IX. — f.K DKVOIU (Sitn;). SDCHATK
jilliail. d'uiir iiiîmirrc incsisliblc. l/jimoiir rsl ainsi le priiicipo iruiH^ tlijih^cti(Iiic (le Tj^iic m iiiarclM^ v«ms l'i(l('',al(l). On n»» conçoit pas (|ii(' l'àiiic \(»yaiil le liicii s'en dcloiirin* \ olunlaii •• ment, (iciix (|iii lOiil Ir mai s'iiiia^incni a;^ii' en viK'dii hicii; s'ils s(M('pirs(Milai('iil iicllcinciit le mal dcî l(Mir action, assun'*niont ils ncraccompliraicnl |)as; ils ccdciM, ncccssaiiiMncnt. à nne idcc fanss(» dn Ih( ii, mais ils ne font ({n<^ C(; (|ui Icui' parait hicu.
4. Discussion de la thèse socratique : La part de vérité psychologique. -^ Il y a beaucoup de vérité psycholof^iciuc; dans cette théorie. Toujours, en aj^issant, l'Iiominc^se représente (juelquebieiiî^ atteindre, et la volonté indiiïérente est une pure chimère que nous avons signalée. Un être intelligent qui ne poursuivrait pas ce qui lui paraît bien maintenant, est en dehors de l'expérience, et Socrate et Platon ont excellemment enseigné que nul ne fait sciemment son mal ; que les vertus sont des sciences ; que voirlemeilleur, c'est s'yconformer. Lebieu dont il est question peut être, il est vrai, un certain mal pour l'agent, mais sous d'autres rapports que celui où il le considère au moment môme où il le juge, et le mal peut être un bien, du moins dans le présent(2). En outre, la connaissance du devoir est indispensable à son exécution (3) et l'action n'a de valeur que si elle est faite en pleine connaissance de la loi (4). « Le plus difficile, a dit un parlementaire illustre, n'est pas de faire son devoir, mais de le connaître, » car la bonne intention ne sufTit pas pour satisfaire à la loi morale. Il y a des consciences troubles, erronées, perverties, qui non seulement ne peuvent plus lire en elles-mêmes parce qu'elles sont sous le coup du vertige, mais surtout dans les conséquences de leurs actes. C'est pourquoi le meilleur moyen qu'on ait trouvé jusqu'ici d'améliorer les hommes, c'est de les éclairer, quoi qu'en dise Rousseau, dans ce fameux paradoxe qui fit pour la première fois retentir son nom(o). « On croit, dit M™® de Staël, que les lumières font le mal, et on veut le réparer en faisant rétrograder la raison. Le mal des lumières ne peut se
(1) Zeller. Philosophie des Grecs, II" partie, vol. II. Platon et l'ancienne académie, ch. V, § 3.
(2) Voir rÉclaircissement I.
(3) V. le chapitre sur la Responsabilité.
(4) V. chapitre précédent.
(5) Le Discours sur les sciences et les arfs est de 1749. Voir à ce sujet le Cours de morale pratique. Devoirs individuels.
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corriger qu'en acqiK'Tant plus de lumières encore; ou la morale est une idée fausse ou il est vrai (|ue plus on s'èclairo, plus on s'y attache; moins d'esprit conduit à moins de délicatesse. (\) »
6. La part d'erreur : le déterminisme est impliqué par cette thèse, non comme ressortant des faits, mais comme une croyance. — Mais la j)art (rerreur est bien j)his forte encore dans la formule socratique. 1" Théoriquement elle contient la nécessité de l'acte en vertu de sa conception, c'est-à-dire le déterminisme psychologique, dont c'est là, en effet, la première apparition et auquel on n'a rien ajouté d'essentiel depuis. ^2'' De plus, Socrate est conduit par sa théorie à supprimer tout ce qui peut empêcher l'agent moral décéder à l'idée du bien, une fois conçue. Or, ces éléments réducteurs de l'idée sont les passions et la coutume. Socrate est donc amené à travailler à leur suppression, ce qui prépare l'efïort stoïcien contre la passion et ce qui annonce les thèses du socialisme autoritaire de Platon contre les coutumes démocratiques d'Athènes. 3° Enfin, la psychologie semble opposer avec raison à Socrate que souvent nous connaissons la loi du bien et ne l'appliquons pas. Euripide (2) a déjà répondu : « Nous savons ce qui est bien, ce n'est pas faute de jugement que nous faisons le mal, mais nous ne faisons pas le bien, les uns par paresse, les autres parce qu'ils préfèrentun plaisir à l'honnête (3). > La réponse n'est cependant pas concluante (4), car elle ne dit pas que, pour Phèdre, qui parle ainsi, la paresse alléguée ou l'attrait du plaisir, supérieur à celui de l'honnête ne sont pas encore des effets de la fatalité. Même incertitude sur le sens du vers d'Ovide qu'on oppose encore d'ordinaire à cette doctrine. Médée sent dans son cœur la lutte de la passion et de la raison* et s'écrie : « Ma raison ne peut vaincre mon amour, je ne sais quel Dieu s'y oppose; mon cœur veut une chose, ma raison une autre. Je ne fais pas le bien, que je vois et que j'aime, mais je cède au mal (5). »
(1) De la littérature dans ses rapports avec les institutions, II* partie, cli. iv,
(2) Poète grec contemporain de Socrate (480-406).
(3) Hippolyte. V. 375.
(4) Elle n'a pas échappé à Socrate : il lui objecte que les hommes qui ne font pas le bien qu'ils voient sont « vaincus par le plaisir ».
(5) Nescio quis deus obstat aliudque cupido.
Mens aliud suadet. Video meliora proboque, Détériora sequor. (Métamorphoses. VII, 10.)