‹ Principes de philosophie morale suivis d'éclaircissements et d'extraits de lectures conformes aux programmes de l'enseignement moderne (première, sciences et lettres), de l'enseignement secondaire des jeunes filles et des écoles normales primairesChapitre 65 sur 162 · Socrate identifie la science du bien avec la vertu · texte numérisé non relu

Socrate identifie la science du bien avec la vertu

Les premiers sages de la Grèce ont posé très haut l'idéal de l'homme. Pythagore fonde la règle de la conduite sur une harmonie et un nombre universels; Heraclite fournit aux stoïciens l'idée d'une évolution du monde dont le sage prend conscience et à laquelle il se conforme volontairement ; mais Socrate est le premier qui ait cherché le principe du devoir dans l'ordre interne, dans la conscience au lieu de l'emprunter au monde externe dont il s'agirait de découvrir la loi. Mais s'il a trouvé la vraie méthode de la morale, et « fait, comme dit Cicéron, descendre la philoso-

(1) Les livres sacrés de l'Orient, i vol. du Panthéon iitléraire.

phie du ciel où elle se perdait avec ses prédécesseurs » sur la terre où elle s'est mise à étudier le dedans de l'homme, il n'a pas su fixer ni la forme, ni la matière de la loi et môme sa théorie morale la plus originale est déjà contraire à la notion fondamontahî de la liberté. Il disait, eu elïet, que le plus grand bien de l'homme est la science et que la plus haute science est celle du bien. On arrive avec lui par inductions de plus en plus larges à la notion du Bien qui est l'idée suprême, d'où procède tout le reste. Platon, fidèle sur ce point seulement à la doctrine de son maître, dit que cette idée du Bien est le soleil du monde de la pensée, comme le soleil réel est le llambeau du monde sensible. Cette idée obtenue, on est à la limite de la science et on en peut déduire les actes que nous devons faire. Platon n'a pas opéré cette déduction, pas plus que Socrate; mais ce dernier ajoute, suivi en cela par le disciple, que si nous étions simplement des êtres pensants, une fois que nous connaîtrions le bien, nous l'accomplirions sans hésiter, et la connaissance suffit pour que la vertu agisse et se réalise; autrement dit, il y a identité entre la science du bien et la vertu. Mais nous ne sommes pas des êtres purs, nous sommes liés à des corps qui engendrent en nous des passions capables d'obscurcir en nous l'idée du bien, et de la présenter à l'esprit sous un faux nom; de là l'erreur, de là la faute qui n'est, par là même, qu'un défaut de science (1).

3. Le Mythe du « Phèdre >. — Platon illustre cette théorie par le mythe du Phèdre (2) qui représente fàme, antérieurement à la vie actuelle, marchant dans le ciel à la suite des dieux et jouissant de la contemplation et de la réalité du Beau et du Bien dans leurs pures essences. Une chute due à la prédominance de la passion sur la raison précipita cette àme vers le monde inférieur et terrestre où elle est emprisonnée dans un corps. Affaissée sous la matière, elle oublie d'abord sa céleste origine, tombe de plus en plus sous fesclavagedes appétits, des passions et perd la faculté de voir le Bien que naguère elle contemplait face à face. De temps en temps néanmoins, un souvenir de la vie antérieure se ranime en nous à loccasion de quelque objet beau ou d'une belle action. Alors une sorte d'enthousiasme s'empare de nous ; l'objet aimé nous paraît souverainement désirable et nous fait sentir son

(1) V. Kclaircissement IV.

(2) V. Éclaircissement lU.

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