‹ Principes de philosophie morale suivis d'éclaircissements et d'extraits de lectures conformes aux programmes de l'enseignement moderne (première, sciences et lettres), de l'enseignement secondaire des jeunes filles et des écoles normales primairesChapitre 5 sur 162 · I. i,i> lAiTs m: i.'oiunii', mouat · texte numérisé non relu

I. i,i> lAiTs m: i.'oiunii', mouat

Car si l'on p(^»il iiicsiircr le temps ix'iidant. U'i\\u'\ sont vn oxorcico I(\s organes parliciilicrs (I(5S sciisalioiis, (ilh^s imAiiuîs (icliappont A la inesuro de diiive; mais m tout ras co (lu'il y a de- supérie^nr dans la séiie des plnMioiiièiies mentais, la |>ensée, l;i passion, la Volonté, 11 est pULs, en aucun seus iiiosurablc (l).

9. La causalité. — Elle enchaîne universellement les faitn physiques; cet enchaînement peut ôtre rompu dans les faits mentais, par la liberté. -- Si nous laissons an point (l(^ vue de rencliaîiKunenl, pinson moins rigoureux des phénomènes |)ar rappoit à ceux d'entre enx (|ni suffisent, et sont, nécessaires pour les déterminer, autrement dit, par rapport à hnirs causes, nous voyous que le domaine (Mitier de la réalité se partage en deux : d'un côté, invariabilité apparente de l'ordre des antécédents et des conséquents, nécessité, en un mot; de telle sorte (ju'on peut prévoir infailliblement, par exemple, étant donnée telle combinaison d'hydro.L;ène et d'oxyp^éne, qu'il se produira de l'eau; de l'autre côté, régularité beaucoup moins apparente dans l'encbaînement des faits, de telle sorte ([ue malgré la probabilité qu'un ivrogne endurci code une fois de plus à la tentation de boire, si l'occasion lui est offerte, on ne puisse parier à coup sûr pour cette alternative plutôt que pour son contraire. Ainsi, d'une part, nécessité dans l'ordre physique d'autre part, contingence dans l'ordre moral, et possibilité, dans ce dernier cas, qu'une volonté énergique intervienne pour déjouer les prévisions, même les plus probables, autrement dit, liberté (2).

Il y a dans l'univers physique des modes de production invariables et inviolables ; c'est ce qu'on appelle des lois par une extension de ce terme, qui proprement et primitivement signifie seulement une règle prescrite à nos actions par une autorité qui les gouverne. On dit que les lois de la nature sont constantes pour exprimer que les choses se passent comme si une autorité invincible eut ordonné qu'elles fussent comme elles sont. Il y a

(1) Voir Uibot : Psychologie allemande contemporaine, ch. vu. De la durée des actes psychiques, 1879, Alcan.

(2) V. Jules Lequier, cité par Renouvier. Psych., Il, 381 et 411. La nécessité alléguée pour l'ordre physique doit s'entendre en ce sens que les phénomènes de cet ordre sont rigoureusement enchaînés à celles de leurs conditions qui sont données. Mais nous verrons plus loin que tout phénomène physique n'a pas forcément et toujours des conditions invariables de sa manifestation. Certains faits se produisent d'une façon, qui pourraient se produire d'une autre. Il en est qui échappent entièrement à ces prévisions; ii y a donc aussi une place pour la contingence dans la nature physique. V. ch.'iii.

le PRINCIPFS DE LA MORALF:

là iino firlioii du liiuf^af^equieiigoïKlro lï'quivoque. D'autre part, (jiiand ou dit (pu; ces lois sont invioIa!)l('s, on les conipare à tort aux lois (juc les (^trcs into!li|::('uts se douueut et qu'ils violent si facileuieut. La vérité est que nous ne ])ouvonspas faire (jue les lois de la nature soient autres qu'elles ne sont. Nous nous heurterions en cela à une contradiction : ce qui est, est; et il ne dépend pas de nous qu'il soit autrement(1).Nous ne sommes pas entièrement impuissants en présence de la nature, mais nous ne pouvons a;:^ir sur elle qu'en nous conformant à ses lois. Nous pouvons emprisonner la vapeur et nous eu faire un moyen de traction, mais c'est en tenant compte des lois de la dilatation. Huxley a très bien comparé l'homme, en face de la nature, à un joueur d'échecs devant un adversaire qu'on ne peut prendre en défaut ni abuser, mais qui paye largement les coups gagnés (:2).

Au contraire, l'action que nous pouvons exercer sur la nature morale est manifestement plus libre. Non pas que tout ici soit contingence et irrégularité. En efïet, on peut par exemple prévoir avec un certain degré de probabilité quels seront, sur les esprits d'une génération d'écoliers, les effets d'un programme nouveau d'enseignement. Si l'on s'en tient à des moyennes flottantes dans leurs chiffres, presque tous les actes de la vie sociale et même de la vie individuelle comportent des retours périodiques d'après lesquels se règle la conduite. Ainsi, on prévoit d'une façon suffisamment exacte le rendement possible des impôts pour établir le budget d'un état une année d'avance. Mais le monde de la conscience individuelle est par excellence celui de la liberté. Nous ne pouvons pas faire, assurément, de notre cœur et de notre esprit, tout ce que nous voudrions, mais ils sont manifestement dans notre dépendance. Ainsi, d'abord toutes nos fonctions intellectuelles, perception, mémoire, imagination, raisonnement, sont si singulièrement modifiées quand elles deviennent attentives, qu'on peut dire que si l'erreur n'est pas toujours et entièrement de notre fait, au moins n'arrive-t-il

(1) Onpeut considérer comme avanlageiise celte impuissance de l'homme à modifier les lois de la nature physique; car si chacun de nous était mis en demeure de disposer seulement des lois de son corps, peu d'hommes seraient assez bons physiologistes pour organiser le jeu de leurs fonctions de respiration ou de digestion. Souhaiter que l'ordre des choses change selon les variations de nos goûts et de nos intérêts, et même concevoir la possibilité d'y faire des exceptions en notre faveur est un symptôme d'infériorité intellectuelle. V. Eclaircissement VII, à la fin.

(2) Eclaircissement IX.

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