I. — ij:s faits m, i.omdiu-: mohai
nous ne sommes pus l)oiiit's ;i la lonsiiluralioii tli's causes, c/cst- A-(liro (les eoiidilioiis d'existeiiee et des lois, c'eHt-à-dire des modes {généraux de rexisteiice. (|iir nous |ioiivoiis eiivisaj^er uiif ^/rA7//a^' à al teindre poin- (liaeini de nous; et si ce point de vin* nous est iiderdif, notre iHre n'a plnsde sens et notre vie d'êtres pas sionnés, raisonnai)les, i-es|)onsal)les n'est pins (|n'nne al)sni'dité. An contraire, non seulement le monde inor;^ani(|ue jx'ut être connu el compris sans être envisaj^é comme un système de moyens adaplés à une lin, mais la science, ou ce (|n'on appelle lespril (le la scîience, a pour première règle d'éliminer de la connaissance des êtres toute explication lirêe de leurs buts, de leur ulililéou des intentions ([n'aurait eues le créateur ou la nature en les disposant les uns pour les autres. En ce sens, on posséderait tout ce (jne peut atteindre le savoir positif dès qu'on a assigné L'c par <]uoi un (ait a lieu, la manière dont il se produit, et il deviendrait inutile ou dangereux pour la discipline de l'esprit de chercher pour quoi, en vue de quoi une chose a lieu. Les choses n'ont pas de destinées, et peuvent être suffisamment connues sans cela. C'est là le point de vue mécanialc, qui s'oppose, depuis Descartes, au point de vue finaliste ou tcléologique (1) dont Aristote revendiquait l'introduction dans la conception scientifique du monde.
11 est vrai qu'une grande partie de l'univers l'animal, et même le végétal, serait difficilement intelligible pour nous s'il nous était interdit d'y voir un ordre selon lequel certaines fins ou fonctions sont accomplies par la subordination harmonieuse de certains moyens ou organismes. Mais c'est, encore une fois, en transportant au dehors ce que nous trouvons en nous-mêmes que nous pouvons saisir le monde en l'interprétant à la lumière de cet ordre des fins dont nous sommes à la fois le siège et le type. La nature ne nous montre, en réalité, que des faits qui s'accompagnent ou se suivent, et nulle part nous ne saisissons en elle des tendances eu train de se manifester. Il faut, pour lui appliquer ce mode d'interprétation intentionnelle, l'animer, la passionner, la personnifier. A défaut de toute explication par les causes, celle qui se tire des tins peut se présenter, et souvent même d'une façon efficace, puisqu'elle peut nous mettre sur la voie de l'explication légitime, mais il ne faut pas oublier qu'en cédant au besoin tinaliste de notre pensée, nous concevons la
(1) Du grec télos, fin.
nalurc sous une foiiue (jui est propre à l'Iioniine et qu'on appelle à cause de cela anthropomorphisme (1).
12. Conclusion. — En résumé, tous les points de vue que nous avons pris sur les phénomènes qui constituent la réalité nous ont amenés à cette conclusion : il y a un monde mental dont la forme suprême est le monde moral. En face de la nature sensible, mesurable, étendue, se place la conscience, inétendue, morale, siège de la liberté et théâtre du développement de la forme la plus parfaite de l'être, la personne.
Ces idées de liberté et de personnalité soulèvent à leur tour tant de questions qu'il est indispensable d'y revenir pour en préciser le sens et la portée.
Qu'il y a des phénomènes d'ordre moral; le matérialisme les nie en les réduisant à ceux de la matière ; le spiritualisme les rétablit.
« Ramener une chose, pour en rendre raison, à une chose d'un ordre moins élevé, c'est l'expliquer par sa matière : donc le matériaUsme est l'explication du supérieur par rinférieur. » (Ravaisson. La philosophie en France au\i\^ siècle^ p. 78.) Dans cette théorie, parmi les attributs plus ou moins élevés de ce qu'on veut regarder comme la matière, ce sont encordes inférieurs qui sont appelés à expliquer les supérieurs. Il arrive de là que ceux des matérialistes qui bornent la spéculation à l'état présent des choses (2) sont conduits à fixer l'essence de l'univers dans les phénomènes purement mécaniques, le mécanisme (en d'autres termes, les lois de figure et de mouvement) étant ce qu'il y a de conditions les plus simples à la base de tout dans la nature. Et ceux des matériahstes qui se rendent compte de l'univers par une évolution (3), vont encore plus loin, car ils donnent au tout le rien pour commencement et à chacune des choses, celle qui ne la contient pas. y^oj/r cause, en ayant soin seulement de diminuer l'importance des degrés d'une chose à l'autre afin de diminuer d'autant notre étonnement.
(1) Du grec anlhrôpos, homme, et morp'hê, forme.
(2) C'est-à-dire ceux qui ne sont pas les adhérents de l'hypothèse historique de l'Evolution. Ainsi, parmi les anciens, Démocrite ; et parmi les modernes. Ilobbes, La Mettrie, d'Holbach.
(3) Par exemple, Herbert Spencer, et Ilaeckeh