‹ Principes de philosophie morale suivis d'éclaircissements et d'extraits de lectures conformes aux programmes de l'enseignement moderne (première, sciences et lettres), de l'enseignement secondaire des jeunes filles et des écoles normales primairesChapitre 8 sur 162 · I. - I.KS l'AITS liK I.OIlimi; MnliM i · texte numérisé non relu

I. - I.KS l'AITS liK I.OIlimi; MnliM i

Il est lrt'»s logi(iii(' »'ii cUcI i|iir rc\jtli(Mli(iii (lu siiprricui' j).ir l'inWriciir aboulisstî à l'oxplicalion de (|iu'I(1im^ (•Ii()S(^ par rien (jnand un doscond jusf(u'(Mi bas récludlc des conditions des choses.

Le nialérialisnie esl. nne docli'itie anssi ancieinie (pie l.i plnlosopliic ( 1 ); il n'en est pas do ln(^n^e du spii'ilualisine (|ni est un produit de pensée i'at'lln(''e et artilicielle. Si le spirilualisnie n'était (pTune rni'-tlKMlc opposée aux systèmes ipii prét(Midenl e\pli(piei' le snp(''riein' par l'inférieur ri /'l'ii ih'iluirc ; une revendir.ilidn rationnelle du di'uil (rrnvisa/^er, dans le monde, des causes de nature intellective et des lins, d<'s <l(rslinéeK pour les êtres personnels ; uiu' analyse des notions ou idées (ju'on ne peut ramener au\ principes appelés nial('iiels (on plul(H, que ces principes mêmes suppos(Mil) le spii'itualisnu^ ne. serait pas une hypothèse et un dogme, mais bien un(î philosophie critifjue, et, selon nous, la vraie philosophie. Le pythagorisme, le platonisme et l'aristotelisme ont été en grande partie cela parmi les doctrines grecc(ues.

Critique philosophique^ vol. VIII, pp. 34, Gîi.

Nous ne connaissons directement les faits psychologiques qu'en nous, et c'est par un raisonnement analogique que nous les supposons en autrui.

Les groupes de phénomènes dont se forment les individus sont d'apparence sensible, et en cela évidents. Mais l'individualité que nous concevons spontanément ne s'arrête pas là. Par exemple, de la similitude d'un grand nombre de faits que nous voyons réunis chez les animaux, avec ceux qui se rattachent à notre être propre, nous concluons qu'ils sentent aussi. Notre conviction se fonde sur une puissante analogie^ sur une induction naturelle, presque invincible, et que pourtant une illustre école a eu le triste courage de repousser résolument (2).

Quand nous croyons que les autres hommes sont hommes comme nous, c'est à une induction plus forte encore que nous cédons, mais enfin à une induction. Nous ne savons pas par évidence que nos semblables pensent, car il faudrait pour cela que leurs pensées appartinssent à notre conscience. Dans la supposition qu'ils pensent en effet, nous obtenons à l'aide des signes une certaine communication avec eux, et par suite un tel nombre de vérifications constantes de notre hypothèse Qoinies l\V argument analogique des actes et des constitutions apparentes, visibles) (3) que le doute n'est jamais tenable pour nous. Il n'en

(1) Voyez en effet l'ouvrage de Lange, traduit en français par Pommerol, Histoire du matérialisme et critique de son importance à notre époque^ 2 vol., Reinwald, 1879.

(2) Descaries et son école considéraient les animaux comme de simples machines. V. Discours de la méthode, Ed. Brochard, p. 69 et 129. Alcan.

(3) C'est-à-dire, ce que nous voyons de la constitution des animaux ne peut s'expliquer que par analogie avec la nôtre, par des états d ame traduits comme les nôtres, au moyen de mouvements qui en sont les signes.

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faut pas tant pour croire fcrmcmenl : rinduction naissante est aussi forte, en effet, que l'induction mille fois vérifiée ; mais, à l'état le plus élémentaire, elle est moins évidence qu'instinct : Incipe, parve puer (\).

Re.nolvieh. Essais de cn'tif/ue fjcnèralc ; W Essai, Psychologie,

t. II. 1). i>ir». ^2° éd.. i«7;;.

Parallélisme des faits psychiques et moraux.

On peut admettre le parallélisme entre les deux ordres de faits cérébraux et psychiques, sans en conclure autre chose que la parfaite unité de l'être humain, quelle que soit la diversité de ses organes et de ses fonctions, u Je crois, dit l'éloquent professeur anglais Tyndall, défendant contre le reproche de matérialisme les phyîsiologistes qui cherchent les correspondances entre les phénomènes intellectuels et les opérations du cerveau, je crois que tous les grands penseurs qui ont étudié ce sujet sont prêts à admettre Ihypothèse suivante : que tout acte de conscience, que ce soit dans le domaine des sens, de la pensée ou de l'émotion, correspond à un certain état moléculaire défini du cerveau, que ce rapport du physique à la conscience existe invariablement, de telle sorte qu'étant donné l'état du cerveau, on pourrait en déduire la pensée ou le sentiment correspondant (^), ou qu'étant donné la pensée ou le sentiment, on pourrait en déduire l'état du cerveau ; mais je ne crois pas que l'esprit humain, restant constitué tel qu'il est aujourd'hui, puisse aller au delà. Je ne crois pas que le matérialisme ait le droit de dire que le groupement de ces molécules et leurs mouvements expliquent tout. > Nous croyons que la sagesse scientifique ne peut tenir un autre langage. La physiologie constate seulement des rapports entre les phénomènes organiques et les phénomènes psychiques (3j ; mais elle se trompe quand elle les confond : des coïncidences ne sont pas des identités. Elle se trompe également quand elle tranche la grande et délicate question de savoir si le cerveau est le sujet ou simplement l'organe de la vie psychique : des conditions ne sont pas des causes

Vacherot. La Science et la Conscience, chap. i, p. 29 et 30. Paris, Germer-Baillière.

(1) Incipe, parve puer, risu copnoscere matrem ; Virgile, Eglogues, IV, vers 60. Le poète s'adresse à un nouveau-né et lui dit : « Commence, petit enfant, à reconnaître ta mère à son sourire. » Les mouvements de physionomie de la mère sont des signes d'après lesquels l'enfant infère spontanément les sentiments maternels.

(2) Cela ne serait possible que si le physiologiste était en même temps un parfait psychologue.

(3) La physiologie est essentiellement impuissante à faire des constatations de ce genre. Elles n'appartiennent qu'à la psychologie comparée.

i,i;s l'AiTs m; i/niiimi. mokai. 17

Toutes nos coiit-cplioiis de ri'xisli'iict' soiil, imc rorinc f|iicl<;(jii'|iic de la pensée.

Ne (îi'oyc/ pas nu instant (lu'il s'agisse ici do purs paradoxes ou de siil)lilit("^s. Poui' peu que vous rônôcliissicz aux faits los plus coniniuns, vous n'conuaili't'/ ^[uc vv sont des vôritrs ii ivlraf^alilcs. Ainsi, par exemple, je prends uiu^ bille. v\ je icconnais (jue c'est un j)ctit corj)S rouf;o, roiul, dur, unitino. (',c\[c. conlour i'on,i;(', ccdte l'orniç rondo (.'ollo rrsislanco, ciMlc. unilô, nous appelons tout (uda des cpiaiités de l;i bille, et dire ipie ees cpiaiités sont des modes de notre propre conseienee, dont nous ne pouvons nu^'uie ])as concevoir l'existence dans la bille, semble de priuu». abord le comble de l'absurdité.

Mais considérez la couleur rouge. Comment se produit cette sensation du rouiie? Les ondes d'une certaine matière des })lus ténues, dont les particules vibrent avec une rapidité extrême, bien que cette rapidité soit loin d'être la môme pour chacune d'elles, rencontrent la bille, et celles de ces ondes qui vibrent à un certain taux se réfléchissent sur sa surface, dans tous les sens. L'appareil optique de l'œil rassemble un certain nombre de ces ondes, et les dirige de telle sorte, qu'elles frappent la surface de la rétine, membrane des plus délicates se rattachant à la terminaison des fibres du nerf optique. Les impulsions de cette matière si ténue, l'éther, affectent cet appareil et les fibres du nerf optique d'une certaine façon ; le changement qui s'effectue dans les fibres du nerf optique produit d'autres changements dans le cerveau, et ces changements déterminent, d'une façon qui nous est inconnue, la sensation ou la conscience de la couleur rouge. Si la rapidité de vibration de l'éther, ou si la nature de la rétine pouvaient être changées, la bille restant la même, elle ne nous paraîtrait plus rouge, elle aurait pour nous une autre couleur. Il y a bien des gens affectés d'un certain état de la vision appelé daltonisme (1), et qui consiste dans l'incapacité de reconnaître une couleur d'une autre. Un daltonique pourrait dire que cette bille est verte, et il aurait raison, comme nous avons raison en disant qu'elle est rouge. Mais comme la bille ne peut être par elle-même à la fois verte et rouge, ceci montre que la qualité du rouge réside en notre conscience et non dans la bille.

De même, il est facile de voir que la rondeur et la solidité sont des formes de notre conscience appartenant à ces groupes que nous appelons les sensations de la vue et du toucher. Si la surface de la cornée était cylindrique, nous aurions d'un corps rond une notion bien différente de celle que nous en avons, et si la force de nos organes, celle de nos muscles devenait cent fois plus grande, notre bille nous semblerait molle comme une boulette de mîe de pain.

( lad

1) Dalton, physicien et chimisLe anglais (1766-1844), affecté de cette maie de la vision, la signala le premier.

j. THOMAS. — 6" année. 2

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Il peut sembler étrange de dire que même l'unité de la bille se rapporte à nous; mais des expériences fort simples prouvent qu'il en est réellement ainsi, et que les deux sens sur lesquels nous pouvons compter le plus peuvent se contredire l'un l'autre sur ce point même. Prenez la bille dans les doigts, regardez-la comme à l'ordinaire; la vue et le loucher s'accordent, elle est unique. Louchez maintenant, la vue vous dira qu'il y a deux billes, tandis que le toucher affirme qu'il n'y en a qu'une. Puis, rendez aux yeux leur position normale, et prenez la bille entre la pulpe des doigts index et médius après les avoir croisés l'un sur l'autre, le loucher vous dira alors qu'il y a deux billes, et la vue, qu'il n'y en a qu'une, et cependant le toucher réclame notre confiance, quand nous nous adressons à lui. tout aussi absolument que la vue.

Ainsi, quoique puisse être notre bille par elle-même, je ne puis la connaître que sous la forme d'un faisceau de pensées conscientes qui me sont propres.

Après avoir commencé par déclarer que le doute est un devoir. Descartes trouva la certitude dans la conscience seule; le résultat nécessaire de sa manière de voir est le système qui mérite le nom d'idéalisme, c'est-à-dire la doctrine qui professe que quoi que puisse être l'univers, tout ce que nous en pouvons savoir se réduit au tableau que nous en retrace la conscience (1). Ce tableau peut être ressemblant à la chose, bien que nous ne puissions pas nous expliquer comment cette ressemblance est possible.

Pour tous les besoins pratiques de l'existence humaine, il suffit que les résultats vérifient la confiance que nous inspire ce tableau de la pensée consciente, et que par ce moyen nous soyons mis à même de marcher avec assurance en cette vie.

Ainsi la méthode, ou la voie qui mène à la vérité, indiquée par Descartes, nous mène tout droit à l'idéalisme critique de son grand successeur Kant. C'est cet idéalisme qui déclare que le fait ultime de toute connaissance est un état de la conscience, ou en d'autres termes un phénomène mental ; affirmant par conséquent que la plus haute certitude, et même la seule certitude absolue, est celle de l'existence de l'esprit pensant.

Huxley. Les Sciences naturelles et les problèmes qu'elles font surgir, ch. XIV. — Sur le Discours de la Méthode, p. 459 et suivantes. Traduct. française, 1887. J.-B. BaiUière.

L'application de la quantité à Tordre moral est illégitime.

Le mot grandeur, lorsqu'on l'applique aux qualités de l'ordre de perfection, n'a d'aucune manière, pas même d'une manière confuse et obscure, le sens quantitatif qu'il prend lorsqu'on parle d'une vraie

(i) Voy. p. 4, § b.

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