‹ Principes de philosophie morale suivis d'éclaircissements et d'extraits de lectures conformes aux programmes de l'enseignement moderne (première, sciences et lettres), de l'enseignement secondaire des jeunes filles et des écoles normales primairesChapitre 69 sur 162 · IX. I.i: hKVOIR (SiJiTK). Pr-ATON · texte numérisé non relu

IX. I.i: hKVOIR (SiJiTK). Pr-ATON

loiil^lcmps ciilrclcimc dans les iinirs, ({r joiiissaiMc^ n'imiinra triées i(^|M)rl.ées dans une vie future.

Ki\ tei'ines pins on moins voilés, là eoiniiK' dans le Im iillianiisnu'. c'est nn niaichc ((n'on me |tid|K»se; je ne suis pas eu (ace d'une doctrine de devoii-, mais d'un endérmuiisnie soit avoué, soit dissimulé.

La responsabililc du vel•li^'e mental.

Je me suis maintes fois trompé, aloi-s (pi(* j aurais pu ne me tromper pas. Je me suis laissé prendre à dos aj)})arences. (Quelquefois j'ai fait })lus : je me suis trompé presque seicnnnenl, ayant à cela une sorte dintérét sans doute, mais un intén^'t bien autrement sérieux et durable à ne le pas faire, et j'ai été mon flatteur et mon complice, au lieu d'être mon conseiller attentif et inlè/j^re. J'ai laissé oisive, en moi, une puissance qu'il ne tenait qu'à moi d'exercer pour mon avantage. J'allais, entraîné, quelquefois m'en traînant, satisfait de consacrer par une approbation superflue ce qu'avait décidé de moi sinon la volonté des hommes, au moins le concours des événements. Quelquefois j'ai pris l'alarme et j'ai cru m'éveiller : je disais que je m'éveillais, et j'entrais dans un autre songe.

Jules Lequier. Fragment.

Le plus grand des maux de l'àme étant l'injustice, le plus grand bien après la justice, est de s'olTrir à la punition et de la subir.

SoCRATE. — Je pense, Polus, que l'homme injuste, que le criminel est malheureux en toute manière; mais qu'il l'est encore davantage, s'il ne subit aucun châtiment, et si ses crimes demeurent impunis ; et qu'il l'est moins, s'il reçoit de la part des dieux et des hommes la juste punition de ses forfaits.

Polus. — Vous avancez là d'étranges paradoxes, Socrate.

SocRATE. — Celui qui est châtié, portant la peine de sa faute, ne souffre-t-il pas une chose juste ?

Polus. — Apparemment.

Socrate. — Mais n'avons-nous pas reconnu que tout ce qui est juste est beau:^

lf)6 PRINCIPES DE LA MORALE

PoLUS. — Sans contredit.

SOCRATK. — Mais ce qui est ix'au. esl fn même temps bon ; car il est ou airréablc ou utile.

POLUS. — Néccîs.sain'Hicnl.

SocHATE. — Ainsi ce que souffre celui qui est puni est bon ?

PoLUS. — il ])araîl que oui.

SocRATi:. — 11 lui en revient jjar conséquent (jnelcjuc utilité.

POLUS. — Oui.

SocRATK. — Est-ce l'utilité que je sujjpose ; devient-il meilleur quant à Tâme, s'il est vrai qu'il soit châtié à juste titre?

PoLUS. — Cela est vraisemblable.

SocRATK. — Donc, en subissant sa peine, il esl délivré de la méchanceté de rânie ?

POLUS. — Il me le sembler du moins.

SocRATK. — La correction procure-t-elle, à votre avis, la délivrance du mal ?

J^OLL'S. — A'raisemblablement.

SocR.\TE. — Et l'impunité l'entretient-elle ?

PoLUS. — Oui.

SocRATE. — Commettre l'injustice n'est donc que le second mal pour la grandeur ; mais la commettre et n'en être pas châtié, c'est le premier et le plus grand de tous les maux.

PoLLS. — 11 y a toute apparence.

SocRATE. — C'est une conséquence de nos principes, qu'il faut avant toutes choses se préserver de toute action injuste, parce que c'est un grand mal en soi; et si on a commis une injustice, il faut aller se présenter au lieu où l'on recevra au plus tôt la correction convenable, et s'empresser de se rendre auprès du juge comme auprès d'un médecin, de peur que la maladie de l'injustice venant à séjourner dans l'âme, n'y engendre une corruption secrète et ne la rende incurable. La rhétorique, Polus, ne nous est d'aucune utilité pour défendre, en cas d'injustice, notre cause, non plus que celle de nos parents, de nos amis, de nos enfants, de notre patrie; si ce n'est dans le cas où l'on croirait devoir s'en servir au contraire pour s'accuser soi-même avant tout autre, ensuite ses proches et ses amis, dès qu'ils auraient commis quelque injustice, et devoir ne point tenir le crime secret, mais l'exposer au grand jour, afin que le coupable soit puni et recouvre la santé : en sorte qu'on se fit violence ainsi qu'aux autres pour s'élever au-dessus de toute crainte, et s'offrir les yeux fermés et de grand cœur, comme on s'offre au médecin, pour soulï'rir les incisions et les brûlures, s'attachant à la poursuite du bon et de l'honnête, sans tenir aucun compte de la douleur ; en sorte enfin que si la faute qu'on a faite mérite des coups de fouet, on se présente pour les recevoir; si les fers, on tende les mains aux chaînes ; si une amende, on la paye : si le bannissement, on parte en exil; si la mort, on la subisse : qu'on soit le premier à déposer contre soi-même et ses proches, afin que, par la manifestation des crimes commis, on parvienne à être délivré du plus grand des maux, de l'injustice.

Platon. Gorgias, § 2(5, trad. Grou, éd. H. Etienne, p. 472, d. -477, a. 480. a-e.

fX. - lA'l liKVolll (Sliik). I'LATUN 157

La ctiiile des Âmes ut leur réminiHcence du bien.

I/Amo resstMnl)l(' aux lorccs n'îunics d'un .iltelage ailé et d'un cocher ; clioz nous autres lionuiics le (pocher dirige deux coursiers, l'un exccll(Mil, l'autre bien dinVM'cnt du preniicM' ; et un pareil atlela^a^ ne peutnian- (jucn* d'«Mre péiiilile et diliicilc à guider. I/un des deux est de bonne race, l'autre est vicieux. I.,e premier a la contenance superbe, les formes régulières et bien prises, la tôte haute, les naseaux un peu recourbés ; il est blanc avec des yeux noirs; il aime la gloire av(M; une sage retenue; il est passionné pour le véritable honneur ; il obéit, sans qu'on 1(^ fra])pe, aux exhortations et à la voix du cocher. I.e second a les membres tordus, épais, ramassés, la lèle grosse, l'encolure courte, les naseaux aplatis ; il est noir, ses yeux sont verts et veinés de sang; il ne respire que fureur et vanité; ses oreilles velues sont sourdes aux cris du cocher, et il n'obéit qu'à peine au fouet et à l'aiguillon.

Quand l'àme est parfaite et ailée, elle plane au plus haut des cieux, et gouverne l'ordre universel. La vertu des ailes est de porter ce qui est pesant vers les régions supérieures oii habite la race des dieux ; et elles participent à ce qui est divin plus que toutes les choses corporelles. Or, ce qui est divin, c'est ce qui est beau, vrai et bon, et c'est aussi ce qui nourrit et fortifie les ailes de l'âme; et toutes les qualités contraires, comme la laideur et le mal, les flétrissent et les font dépérir. Or, le maître tout puissant qui est au ciel, Jupiter, s'avance le premier, conduisant son char ailé, ordonnant tout et veillant sur tout. L'armée des dieux le suit divisée en onze tribus. Derrière eux marche quiconque veut et peut les suivre ; car Tenvie est bannie loin du chœur céleste. Les chars des dieux, toujours maintenus en équilibre par leurs coursiers dociles au frein, montent sans effort; les autres gravissent avec peine, car le mauvais coursier pèse sur le char incliné et l'entraîne vers la terre, s'il n'a pas été dompté par son cocher. C'est alors que l'âme doit subir une épreuve et une lutte suprême.

Celle qui suit les âmes divines d'un pas égal et qui leur ressemble le plus, élève la tête de son cocher dans les régions supérieures; mais, troublée par ses coursiers, elle peut à peine entrevoir les essences. 11 en est d'autres qui tantôt s'élèvent et tantôt s'abaissent. Enfin les autres âmes suivent de loin, aspirant comme les premières à s'élever vers les régions supérieures, mais leurs efforts sont impuissants; elles sont comme submergées et roulent dans les espaces inférieurs ; ce n'est plus alors que confusion, combat, lutte désespérée, et par la maladresse de leurs cochers, plusieurs de ces âmes sont estropiées, d'autres voient tomber une à une les plumes de leurs ailes.

Quand un homme aperçoit les beautés d'ici-bas, et qu'il se ressouvient de la beauté véritable, son âme prend des ailes et désire s'envoler; mais, sentant son impuissance, il lève comme l'oiseau ses regards vers le ciel; il néglige les occupations du monde, et se voit traiter d'in-

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sensé. Mais les souvenirs de celle conleinjjlation ne s'éveillent pas dans toules les âmes avec la même facililé; l'une n'a fail qu'enlrevoir les essences; une aulre, après sa chute sur la lerre, a eu le malheur d'être entraînée vers l'injustice par des sociétés funestes, et d'oublier les mystères sacrés qu'elle avait jadis contemplés. Il est seulement un petit nombre d'âmes qui en conservent un souvenir à peu près distinct. Ces âmes, lorsqu'elles aperçoivent (juclque image des choses du ciel, sont remplies dun grand trouble et ne peuvent se contenir. C'est qu'en effet la justice, la sagesse, tous les biens de l'âme ne brillent plus dans leurs images terrestres du même éclat qu'autrefois.

A la vue de l'objet aimable quand le cocher sent l'aiguillon du désir irriter son cœur, le coursier docile se contient, mais l'autre ne connaît déjà plus ni le fouet ni l'aiguillon, il bondit et s'emporte, et embarrassant à la fois son guide et son compagnon, il les entraîne par force. D'abord ceux-ci résistent et s'indignent, mais à la fin, ils se laissent entraîner et s'approchent du bel objet et contemplent cette apparition toute resplendissante. A celte vue, le souvenir du cocher se reporte vers l'essence de la beauté, et il lui s(\'nbln comme autrefois la voir au séjour de la pureté s'avancera coté de la sagesse. Cette vision le remplit d'une terreur religieuse, il se rejette en arrière, ce qui fait qu'il tire les rênes avec tant de violence que les deux coursiers se cabrent en même temps, l'un de bon gré, car il n'est pas accoutumé de faire résistance, l'autre malgré lui, parce qu'il est toute violence et toute révolte. Mais alors le cocher éprouve encore plus fortement l'impression qu'il a ressentie tout d'abord ; comme le cavalier qui va toucher la barrière tire à lui avec une force nouvelle le mors du coursier indompté; il brise ses dents, meurtrit sa langue insolente, ensanglante sa bouche, fait toucher la terre à ses jambes et à ses cuisses et lui fait sentir mille angoisses. Quand, à force de souffrir, le coursier vicieux a vu tomber sa fureur, il baisse la tète et suit la direction du cocher.

Platon. Phèdre^ ch. xxv, trad. Saisset, p. 332 (Charpentier) .

Identité de la science et de la vertu..

Le peuple prend la science pour une esclave, toujours gourmandée, maîtrisée et entraînée par les autres passions; en juges-tu comme lui ? ou penses-tu, au contraire, que la science est une belle chose, qu'elle est capable de commander à l'homme, qu'un homme possédant la connaissance du bien et du mal ne peut être ni entraîné, ni dominé par aucune force, et que toutes les puissances de la terre ne sauraient le forcer à faire autre chose que ce que la science lui commandera, car elle suffit seule à le sauver?

Cela est vrai. Tu sais pourtant bien que le peuple ne nous en croit pas sur cette matière et qu'il soutient que la plupart des hommes ont beau connaître ce qu'est le meilleur, ils ne le font pas, bien que cela

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