La moralité réduite à l'intention. Le formalisme
Maintenant, que commande-t-elle ? Quels actes faut-il accomplir pour s'y conformer? Elle déclare qu'il y a un bien oblij^atoire, et un mal, c'est-à-dire des actes illégitimes à éviter. En quoi consiste ce bien ?
Kant répond que le bien n'est pas dans l'acte, mais dans l'esprit selon lequel on agit; le bien moral consiste dans l'obéissance à la loi observée exclusivement par respect pour elle. Une action n'a de valeur morale que si elle est faite dans un esprit de devoir. Même si l'action considérée en dehors de l'intention qui l'a inspirée, semble cependant dans ses effets, extérieurement conforme au devoir : elle ne procède pas d'un respect du devoir, elle n'a donc aucune valeur (1). Ainsi, un marchand qui ne surfait jamais ses prix, de sorte qu'un enfant peut acheter chez lui avec autant de sécurité qu'un autre client, n'est pas par le fait même honnête, car il pourrait fort bien observer cette loyauté dans ses marchés pour augmenter sa clientèle par le bon renom qu'il se fera ; en ce cas, l'intérêt personnel enlève tout mérite à sa conduite. Un mobile tiré de l'intérêt ou de la passion, même s'il produisait les mêmes actions que la pure intention de respecter la loi enlèverait toute valeur morale à cette action. Ainsi quand nous prenons plaisir à faire notre devoir, ou quand il nous en revient quelque avantage, il y a des chances pour que notre conduite ne soit pas vertueuse. Par exemple conserver la vie, quand elle n'est pas insupportable, ce n'est pas accomplir un devoir ; mais lutter contre les tentations de suicide, s'attacher à l'existence quand elle est odieuse, c'est vraiment un acte moral. L'homme qui est bienfaisant parce qu'il aime ses semblables n'est pas désintéressé, puisqu'il se paie de ses bontés en plaisirs de sympathie ; mais celui qui hait les hommes et leur rend des services, le misanthrope bienfaisant, fait éclater toute la valeur de sou caractère, puisqu'il fait le bien non par inclination, mais par devoir. Cet homme aime ses sem-
(1) Kant. Fond. Métaph. Mœurs, p. 20 et 21.