II. — LES INDIVIDUALITÉS INFÉRIEURES
3 . Chaque être est séparé, dans la nature, par des fonctions propres. — Celles du minéral se concentrent dans l'atome. — Si nous déliuissous l'individualité d'un être par les foucliuus ou modes d'agir qui le distinguent et le maintiennent dans une stabilité relative en présence des autres systèmes de fonctions qui constituent l'univers, nous devons reconnaître que l'individualité se manifeste en même temps que la spontanéité dans les êtres, et progresse eu ajoutant à chaque degré de la hiérarchie quelque fonction nouvelle qui fait solution de continuité avec le précédent. Il y a, de la sorte, non seulement entre les individus, mais entre leurs espèces, des hiatus de plus en plus significatifs et dont la personnalité est le plus original et le plus grand, à cause de ce qu'apporte de nouveau avec soi la liberté dans le sujet qu'elle caractérise. Tant il est faux, ce prétendu principe si fréquemmment invoqué parLeibnitz, que la nature ne procède pas par sauts et par bonds, mais est continue (2). Ainsi le minéral a ses modes d'action propres, des forces qui tendent à défendre son individualité contre les forces extérieures, et même, selon l'apparence, des préférences pour certains états ou combinaisons, à l'exclusion de toutes les autres. Si je mets une molécule de carbone en présence d'une autre d'hydrogène et d'une autre d'azote, invariablement, le carbone se portera de lui-même sur l'hydrogène, tandis qu'il me faudrait recourir à une contrainte telle que la chaleur pour l'associer à l'azote, et encore ce second composé serait-il moins stable que l'autre. Mais un carbure est si peu individuel que je puis substituer à l'une ou à l'autre des parties composantes, des parties semblables empruntées à
(1) Renouvier. Psychologie, liv. II. p. 368. i^2i « iXatura non facit saltus. »