‹ Principes de philosophie morale suivis d'éclaircissements et d'extraits de lectures conformes aux programmes de l'enseignement moderne (première, sciences et lettres), de l'enseignement secondaire des jeunes filles et des écoles normales primairesChapitre 43 sur 162 · Conclusion : force du sentiment de la responsabilité · texte numérisé non relu

Conclusion : force du sentiment de la responsabilité

— Ja' seiilimciil ili^ la rospuiisahililc esl un des rnssoris les pins éncr{;i(|ncs de nolic activilc. Ilcrherl S|)(n»c(3r va ini^inc jus(|u'à en l'aii'c le principe de lonle ('dncalion individnelh^ cl de Ion! j;onvorncnicnl(:2). Scion lui, de nuMiic (|n'il lanl laisscf l'cnfaid, se former toni seul par rexpcrience des coiisé(inen('es allacliées à ses actes |)i-opi-cs, de niènic il lanl laisser les familles et les fttats s'assisUn" cnx-nu'^nHvs dans la Inllc pour l'existence, car chacnn est responsable de ses défanls et de ses misères et c'est empocher les misci'ahlcs de fainMMÏorl pour s'en tirer ({ne de les laisser complci'snrlacliariLcpnl)lii[nc.i\ons(lir()nscependant({n<idetrof) fortes éprenves, surtout imméritées, détruisent le caractère au lieu de le former, mais que le sentiment de la responsabilité est assurément dans toute personne énergiciue un ressort excellent pour s'atïrancliir de toutes les solidai-ités qui l'enchaînent à la nature et pour s'élever à l'idéal. (\^ Éclaircissement 11, cli. vi).

ÉGLAIRCISSEMEKTS

La bonne intention est la seule chose au monde qui ait une valeur

par soi-même.

De tout ce qu'il est possible de concevoir dans le monde, et même en général en dehors du monde (3), il n'y a qu'une seule chose qu'on puisse tenir pour bonne sans restriction, c'est une bonne volonté. L'intelligence, la finesse, le jugement, et tous tes talents de l'esprit, ou le courage, la résolution, la persévérance, comme qualités du tempérament, sont sans doute choses bonnes et désirables à beaucoup d'égards; mais ces dons de la nature peuvent aussi être extrêmement mauvais et pernicieux, lorsque la volonté, qui en doit faire usage et qui constitue ainsi essen-

(1) Sur les responsabilités dans l'État, v. ch. xix. Sur la responsabilité de nos opinions et les effets qu'elles produisent dans la société, ch. xv.

(2) Introduction à la science sociale; U individu contre l'Etat; De l'éducation intellectuelle, morale et physique. Alcan, 1878.

(3) Il sera bon de se rappeler cette déclaration quand nous discuterons" l'idée de Dieu, ch. xxi.

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licllemcnt ce qu'on ;ij)j)c!Ie le cnractère, n'est pas bonne. Il en est de même des dons de la fortune.

Le pouvoir, la richesse, l'honneur, la santé même, tout le bien-être, et ce parfait contentement de son état qu'on appelle le bonheur, toutes ces choses nous donnent une confiance en nous, qui dégénère même souvent en présomption, lorsqu'il n'y a pas là une bonne volonté pour empêclicr qu'elles n'exercent une fâclieuse influence sur l'esprit , et pour ramener toutes nos actions à un principe universellement légitime. Ajoutez d'ailleurs qu'un spectateur raisonnable et désintéressé ne i)eul voir avec satisfîiction que tout réussisse à un être que ne décore aucun trait de bonne volonté, et qu'ainsi la bonne volonté semble être une condition indispensable pour mériter d'être heureux.

La bonne volonté ne tire pas sa bonté de ses effets ou de ses résultats, ni de son aptitude à atteindre tel ou tel but proposé, mais seulement du vouloir, c'est-à-dire d'elle-même, et, considérée en elle-même, elle doit être estimée incomparablement supérieure à tout ce qu'on peut exécuter par elle au profit de quelque penchant ou même de tous les penchants réunis. Quand un sort contraire ou l'avarice d'une nature marâtre priveraient cette volonté de tous les moyens d'exécuter ses desseins, quand ses plus grands efforts n'aboutiraient à rien et quand il ne resterait que la bonne volonté toute seule (et je n'entends point par là un simple souhait, mais l'emploi de tous les moyens qui sont en notre pouvoir), elle brillerait encore de son propre éclat, comme une pierre précieuse, car elle tire d'elle-même toute sa valeur. L'utilité ou l'inutilité ne peut rien ajouter, ni rien ôter à cette valeur.

L'utilité n'est guère que comme un encadrement qui peut bien servir à faciliter la vente d'un tableau, ou à attirer sur lui l'attention de ceux qui ne sont pas assez connaisseurs, mais non à le recommander aux vrais amateurs et à déterminer son prix.

Kant. Fondation de la Met. des Mœurs, p. 13, trad. Barui.

Concessions réciproques des déterministes et des partisans de la liberté.

Entre les déterministes et les partisans du libre arbitre, adversaires d'ailleurs irréconciliables, il y a une proposition qui est mutuellement accordée, c'est que les actions humaines dépendent en quelque mesure (c'est en cherchant à fixer cette mesure qu'on se divise) de certaines influences ou lois générales. Bien peu de philosophes, si même il y en a parmi les spirilualistes les plus décidés, ont regardé l'homme comme maître absolu et sans réserve de ses actions et ont cru que la hberté ne connaît pas d'obstacles. La plupart savent qu'elle est limitée et souvent même impuissante. Mais précisément parce qu'on est d'accord sur ce point, personne n'en parle. Les déterministes se taisent, parce que, comme il arrive toujours, ils se soucient bi en moins de ce qu'on leur accorde que de ce qu'on leur refuse. Ils

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