‹ Principes de philosophie morale suivis d'éclaircissements et d'extraits de lectures conformes aux programmes de l'enseignement moderne (première, sciences et lettres), de l'enseignement secondaire des jeunes filles et des écoles normales primairesChapitre 70 sur 162 · IX. - [,K DFA'OIH (SriTK). PF.ATON IT.O · texte numérisé non relu

IX. - [,K DFA'OIH (SriTK). PF.ATON IT.O

(Irpondil d'eux, cl ils Iniit souvcîiit tout \i> coiiIrMii'i!. (!(M1x à (jui j';ii (l(>m.iii(l('' 1.» cAwsr (rime si rlr.iMK*^ «'ondiiilc iii'cuilloiis «lit. (jihî ('J'spmislà sont vaincus par la voluplc ou pai* la doiilcm-, ou cidraiucs i)ai' «jucl- (pic auli(^ do S(3S passions doiil J'ai pai'lc. V.w (pioi coiisisUî ce; iiiailicuiciix pciicliniil, rpii fail (pi'ils sont vaincus par \vn voluplcs cl ({u'ils ruî lonl pas cv (pii csl le nicill(Mir, bien (pi'ils le c.onnaiss(!nl? Ceux (\\n s(; Iroinpcnl dans le choix des voluptés ot des douicHirs, c'est-à-dire des liiiMis cl (l(>s maux, ne se ti'onii>eid (pie faute de S(nen(!e; ce n'est j);is seulcnuMit taule de scicin-e, mais faute de cette science (pu (Misei^njc ;i in(>surer. Or, toute action où l'on se li'oni|)e |)ar (h'^faul de seieiico, VOUS savez bien (pu* c'est par i,^norance. Par cons(''(pient, c'est la i)lus^rnndo i^iu)rance (pie ({'(''Ire vaincu par la volupt(''. Il n'est pas possibh; (pi'uii liommo sachant (pi'il y a d(>s choses meilleures à fair(! (pu; celle cju'il l'ait, (d connaissant (pi'il ])eut les faire, fasse poui't^ant hîs mauvaises et laisse là l(»s l>oniu»s (pi'il est maître de choisir. Ktre iuftu'ieur à soimi'Miie, (!e n'est donc. ])as autr(^ chos(^ (pr(^tr(î dans l'i^^norancc, et ôlre supiu'ieur à soi-nu'Mue n'est autre cliosc (pi'avoii' la science.

Platon. Prolofjoms, ch. xxxv, p. '^'-'r2, trad. Saisset, p. 88.

GIIAPITHE X LE DEVOIR (Suite.)

A HT S T DTE K T LES STOÏCIENS I. — ARTRTOTE (384-322 AV. J.-C.)

1. Aristote est le vrai socratique en morale. — Lo vérital)lo disciple de Socrate en morale serait Aristote, car il revient à la méthode psychologique pour l'analyse des données de la conscience, et tout en restant sur bien des points trop soucieux des faits acquis, il s'élève à la notion juridique du droit et d'une certaine autonomie de la personne.

2. Hiérarchie des biens. — Chez Aristote, la synthèse des élémentsdu bonheur estcomplète et judicieusementhiérarchique. En effet, il distingue trois sortes de biens dont la réunion dans une existence d'homme constituerait le souverain bien et dont la privation sur un seul point empêche le bonheur : i "d'abord ceux (jui nous viennent du dehors et entre lesquels il place au plus bas degré del'échelle ceux qui dépendent delà nature physique comme la santé, la force: S'' puis, à un degré plus élevé, ceux qui nous viennent de la société comme le bonheur domestique, les joies de la bonne renommée, de l'amitié ou les avantages de l'influence sociale, les satisfactions de l'amour-propre national; 3" enfin, et par-dessus tout, ceux qui dépendent de nous parce qu'ils sont les richesses de l'àme': volonté ferme et souple, passions tempérées, et enfin intelligence bien munie de vérités eu nombre et en profondeur. La satisfaction de chacune de ces fins met en jeu une énergie correspondante qui se les représente comme des biens dont la possession est un plaisir. Ainsi, le plaisir est selon le vœu de la nature, et en cela légitime ; mais, de plus, il est selon la

i,A MonM.i: m in.V(»in. aiiistotk kii

raison cl I oïdir j^iMirral |Miis(|ur \r hicii, poui* los Aires, ««si rexrrcicc parfail de Iimiis •'ii('r;;irs cl (im* ('(;l, acIicvciiM'iil. dn l'ach^ csl le plaisir «'omhik' la llciir osl le eouroniieiiiciiL de la piaille (I).

3. La vertu et le souverain bien. — Mais les plaisirs se foiil iimliielleiiieiil ohsiacle ; il faut donc un principe capahie 1" de les doniinci"; -" d'en relier la rcclierclic, schni l'indrc i\r leur (li|;nilc r(^s|)eclive. i]o pi'incipi' est la vertu, praliqiio hahituelle de la plus haiilc loiiclion (\{' l'àuic, la raison. Los hiens ne sullisenl pas par leur alliait |)i'opre à fournil' une nonne, une l'ornuMli^ la conduiliv, mais d'aulre |)art,, cette noiine, la vertu, ne contient pas en soi nue inalière suflisant(5 de la vie |)ail'aile. Klle est un bien : elle n'est pas le seul bien, ni nn'wuc; le souverain bien, mais le premier de tous les biens seloa l'ordre d'excelleuce et aussi selon l'ordre de conditionnement rr(ij)ro(|U(! des éléments constitutifs du bonlieur. On pourrait dire de la vertu dans Tordre des clioses morales, comme de la pliilosophic prrmihrdims la classification des sciences d'après Aristote,f(u'elle n'est pas en dehors de la biérarcliie; elle lui est immanente (il) et non transcendante, elle la jj^ouverne tout entière en môme temps qu'elle l'achève et la couronne [et l'explique; parce ([ue dans la pensée d'Aristote, si l'inférieur prépare le supérieur, celui-ci à son tour régit l'inférieur et le justifie (3).

4. Les vertus. Le juste milieu. La justice. — La détermination des vertus particulières est le point faible de cette doctrine morale; le principe du juste milieu entre les excès (4) laisse chacun arbitre des arrangements empiriques à distribuer entre ses tendances et abandonne à l'appréciation du sens indivi-

(1) Voir Eclaircissement I.

(2) V. Principes de philosophie scientifique, ch. ni;

(3) Comme l'idée du Bien absolu, dans la philosophie de Platon est transcendante par rapport au monde qu'elle régit. Ethique à XicomaquS, I, § 6; 1098 b, 32. V. VVallace, Ootlines of the philosophy of Aristotle^ p. 94, London, Clay, 1883.

(4) Voici quelques exemples de ces déterminations de vertus d'après Aristote :

Défaut: Juste milieu : Excès:

Lâcheté. Courage. Témérité.

Insensibilité. Tempérance. Intempérance.

Ladrerie. Libéralité. Prodigalité.

Humilité. Grandeur d'àme. Gloriole.

j. TH0.MAS — 6'" année. 11

162 IMUNCIPES DE LA MOHALE

duel ce qui sera pour Beulliam le calcul des plaisirs. Le principal défaut de ce calcul, c'est d'être dépourvu d'uue unité de mesure; par consé(|ueut, cette rèj^le n'est que l'absence de rè^hi. Mais la vertu suprême, la justice, trouve chez l'auteur de VEthiqite à Nicomnquc et de la I*olitifjup une analyse qui nous élève à une conception très voisine de ce que nous appelons, aujourd'hui et après Kaut, la loi morale. La justice est, non plus comme pour Platon, un ordre des choses imposé et institué par une autorité extérieure, mais l'obéissance volontaire des personnes à un commandement venu non pas d'une loi positive, mais d'une loi naturelle et rationnelle supposée établie dans une sphère où il n'y aurait que des personnes justes : c'est là quelque chose comme la licpublique des fins. En passant de cet idéal à la société réelle, où les mérites des individus sont divers, et que l'expérience présente plusou moins bien doués de bonne volonté, il y a lieu d'attribuer à chacun la part de biens qui convient à sa dignité, que ces biens soient matériels comme les salaires, ou moraux comme l'amitié. Ainsi l'amitié pour Aristote n'est pas à proprement parler une égalité, mais une proportion, celui qui mérite plus devant obtenir de l'autre une alîection proportionnelle (1). C'est là ce qu'il nomme justice distribatice. Il y a cependant, même dans la société réelle où les mérites sont si variables, une justice d'égalité entre les personnes, c'est celle des contrats qui exige des compensations arithmétiquement équivalentes pour le bien et le mal accomplis indépendamment de la valeur accidentelle de la personne, c'est la justice cominutatice.

5. Mérites et défauts de la morale d'Aristote. — 11 y a là une morale humaine et juridique à laquelle il manque peu de chose pour être tout à fait satisfaisante. D'abord, le contraste est grand entre les doctrines de simple plaisir ou même de prudence qui sont avant tout égoïstes et empiriques, et cette nouvelle conception de la vie du sage dont l'élément principal est la raison. Les premières, en raison même de leur simplicité apparente, sont étroites et exclusives; elles réduisent à un seul mobile, et non au plus digne, l'inspiration des actes humains; la seconde, au contraire, est aussi compréhensive que possible, puisque loin de s'abandonner à aucune de nos tendances par exclusion des autres, elle vise, au moyen de la règle qu'elle leur

(1) V. VHP Liv. de VEthique à Nicomaqae, § 7.

LA MOIIAM'; 1)11 IH'lVOIIl. AIIIST(»TK 163

.ipporlc, à les (Irvclopri- loiilcs. Les (lyiiicpn's, v\. Jiprns <mix le» Sloïciciis, iK^ sont piis ni pi(»;;irs siii' Ai'islotr, du moins À cet, r^jnd, piiis«|u'ils inclh'iil r(>l>j('l[(l(' Iîi morille iioii'pJ'^ «'«""^ I'' *ïircclion dv nos Iciidanccs, in.iis dans la sup|)n'ssi(>n des jwissions (1).

Cep(Mi(lanl plusicms p.iilirs sri'.'iiciil à icfoiimM' dans ce sysU>m(^ vraiimMil. Iicllciiiiiiic : I ' \a' souci fort l(''f];itime de ne pas i^crdrc pied liors du rôcl a conduit Aristotc à tenter la juslilication de ceitains faits acquis, mais contraires à la raison et au dioit, dans les relations tyranni((ues des personnes; ainsi celle du citoyen lié par une sorte de servage à l'Ktat, celle de l'enfant au père, celle de la femme au mari, et nu'^me de l'esclave au maître. Aristote est ])ien le seul des philosophes anciens f|uiaitentre|)risde démontrer la léjj^itimité de cette dernière injustice, en la fondaiil sur ce ({u'il y a des esclaves par nature (4). !2" D'autre part, sa couce|)tion de la vertu comme une habitude semble en exclure la liberté. Nou pas que l'auteur des ylna/j/tiques revienne expressément sur la conclusion très ferme inscrite dans cet ouvrage sur la contingence des futurs; mais il ne semble pas avoir vu toute l'importance d'une affirmation énergique et constante de cette thèse, pour toutes les questions morales. 3'' Enfin, ce qui parait manquer le plus à Aristote c'est, pour ainsi dire, la chaleur de l'inspiration morale, l'accent mis sur la loi d'obligation et, surtout, le sentiment de la supériorité de la vie morale sur la vie spéculative dont il fait la vie divine (3). Les Stoïciens ont fait plus que lui en ce sens ; mais il est vrai de dire aussi qu'ils ont, du moins jusqu'à Epictète, sacrifié théoriquement la liberté à l'ordre universel. Du reste, s'ils ont senti plus que lui l'impossibilité pour le sage d'atteindre la vie parfaite icibas, ils n'ont pas plus que lui étendu le règne delà raison au delà des conditions actuelles de l'existence, où elle ne peut être satisfaite. La grande supériorité de Kant sera donc d'avoir affirmé les postulats et trouvé une méthode pour les déterminer.

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