bien des esprits qualifiés lents, comme Rousseau, qui n'avait pas le don de la répartie et ne trouvait le mot à dire que sur l'escalier, en sortant ; ou des esprits vifs comme ceux qui font des jeux de mots. Mais cette différence s'explique par le fait que, pour les premiers, les rapports qui relient deux idées ne se présentent pas d'eux-mêmes, comme pour les seconds.

Quelques psychologues allemands contemporains, Wundt {>>), Weber (4), Fechner (o), ont essayé de mesurer la durée des actes psychiques. Ils calculent pour cela le temps qui s'écoule entre une excitation nerveuse et la sensation qu'elle provoque; ou bien entre une impression visuelle comme celle que reçoit l'employé du télégraphe, qui voit l'aiguille du récepteur marquer une lettre, et le mouvement de la main par lequel il note la lettre. On a depuis longtemps remarqué que les observateurs astronomes ont une lenteur personnelle variable dans l'acte d'indiquer au crayon sur le papier, l'heure où un astre entre dans le champ de lalunette; l'un marquera, par exemple, midi juste, l'autre marquera en plus ou en moins un dixième ou une demi-seconde; souvent môme les différences sont d'une seconde, ce qui est d'une grande importance dans les calculs astronomiques. Aussi a-t-on noté avec soin Véquation personnelle qui vicie les calculs. Mais jusqu'ici, la mesure des sensations n'a donné aucun résultat positif. Môme si elle devenait un jour exacte, cela ne changerait rien à la thèse que nous soutenons.

(1) Elh. Nie. X, 1173, a. 34. Edition Bekker, Berlin, 1831.

(2) A. Ilanncquin, Morale à Nicomaque, liv. X, p. 18 et 98. Hachette, I88ô.

(3) Professeur à l'Université de Leipsig.

(4) Professeur de physiologie, fondateur de ce qu'on appelle la psycho-physique.

(5) Professeur honoraire à l'Université de Leipsig.

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