‹ Principes de philosophie morale suivis d'éclaircissements et d'extraits de lectures conformes aux programmes de l'enseignement moderne (première, sciences et lettres), de l'enseignement secondaire des jeunes filles et des écoles normales primairesChapitre 50 sur 162 · VI. - f,A PKnsoNNAi.iTi'; moham; ho · texte numérisé non relu

VI. - f,A PKnsoNNAi.iTi'; moham; ho

(r,'iiili"<'s corps s;ms (|ii(' le (•(miposô soil ('li;Mi}^n''. I.r iiiiii(''i;il n'.'i (in'iiiir iii(li\ idii.'ililc I r.iiisiloii r, (((iiiiiic (-elle (riinc v;i;rii(', (|iij, (Mi l'cloiiih.'iiil , se perd (l.'iiis |;i iiiiissc (!<■ I:i liKT.

4. Le végétal a une individualité vitale. I);iii^ le Nc^id.il se iiiMililVsh' Mlle plus loilc spoiil.iiM'ih'' «'1 une sorte de peisoiiiialilé 1res inleriiMire encore, ni.Ms <|iii lui permet (i(; s'assimiler les parties matérielles de son milieu, non plus |)ar simple iu\ta|)osilioii comme la pierre ou le métal en dissolution, mais par une sorte de dii^cstion d'où les éléments inutiles ou nuisibles soid rejelés. (lependani un rosiei-, pai'exenijde, est lié à la tei'redont il \ il. à rasmotphèi'c (pi'il resi)ire, à la zone, à l'altitude, au climat dont il dépend. L'animal au contraire sedéplace dans l'espace et « porte son milieu avec lui » ; il ac(|uiert par là une indépendance |)lus •;rande. dépendant toutes ses loncLions de nutiition et les lois de son organisme le font encore esclave de la nature.

5. Ij'animal a une individualité consciente. — Ce n'est donc ])as du c(Mé de la matière (ju'il faut chercher un moyen d'affranchir l'animal de la solidarité universelle. C'est dans l'ordre de la conscience que pourra se produire cette rupture entre les fonctions inférieures et supérieures à laquelle nous subordonnons l'apparition de la personnalité. Or, les êtres manifestement conscients out quatre fonctions générales : 1° une sensibilité qui les met en rapport avec les mouvements externes par des sensations ou images de couleur, sonorité, contact, odeur, etc. ; 2^' un entendement qui leur fournit des idées ; 3' une passion qui leur procure des émotions; 4'' une force qui leur fait accomplir des actes. Il n'y a pas là, en chaque être, une tétrade mystique, mais une association constante de fonctions, non toutes et au même degré présentes chez tous les animaux, mais telles que la hiérarchie des individus dépend des proportions selon lesquelles l'un ou l'autre de ces modes d'agir est prédominant. (V. le tableau des fonctions psychiques,. l/o/'^ieprati^î^e, II.)

6. Les sensations chez lanimal. — Or, au premier point de vue, celui de la sensibilité, s'il y a une dift'érence entre l'homme et l'animal quant à l'acuité ou la portée des sens, différence qui est souvent à l'avantage de l'animal (i), il en est une plus

(l) Les sens de l'homme sont obtus, sauf le toucher, qui est probablement chez nous plus développe que chez la plupart des êtres. Mais combien notre

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remarquahlf encore on ce que l'animal semble être le jouet imi)uissant d»» IouNîs les ima^çes que ses sens lui apportent; il vil comme dans un rAve; sa conduite se conforme irrésislihlemcnt à ce (jue ses sensations lui re|)résenl(Mil, cl il serait incapable de distinguer entre une image liallucinatoire et une image véridi(iue, tandis que l'iiomme, même lorsqu'il est soumis à ce trouble des sens, le connaît comme tel, s'elîorce d'échapper au vertige et y réussit parfois (1). Il faut reconnaître du reste (jue la sensibilité de Thomme, tant ([u'elle n'est pas modifiée par raltention volontaire, ne le détache pas plus (|ue l'animal du lourbillon universel dans lequel toute conscience est entraînée quand elle s'abandonne.

7. L'intelligence et 1 instinct de lanimal.— Quant à la pensée, on ne saurait la refusera lanimal au moins dans toutes les opérations simples qui n'exigent pas un retour de la représentation sur elle-même, un efïort de volonté pour eu dissocier les éléments et les combiner selon un ordre difîérent de celui que présente la spontanéité pure. Ainsi l'animal a certainement une mémoire, une imagination, un pouvoir d'associer des idées. Les exemples en sont surabondants et le doute sur ce point serait puéril. Mais ces fonctions sont exclusivement bornées à la connaissance de l'actuel et du passé, ou même à cette sorte de possible qui est la reproduction totale d'un passé. « S'ils pouvaient comprendre nos paroles, ils nous entendraient avec étonnement spéculer sur l'avenir, supposer que chacun de nous pourrait faire ce qu'il

ne fait pas, et ne pas faire ce qu'il fait Voilà pourquoi il ne

suffit point à nos communications (ce qui sufîit aux leurs) d'exprimer des passions actuelles par un langage d'action ou par de certaines émissions de voix instinctives et constantes; pour eux, point d'hypothèse, point de conditionnel. » D'après la même

vue est insuffisante, si on la compare à celle des oiseaux, par exemple, qui voient de si loin et avec une si étonnante précision les plus petits objets ou à celle des nombreux animaux qui voient la nuit presque aussi bien que le jour! Notre goût et notre ouïe sont médiocres: nous n'avons qu'imparfaitement le discernement des poisons. Notre odorat surtout est très grossier et sur le rapport de l'olfaction, nous sommes peut-être les moins bien doués de tous les mammifères. Ch. Ricliet, L'homme et l'intelligence, p. 449, 2^ éd., 1887, Alcan.

(1) V. Macnish, Philosophy of Sleep, p. 290, voir le cas d'un gentleman de Glascow, qui se sait et se sent hanté de visions de diables verts et qui réagit contre l'hallucination en frappant un violent coup de poing sur la table. — Le cas est cité, avec d'autres très significatifs, par M. Taine, Intelligence, t. 1, p. 104, 4* édition.

M. — l,\ l'IlHSoNNAMTl': MnHAI.i; 01

(lisliiH'lioii, lions r(>l'iis(His ;'i r.iiiiiii.'il 1rs foiiclioiis iiilcllr(|ii(>||c(; (|iii iiiiiiiilVsIciil (l.'iiis le sujet |)(Mis:iiil un pouvoir de penser sa propre pensée; ainsi ranimai coiiipare, |)uis(|iril perroil des rapporls, il esl eapalde i\i\ synllièsc, puisqu'il se <léterniiiH' s(doii les synihèsesdf pliénoiiiènes (jiii lui soni iirésoiilécs, el d'analyse puis(|u'il Icsdislin^uc cl (|u'un (d)jof joint à un aulrc in^ l'empéclie ))as(lo reconnaître celui-ci. Toul <'ela es! de l'aninial comme d<» riiomme. Mais penser ces rapporls en lanl (|ue rapporls, el (MI ral)seiic(» même des ohjel s mis en relalion : eiicoin|iaraiit, s(^ représenter la comparaison même, c'est le fait d'une pensée (|ui |)eul s'ahsiniiic do.sos objets, substituer aux objets donnés sous certains rapi)orts d'autres objets simplement j)Ossil)les et dont l'identité partielle sous les mêmes ra|)i)orts est reconnue, c'est-à-dire raisonner et déduire ; i)ren(lre enlin conscience de la conscience et taire llécbir la li^ne du processus mental (|uise dérouh^rait avec nne pure spontanéité et la ramener sur elle-même, la n'jh'chir, ce sont là des opérations qui amènent trop de trouble dans la simplicité du dévelo|)|)ement intellectuel j)our n'être pas le résultat d'un i^ouvoir perturbateur de l'ordre universel et (jue nous appelons liberté de la personne. C'est donc le développement du vouloir, « c'est le passage de la spontanéité simple à la spontanéité libre qui marque l'avènement de la conscience humaine dans la nature (1) », et la dilïérence de l'homme à l'animal se ramène à celle de l'instinct et de la volonté. (V. Éclaircissement III.)

8. Les inclinations de 1 animal. — En efïet, en tant qu'être passionnel, l'animal ne présente aucune initiative propre à « se dépreudre » du vertige de l'émotion présente. Il a bien, comme nous, des inclinations égoïstes, sociales et peut-être artistiques (2). Ceux qui ont pris à tâche, depuis Montaigne (3) jusqu'à Darwin (4), de combler l'intervalle entre l'animal et l'homme ont accumulé des faits, les uns simplement amusants, d'autres fort instructifs, mais qui n'empêchent pas la vérité de cette observation, que tout dans la passion de l'animal est subordonné à deux tendances servîtes : la conservation de la vie

(1) Renouvier. Psych., I, 316.

(2) V. Revue des Deux Mondes. Le sens esthétique chez les bêtes. Article de Ch. Lévêque.

(3) Apologie de Raymond de Sebonde, Essais, II, ch. xii.

(4) Descendance de Vliomme, 1871. Origine des Espèces, 1859.

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iiidividuello ot la conservation de la race, tandis que l'homme, dominé il est vrai la j»lii|)art du temps par ces deux mômes lois, peut copondant s'en alTraiicliir, en do certains cas, et faire prévaloir en lui inéine des ])assi()ns supérieures et désintéressées sur celles de l'é'^^oïsnie individuel ou social. Ainsi l'instinct de la conservation cl raiiiour de la \\v ne sont ni moins ni plus impérieux, nous dit-on, chez le chien que chez l'homme, puisqu'un chien peut se laisser mourir de chagrin sur la tombe de son luaître. Dans ce cas, nous l'accordons, l'instinct sympathique Irioiuphe do la passion égoïste. Mais y a-t-il des chiens qui se donnent la mort pour échapper à la honte et au déshonneur? L'animal, nous dit M. Espinas (1), est capable de former des familles fortement unies. Ce spectacle est très édifiant ; mais y a-t-il dos animaux chez qui la famille soit autre que temporaire, ou chez lesquels l'autorité soit longtemps l'objet d'un respect différent de celui qu'impose la force physique? Ils peuvent, assurément, constituer des peuplades assez cohérentes pour se reformer après de violentes dispersions, comme dans les fourmilières. Soit, mais ces « nations » ont-elles d'autre loi que l'im- I)uissance de l'individu isolé ? Comportent-elles ces œuvres de volonté qui sont les contrats, les modifications plus ou moins radicales apportées au statut commun en vue de progrès ? Enfin, si l'on peut citer des animaux soucieux de savoir, comme certains singes, cités par Darwin, qui étudient curieusement un serpent déposé dans leur cage, faut-il voir autre chose dans cet examen que la terreur de l'inconnu et le soin de la conservation personnelle (2)? Et si ce sont des artistes que les rossignols, leurs inventions mélodiques n'ont-elles pas pour raison sufTisante l'intérêt exclusivement utilitaire de l'instinct générateur ? Quant aux faits de moralité ou de religiosité allégués chez l'animal, nous ne voulons pas y voir autre chose que des extravagances d'observateurs prévenus (3). Non que les catégories supé-

(1) Thèse sur les Sociétés animales, 1877, ch. m, iv et v.

(2) Darwin dit qu'au jardin zoologique de Londres, il avait mis un serpent vivant dans un sac de papier; un des singes s'en approcha immédiatement, entr'ouvrit le sac avec précaution, y jeta un coup d'œil et se sauva. Tous les autres vinrent, un à un, la tête levée et tournée de côté, ne pouvant résister à la tentation de jeter un rapide regard dans le sac au fond duquel le terrible animal restait immobile. La Desce?idance de rhomme. p. 74, 75, trad. Barbier. 1881, Reinwald.

(3) Dans le livre du D' Richet cité plus haut, et où nous rencontrons de fréquentes preuves d'une sagacité psychologique, bien rares chez les physiologistes, nous avons le regret de rencontrer la phrase suivante, p. 409 : <« La

M. I.A l'KIlSO.N.NAMTK .MUHAM-: 0:t

riciiros de l:i pensée ne nous piirîiisscMil ri'j^ir, aussi lueii ((ne les inl'éi'ieni'es, huile nienhililé, y compris celle de r.-iiiiiii:il, ni.iis cela en dehors de lonlc! conscience ahsl raih* et de loiile rcMexion, c'est à (lire d'inlervenlion Noionlaire de la pensi-e snr elle nn'^nie, ou (nitoniolirilr iidellecliielle.

9. La volonté est absente dans l'animal. — Kniin, lanl il accorder à l'animal (|neli|ne chose de |dns on moins analogue à notri^ volonté en tant (|ne pouvoir moteur ou rrsolulif .^ A noti'c sens, c(> sérail par un vice clnxpiant de nomenclalure, I" Leur prét(Mi(lne Nolonle n'est (pie la (h'terminat ion sous romi)ii'0 de la passion. (Test donc la |>assion int>me, le (h'sir, avec les mouveinenls (|ui s'en suiv(^nt en vcrlu d'une harmonie que nous avons sigiial(''e, cl d'après la([U(dle, ni chez l'animal, ni chez l'homme, la locomotion n'est relïet direcl de la volonh'î et ne peut èlre rai)i)ort(''e à celle-ci ((ue dans la mesure où elle modilie les passions ou les imaginations. ^"Quanta leurs résolutions apparentes, il n'en est pas nne allé{^uée que nous ne puissions expli((uer par l'elTet de l'habitude, du désir, de l'instinct, toutes formes mécanisantes et vertigineuses. Kt toute vie instinctive est aveugle, fatale, incapable de variation volontaire en dehors de l'inlluence des milieux et de ces actions formatrices (|ui constituent dans la nature une sélection (I) où l'individualité véritable n'a aucune part. Pour en rencontrer les éléments propres, il faut donc chercher plus haut encore.

tn. — LES INDIVIDUALITES SUPERIEURES

10. Les fonctions mentales communes à lanimal et à 1 homme ne suffisent pas à constituer la personnalité. — Dans l'homme même, les fonctions supérieures ne suffisent pas toutes à constituer l'individualité humaine. Toute notre expérience est une matière fournie à la pensée par la multiplicité des phénomènes externes ou internes, et non pas prise de

croyance à des êtres supérieurs existe probablement chez le chien ou chez l'éléphant. Le chien vénère son maître et l'éléphant son cornac comme de véritables dieux. Ils croient à leur puissance (iontils connaissent les terribles elTets sans les comprendre : et mentalement ils les révèrent avec la même frayeur que fait un pauvre sauvage pour Parabavastu. »

(l) Darwin. Origine des E(<pèce.<y ch. iv, v et vu.

()i niiNcii'Ks in; i.A MoiiAij;

la coiisciiiiicc t'Ilc-ini'me. L<'s f«)niH's ou lois dr rL'iilciKh'iin.'iil no soiil |)as notic (i3iivr«'. cl Ton a pu dire avec vraiseiid)lanco (iiie la raison u'csl en <li;i<iiii d»' iioii> (luiiii rcllcl diinc vérité éternelle dont nous subissons uniformément la règle (1). La mémoire nous fournit hieu l'idée d'une liaison entre tous les événements dont notie eonscience est le théâtre, mais elle ne sufïit pas à elle seule à distinguer en nous-mêmes autre chose « qu'un fragment de l'ordre total ». Kniin les passions, malgré les spécialités qu'y apportent l'habitude, le tempérament, le caractère accpiis, établissent en nous une individualité incontestablement irréductible, déterminée par l'intersection de diverses lois naturelles comme un point géographique par celle d'un méridien et d'un parallèle sulïisants pour empêcher qu'on ne le confonde avec d'autres, mais nullement pour l'aflranchir de la solidarité de l'ensemble. C'est seulement quand la volonté apparait unie à la mémoire et à la pensée qui se rcconnaU, que la conscience s'élève au point culminant, la conscience de soi, et constitue ce que nos langues et nos lois nomment une personne

11. Trois oppositions manifestant la personne. — 1" Opposition réfléchie du moi et du non-moi. — Trois sortes d'oppositions nous paraissent constituer la personne : l'une, faite par l'entendement entre un mol et un non- moi ; l'autre, faite par la liberté entre un ordre donné et un ordre possible ; la dernière enlin, faite par la moralité entre l'être réel et celui qui doit être.

Au premier point de vue, aucun sujet ne peut être compris que comme un groupe de qualités ou phénomènes déjà formé, à qui l'on applique par un jugement attributif une ou plusieurs qualités nouvelles. C'est ainsi que ce sujet que j'appelle moi existe (2), parce qu'au cours de mon expérience, je lui attribue, entre tous les événements que je connais, ceux qui me paraissent plus particulièrement constitutifs de son essence. Ainsi groupés, ils deviennent miens par opposition à tous les autres que je rattache aux sujets dont l'ensemble fait le non-moi. La différence entre ces deux sortes de groupes est que le lien entre les éléments de ceux qui me sont extérieurs n'est aperçu de moi que par le dehors, pour ainsi dire, ne m'apparaît que déjà uoué;

(1) C'est la théorie de la raison impersonnelle soutenue, quoiqu'en termes variables, par Platon, Fénelon, Malebranclie, Victor Cousin.

(2) Ce mol existant traduit bien cette opposition ; il vient de ex, en dehors, et de slare, se tenir; les êtres sont ex-istants réciproquement.

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