VIII. — m; iu.miii;. moiiam; iu. kam li
lieux morales, ni deux laroiis (rinlorpn'ilrr le diîvoir. Cv.ux (jui font .ippi'l aux circonstances, ou à leurs hesoinn, ou aux hcsoinK de leur» proches, ou aux besoins d'un /^n'aiid jx'Uple, pour Iran^resser ce devoir, uc eonnaisseni pas le devoir. Ce soiil de peliles ànies, (jui ne se rctrouvenl pas elles mêmes (piaiid leur liori/on s'éloigne;, ou des .'^mcs dépravées, qui ne eonnaisseid pas la sainlelé du devoir, el ne lui ohéisscîiil dans les eireonslanees ordinairi's i\\iv par orgueil ou par liahiludc. il ne se peul ))as (pie le crime cesse d'(Mrc un crinn', ni (jue la providence ail besoin pour s;iuv(>r l'Iiumanilé, de violer 1rs lois éternelles de la jusiice. C'est un erinm, c'est une impiété, c'est un sacrilège (lue de distinguer une grande et une petite morale. Quiconcpie fait cette dislinclion est une âme vile. 11 faul la plaiiulre, j)aree ciu'elU; a perdu le divin. 11 ne lui reste rien de son origine; sa comnmnion est av<'c la brute.
Jules Simo.n. Le Devoir, \). W'rl (llaelicltc elC").
La dignité morale fait toute la valeur de la personne.
La moralité est cette condition qui seule peut faire d'un être raisonnable une tin en soi, car c'est par elle seule qu'il peut devenir membre législateur dans la république des tins. La moralité, et riiumanité, en tant qu'elle est capable de moralité, voilà donc ce qui seul a de la dignité. L'habileté ctl'ardeur dans le travail ont un prix vénal (i); l'esprit, la vivacité d'imagination ctrenjouement ont un prix d'aiï'ection (;2) ; au contraire la fidélité à ses promesses, la bienveillance fondée sur des principes (et non sur un instinct) ont une valeur intrinsèque. La nature et l'art ne contiennent rien qui puisse remplacer ces qualités morales car leur valeur ne consiste pas dans les effets qui en résultent, dans les avantages ou dans l'utilité qu'elles procurent, mais dans les intentions, c'est-à-dire dans les maximes de la volonté, toujours prêtes à se traduire en actions, alors même que l'issue ne leur serait pas favorable. Ces actions n'ont pas besoin : P d'être recommandées par quelque disposition subjective ou quelque goût, qui nous les ferait immédiatement accueillir avec faveur et satisfaction ; — 2° ou d'être inspirées par quelque inclination ou quelque penchant direct vers elles, mais elles nous font de la volonté qui les accomplit un objet de respect immédiat; et c'est la raison seule qui nous impose ce respect, sans avoir besoin de nous flatter pour l'obtenir, ce qui serait d'ailleurs en contradiction avec l'idée du devoir.
Telle est donc, dans l'esprit des hommes, l'estimation qu'on fait de cette valeur désignée sous le nom de dignité, et qui est tellement élevée
(i) C'est-à-dire en ce s^ns qu'elles servent à nous procurer quelque chose, comme les marchandises ont du prix, en tant qu'elles peuvent nous procurer da l'argent; ce sont des moyens qui n'ont de valeur que par leurs elTets.
(2) C'est-à-dire en tant que moyens de satisfaire le besoin d'agrément artistique, mais n'en auraient plus pour quelqu'un qui n'éprouverait pas ce besoin.
iii i'iîi.M;iri;s di; la .mok.vlk
au-dessus de loule aulrc, que toute comparaison serait une alleinte portée à sa sainteté ; et le mot respect est le seul qui convienne pour exprimer le genre d'estime qu'un être raisonnable fait de cette valeur. Le concept du devoir, tout en nous annonçant une sujétion à la loi, nous fait trouver en môme temps une certaine sublimité, une certaine dignité dans la personne qui remplit tous ses devoirs. En effet, ce n'est sans doute point en tant qu'elle est soumise à la loi morale qu'elle a de la sublimité, mais en tant qu'elle se donne cette loi à elle-même, et qu'elle n'y est soumise qu'à ce titre. Ce n'est ni la crainte ni l'inclination, mais le seul respect pour la loi qui peut donner une valeur morale aux actions. Notre propre volonté, conçue comme n'agissant qu'à la condition de pouvoir ériger ses maximes en lois universelles, cette volonté idéale, dont la possibilité vient de nous, est le véritable objet de notre respect, et la dignité de l'humanité consiste précisément dans cette propriété qu'elle a de dicter des lois universelles, mais à la condition de s'y soumettre elle-même.
Kant. Fond, de la Met. des mœurs, p. 81 et 80. La traduction Barni nous a paru pouvoir être modifiée sur plusieurs points.
(MÏAIMTT^E TX LE DEVOIR (Suite.)
LES MORALES ANCIENNES DU DEVOIR. — SOGRATE. — l'LATON I. — LES GRANDES DATES DE LV MORALE DU DEVOIR
La grande originalité de Kant, en morale, est d'avoir donné à la doctrine du devoir une clucidation presque parfaite et d'avoir renversé, par ses analyses, la doctrine eudémonistique que nous avons rencontrée dans l'épicurisme et dans les systèmes utilitaires modernes. Môme les formes antiques de la morale du devoir, chez Socrate, Platon, Aristote et les Stoïciens ont pour caractère commun de confondre le bonheur avec le bien et de laisser indécise la notion du devoir. Ainsi, pour Platon comme pour Socrate, la connaissance du bien est la vertu suprême et le vice n'est qu'ignorance. Pour Aristote, le souverain bien est de vivre pleinement par l'intelligence qui est ce qu'il y a d'essentiel et de meilleur dans l'homme. Enfin les Stoïciens eux-mêmes ne voient de bonheur que dans le bien. Il est vrai qu'ils ont introduit la distinction de la sagesse, qui dépend de nous, d'avec les autres biens dits naturels, qui ne dépendent pas de nous et qu'ainsi ils ont contribué à diminuer l'intervalle qui les sépare de Kant. Mais de graves différences subsistent, que nous signalerons. La pensée antique ne contient donc pas une formule expresse du devoir. Le christianisme apporte avec la foi nouvelle une règle qui est d'un autre ordre que l'éthique philosophique. A côté du christianisme naissant la méthaphysique ancienne tente une alliance avec les nouvelles doctrines venues de l'Orient, et construit ce qu'on a nommé le néo-platonisme de Plotin (205-270) et de Porphyre (233-304) en se posant parmi d'autres questions purement spéculatives, celle du bonheur et du devoir, mais sans instituer j. THOMAS. — 6" année. 10
\\r, miNCÏPKS DK LA MOHAI.K
(le discussion sur ce i)i(»ljlèin(', cl siirlout sans séparer la morale de la métapliysiijiie. C'est dans l'extase niysti(|iie (juese résout le conflit des deux notions, (;t en tant (|ue ce mysticisme est d'une moralité intellij,nble, nous l'avons apprécié implicitement dans le chapitre précédent.
Après la lin delà philosopliie gréco-romaine, elpendanl toute la durée du moyen Age, la morale, comme toutes les autres formes du savoir, fut une dépendance de la théologie. On ne saurait en détacher une conception d'éthique rationnelle se suffisant à elle-même en dehors d'un appel à la révélation pour son premier établissement et tenant sa place dans un tableau des systèmcj de moi-ale au même titre que celles qui ont procédé ou suivi (1). On conçoit ainsi que la morale du devoir ait le caractère d'une véritable création quand elle apparaît dans la philosophie de Kant, à la fin du dix-huitième siècle. A la Ueuaissance et au xvf siècle, les moralistes indépendants ne purent aborder les questions de morale pratique ou théorique que sous le couvert de l'allégorie (ïi) ou du scepticisme (3). Descartes se les interdit encore et l'allranchissement de la criti(|ue, incomplet au temps de Hume (4) (17M-1776) en Angleterre s'accentue dans la Théorie des sentiments moraux (17o9) del'Ecossais Adam Smith (1723-1790) et s'achève en France avec Rousseau (1712-1778). Ce dernier, qui eut sur la pensée de Kant une si grande influence (5), au moins pour les questions morales, a revendiqué contre le dogmatisme de la philosophie du plaisir et de l'intérêt, non pas les droits du sentiment pur, en ce sens qu'il aurait opposé le cœur à la raison et au devoir, mais ceux de la raison pratique. Dans la Nouvelle Ilélo'isc (1761), le sujet est bien la raison qui se soumet la passion, et dans la Profession de foi du Vicaire savoyard {Q), c'est encore la raison pratique qui dicte les croyances où Kant trouvera la matière de ses Postulats (7). Si donc nous rattachons ensemble ces deux derniers philosoplies du xvni" siècle, Socrate et ses disciples sont, avant eux, les penseurs auxquels il faut remonter pour trouver une doctrine du devoir.
(1) V. Alb. Uéville. Hist. du dogme de la Divinilé de Jésus-Christ, 18G9, ch. V.
(2) Comme Rabelais.
(3) Comme Montaigne.
{i) Le traité de la nature humaiiie (1739).
(5) Rev. philos., IX, p. 270, un article de M. Nolcn.
(C) IV° liv. de V Emile (1762).
^7) V. llcnouvicr. Esquisse, V opposition — Criiiq. Jîcli;/., VI, p. lOG, note.