X. — LA MnU.\l,K IMI UKVOIU (LKS STOKJIKNS
inoiuhv Mais los mœurs sont, de ce iikhkIc, cl la morale, (vsl la rè^lf» des iiuiiurs.
11 osl un poiiil (jui mai-(|ii(; rcxa^^iM-alioii du iTconccmcnl stoiqu(! : Uî 8ago d'I'Jpiclèle «n'aura ni l'oi-Unui, ni famille, j)art;o que ces attaclins individuelles l'ai-n^'lAU-aicud, dans raircomplissemeiil de ses devoirs envers riiumanilé tout entières ». ('.'«'sl rid«''al du prèln; (du'étien. Kncore fautil dire (jue le saeiu'doce peul elre une fonction s|)('3cial(», tandis (juo tout honnn(^ doit lendre à la safi:ess(^ à moins qu'on ne fasse de la sagesse une arisloeralii^ dans lacjuelle on n'entrera (ju'fui s(r dépouillant d'une l)arlie des ath'ihuls humains pour le plus grand hien de; l'humanité. Se pi-iver des jouissances de la famille, ce peut être une abnégation héroïque, mais s'alVnuichir des charges (|ui les accompagnent, cela simplilie aussi la tâche du sagt\ Combien Socrate n'était il pas plus grand, lui qui s'instruisait à la patience à l'école de Xantippe, et qui formail ses (Mifaiils à la V(M"Iu (mi ménu^ temï)s qu'il enseignait la jeunesse d'Alhenes !
On ne pttut nier que le stoïcisuK^ n'aboutisse à une tension surhumaine, comme le christianisme à mie exaltation mystique. Tandis que le chrétien vil dans un tremblement perpétuel à la pensée des châtiments à venir, le stoïcien ne redoute rien après la mort : là est leur différence, Le stoïcien fait le bien pour sa dignité : il s'inspire donc de son intérêt, mais quel intérêt plus élevé que celui-là ? et, de cette hauteur, quel devoir ne paraîtra pas un intérêt ? Quelles que soient les croyances sur la durée de la personne humaine, la morale est là tout entière; aller plus loin, c'est entrer dans le domaine de la métaphysique.
Les ressemblances entre le stoïcisme et le christianisme, avouées par saint Jérôme, sont le résultat naturel du développement de la morale en Occident comme en Orient, pour ce que ces deux doctrines contiennent de salutaire, et de l'état même des sociétés vieillies fondues dans l'empire romain, pour ce qu'elles ont d'exagéré. Dans un temps de despotisme insensé et de jouissances grossières, les âmes que la corruption n'avait pas dégradées, soit à cause de leur culture ou de leur simplicité même, durent se raidir ou s'exalter outre mesure pour résister au torrent. Le monde ne valait plus guère qu'on s'y intéressât : les simples aspirèrent au banquet céleste auquel le Christ les conviait, les doctes se renfermèrent dans ce retranchement inexpugnable de la volonté d'où Zenon avait pu nier la douleur. Les chrétiens provoquent le martyre, les Stoïciens se réfugient dans le suicide.
FÉLIX Henneguy. Année philosophique^ 1867, p. 13(3.
La morale stoïcienne jugée par le chrétien Pa&cal.
Epictète est un des philosophes du monde qui ait le mieux connu les devoirs de l'homme. Il veut, avant toutes choses, qu'il regarde Dieu comme son principal objet ; qu'il soit persuadé qu'il gouverne tout avec justice ; qu'il se soumette à lui de bon cœur, et qu'il le suive
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voloritcnre?nnfit (i) en toul,coinine nefaisant rien (}u'avec une trés/^Tande sagesse : qu'ainsi celle disjjosilion arrêtera toutes les plaintes et tous les murmures, et préparera son esprit à souffrir paisiblement les événements les plus fâcheux (12). Ne dites jamais dit-il (Manuel, §11) : « J'ai perdu cela » ; dites plutôt : « Je Tai rendu. » « Mon lils est mort; je Tai rendu. Ma femme est morte ; je l'ai rendue. » Ainsi des biens et de tout le reste. — Mais celui qui me l'ôlc est un méchant homme, ditesvous ? — De quoi vous mettez-vous en peine, par qui celui qui vous l'a prêté vous le redemande ? Pendant qu'il vous en permet l'usage, ayezen soin comme d'un bien qui appartient à autrui, comme un homme qui fait voyage se regarde dans une hôtellerie. Vous ne devez pas, dit-il, désirer que ces choses qui se font se fassent comme vous le voulez ; mais vous devez vouloir qu'elles se fassent comme elles se font. Souvenez-vous, dit-il ailleurs, que vous êtes ici comme un acteur, et que vous jouez le personnage d'une comédie, tel qu'il plaît au maître de vous le donner. S'il vous le donne court, jouez-le court ; s'il vous le donne long, jouez-le long. S'il veut que vous contrefassiez le gueux, vous le devez faire avec toute la naïveté qui vous sera possible ; ainsi du reste. C'est votre fait de bien jouer le personnage qui vous est donné ; mais de le choisir, c'est le fait d'un autre. Ayez tous les jours devant les yeux la mort et les maux qui semblent les plus insupportables ; et jamais vous ne penserez rien de bas, et ne désirerez rien avec excès... Après avoir si bien compris ce qu'on doit, voici comment il se perd dans la présomption de ce que l'on peut. Il dit que Dieu a donné à tout homme les moyens de s'acquitter de toutes ses obligations ; que ces moyens sont toujours en notre puissance ; qu'il faut chercher la félicité par les choses qui sont en notre pouvoir, puisque Dieu nous les a données à cette fin : il faut voir ce qu'il y a en nous de libre ; que les biens, la vie, l'estime ne sont pas en notre puissance, et ne mènent donc pas à Dieu ; mais que l'esprit ne peut être forcé de croire ce qu'il sait être faux, ni la volonté d'aimer ce qu'elle sait qui la rend malheureuse : que ces deux puissances sont donc libres, et que c'est par elles que nous pouvons nous rendre parfaits ; que l'homme peut par ces puissances parfaitement connaître Dieu, l'aimer, lui obéir, lui plaire, se guérir de tous ses vices, acquérir toutes les vertus, se rendre saint, et ainsi compagnon de Dieu.
Ces principes d'une superbe diabolique le conduisent à d'autres erreurs, comme : que l'âme est une portion de la substance divine ; que la douleur et la mort ne sont pas des maux ; qu'on peut se tuer quand on est tellement persécuté qu'on peut croire que Dieu appelle, et d'autres encore.
Pascal. Entretien avec M. deSaci. p. 8(3. Edit. des Opuscules, par Robert, Alcan, 188(5.
(1) C'est exactement la traduction de la formule stoïcienne : » SequereDeum, suis Dieu. »
(2) Remarquer, dans cette phrase l'ordre des idées : d'abord le principe métaphysique, ou la providence; puis le devoir ou la soumission; enfin, la sanction ou la tranquillité de l'àme. Du reste Pascal voit un peu Epictèle à travers le christianisme, car les préceptes de morale religieuse ont quelque chose d'équivoque dans le panthéisme stoïcien.
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