‹ Principes de philosophie morale suivis d'éclaircissements et d'extraits de lectures conformes aux programmes de l'enseignement moderne (première, sciences et lettres), de l'enseignement secondaire des jeunes filles et des écoles normales primairesChapitre 75 sur 162 · XI. MnlUli; hK l/IMUVIIir · texte numérisé non relu

XI. MnlUli; hK l/IMUVIIir

4. Le bien de l'être raisonnable : loa trois vertus individuelles. Il y .1 iiii second iiilciM'l cl un second bien : rinicrcM, do sa raison cl le hien de l'iMi'c rais(Minal>le. Il vondia développcM* los l'acullés de sa nalnrc alors inc'^nic (|n"il pourrai! les perdre sans porler |n-ejudice à au! rui. Ainsi l'a^cid raisonnable isoh' Irou vera bon (ItMic inlelli^cnl, pcrs|)i('ace, cl, par cida d'Aires toujours (Ml possession de soi int'^nu', c'esl àdire d'évitcir lasoi'viludc dos j)assi()ns cl (UHa couluuH'. (lellc^ possession do soi, ('(dlc; direction de toutes nos facullcs, c(»tt(^ lutte contre les attraits que la raison ne peul accepter, c'est la verlude la volonté ou de la foi-ce ou encore le courmn'. De plus, l'aj^ent moral, fut-il seul dans la nature, se sentirait cej)endant encore amené à la connaître afin d'en tirer l'utilité (^td'en prévenir lesdanj^ers. Il s'élèvera mémo an désir de connaître les objets supérieurs et désintéressés, comme l'art, la science; il se connaîtra lui-môme dans l'exercice de son esprit, il arrivera à sonder le mystère de sa passion, à chercher ce qn'est ce pouvoir de la volonté qui dirige son être. Autrement dit, il se procurera à lui seul la vertu de l'intelligence qu'on nomme sar/rsfip ou 'pnulpncp, ou ficience. Cette dernière vertu est imi)liquée également dans la donnée de Tagent raisonnable isolé. Enfin, le soin donné à l'établissement d'un équilibre dans la poursuite de toutes nos fins, la règle imposée à nos tendances de telle façon que les biens qui nous viennent de nos passions soient poursuivis sans porter préjudice à ceux qui nous viennent de la raison, en un mot, la déterminaison des satisfactions permises ou imposées à l'agent moral, c'est la vertu relative à la sensibilité et qu'on appelle la tempérance.

Ces trois vertus sont inséparables et ensemble sont identiques à la vertu (raison pratique ou raison morale ou encore raison active pour la distinguer de la raison théorique ou spéculative) ; de telle sorte que la vertu, c'est l'une ou l'autre de ces vertus envisagées dans l'individu. Par exemple, c'est la sagesse lorsqu'elle est envisagée dans l'intelligence, c'est la tempérance lorsqu'elle est envisagée dans la passion, et le courage dans la volonté.

Telle est la nature du devoir individuel. Cherchons maintenant sous quelle forme il se présente à l'agent.

5. Le bien de l'être devient, quand il est représenté à la raison, un devoir être, sans droit corrélatif. — La différence entre la morale individuelle et la morale sociale, c'est que

dans cette dernière, à tout devoir en une personne correspond un droit on uno nntro personne: tandis que dans la morale individuelle le devoir envers soi n'est pas lié à un droit contre soi. Le devoir n'y est pas une drllP supposant une crénncp corrélative. L'idée s'en manifeste à l'agent moral sous la forme d'un idéal de lui-même. Douéd'intellijçence et de réflexion, il se connaît, aperçoit en lui des imperfections, conçoit un état meilleur de lui-même, un }}ien rire ou meilleur être dans le sens le plus général, comme un état final dans lequel tous les éléments de la personnalité se trouveraient développés selon la loi de la plus grande harmonie possible. Dès que cet idéal est présent à la pensée, il ne reste pas une simple conception intellectuelle, une simple imagination à laquelle l'agent pourrait rester indifférent; il devient un objet de désir, un but pour nos tendances, un terme pour nos efforts. Ainsi le cœur désire cet idéal, l'intelligence le représente comme possible, la raison le déclare obligatoire pour la volonté. Tous les éléments de notre personnalité actuelle concourent donc à la conception de ce meilleur être q'ui, la raison intervenant, devient un devoir être.

6. Ce devoir a une matière : la réalisation de la personne idéale. — La personne morale réelle, bonne ou mauvaise, se trouve mise en présence d'elle-même comme personne idéale et liée par un rapport d'obligation vis-à-vis de cette personne en qui se manifesterait la complète dignité morale, objet du respect. Nous dédoublons ainsi notre personnalité en deux parties, Tune est la personne telle que la présente l'expérience, et l'autre la personne que nous devons être: la première est comme un ensemble de matériaux qu'il s'agit de transformer pour réaliser la seconde. L'œuvre de la liberté est alors un devoir faire, tendant à réaliser ce devoir être dont l'existence dépend de nous. La matière en est la pratique de nos trois vertus personnelles et la réalisation d'une personne aussi parfaite que possible. Ainsi donc, dans le devoir personnel il y a une obligation de quelqu'un envers quelqu'un, il y a nue sorte de dualité comme dans toute obligation possible, mais il n'y a qu'un devoir sans réciprocité. La personne idéale n'a pas de droit à revendiquer visà-vis de la personne réelle, puisque cette personne idéale, c'est nous-mêmes ; on ne revendique pas de droits contre soi-même (1).

(1) Kt on ne commet pas, volontairement, d'injustice contre soi-même : « Volenti non fit injuria. »

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Nous tondons, cl nous soinincs Icinis (Je LimuIic, piir noirci niilure {l'(M,n^ raisonn.ihic, ;'i nous idiuililicr avec, l'idéal couru, c^t l'acluivcîuiont. ivllrclii de cclh' îcndanciî est, roMivic, d(Miolr(5 lihcil)!.

7. L'obligation individucllo est réelle, mais non bilatérale.

— L(3 devoii'cnvci's soi csl donc ii'irdiK'lihlc à loni anli(; diîvoir, on ce sons (|u'il no conipoilo pas (!<'. c(Milral, hilalôral (!n;^^i'<(;anl. doux ])orsonnos ivollos, ol conslilnaiil (Mitnî (dios un droit, uno dotlo, comuK^ oidro un dôhitouiMd. un crôancior : l'idôc^ de devoir iic s'introduit dans la conscionci; niorah^ (fu'à la suite d'uiu^ oxpi'M'ionci^ (i<; la vio- sociale, (^e u'ost pas une idô(( primitive à l'individu. QuoN|n(*,fois, par exoin|)l(;, nous (;n'^a;.ç(M)ns (;n nous la i)ersonue morale actuelle envers la personne morale à venir. C'est une sorte de serment, de promesse faite à soi-même. Sommes-nous eu présence d'un droit à respecter danscc cas-là? Non, car la personne à venir, lors([u'olle sera réalisée, peut être plus éclairée que la personne actuelle et rejeter ses anciennes maximes. N'étant ])as liée comme par un contrat vis-à-vis d'autrui, sa volonté seule est en question : tandis que dans les contrats véritables il n'y a plus maintien intégal de la liberté parce qu'il y a engagement bilatéral. Ici, elle reste entière. « Je mettais, dit Descartes, entre les excès, toutes les promesses par lesquelles on retranche quoique chose de sa liberté ; non que je désapprouvasse les lois qui, pour remédier à l'inconstance des esprits faibles, permettont, lorsqu'on a quelque bon dessein, ou môme, pour la sûreté du commerce, quehiue dessein qui n'est qu'indifférent, qu'on fasse des vœux ou des contrats qui obligent à y persévérer ; mais à cause que je ne voyais au monde aucune chose qui demeurât toujours en même état, et que, pour mon particulier, je me promettais de perfectionner de plus en plus mes jugements et non point de les rendre pires, j'eusse pensé commettre une grande faute contre le bon sens si, pour ce que j'approuvais alors quelque chose, je me fusse obligé de la prendre pour bonne encore' après, lorsqu'elle aurait peut-être cessé de l'être, ou que j'aurais cessé de l'estimer telle (1). » Ainsi quand nous ne sommes liés que vis-à-vis de nous-mêmes, notre devoir de constance subsiste seulement tant que nous le jugeons t3l, et aucun droit ne se pose devant nous. La personne doit peser les inconvénients et avantages qui résulteront de son

(1) Disc, de la méthode^ IIP partie, p. 41. Ed. Brochard.

acte; mais aucun droit ne s'élève contre elle pour réclamer le maintien de la parole donnée, et il n'y a toujours et partout pour riiidividu isolé que le devoir. Celui-ci est donc bien une obligation, non pas comme les obligations sociales qui sont contractuelles, mais c'est un jugement qui se formule dans le for intérieur, dans la sphère élémentaire delà personne et par lequel nous déclarons que l'idéal désiré doit être réalisé.

8. Analogie entre le jugement d'obligation individuelle et le jugement de liberté. — Mais il y a deux idées différentes réunies dans cette affirmation, qui pour cela est synthétique (i). Ainsi d'une part nous déclarons d'une manière générale que l'idéal conçu est bon, vaut mieux que le réel, et, d'autre part, nous déclarons en faisant un retour particulier sur nous-mêmes que nous devons le faire passer dans la pratique. Ce jugement d'obligatii n est donc la synthèse du bien et de la volonté raisonnable dans la loi. De plus, ce jugement ressemble à celui par lequel nous avons affirmé notre liberté et qui fait également la synthèse de deux idées : 1" celle du possible indéterminé, et 2'' celle d'une volonté déterminante réunies toutes les deux dans l'idée de cause. Il y a encore une autre ressemblance entre le jugement de liberté et celui d'obligation, c'est que dans les deux cas la conscience affirme sans pouvoir démontrer, sans pouvoir donner à son jugement une certitude qui s'imposerait à elle avec une forme différente de la croyance personnelle. C'est encore là une demande, un postulat nécessaire à la morale, mais qui montre qu'ici nous sommes en dehors de la science, comme lorsque nous avons afïirmé la liberté. Les données premières de toute science, comme ses principes directeurs, sont en dehors d'elle. Ainsi le nombre, la force, l'étendue sont, en tant que notions, soumises à la critique, en dehors de l'arithmétique, de

(1) Une notion est synthétique quand elle est composée d'autres notions plus simples. Ainsi la notion d'agent moral comprend celles d'être sensible, d^èire pensant, passionné, volo?itai?^e. Une telle notion, malgré sa complexit»', est donnée tout d'abord à la représentation dès qu'elle se saisit d'une façon nette; elle n'est pas formée à la longue par addition de concepts que les hasards de l'expérience réunissent, mais (|ui auraient pu n'être pas réunis si l'expérience eût été autre. Aucun des quatre éléments indiqués plus haut n'est concevable sans les trois autres (v. ch. m, Discussion du déterminisme psychologique) ; ils sont donc liés a priori pour la raison qui les analyse. La morale qui part de cette synthèse peut donc se construire déductivement comme une géométrie. C'est là un grand avantage pour une construction (|ui aspire à être scientifirjue; et c'est là ce qui nous autorise à donner àcet ouvrage élémentaire le titre de Principes de philosophie morale.

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la (lyiianiiiiuc, iW la j^roiiiclrir ; rc (|iii irriii|M\',li(5 pas U\ savant d'en pcnirsiiivrc l'analyse sans se préocenpei* de savoir s'il a le droit iW \vs posri- an déhnl de ses reelnMelies. Ainsi nonsd(*inandons senlenicnt (pi'on n(Mis accorda la noli(ni d'a^^Mit moral, nous en tirerons la morales; e'(;st nn(^ pétition de principe, nous nous en rendons parfaitement eompte, mais nons elierelions en vain une- science (|ni ne comnHMic(^ |)as |)ar de telhîs pétitions ou (li'ni(i)i(l('x, on ne les aborde pas dans son cours.

9. Formule du devoir individuel. — II y a donc véritable obligation dans la nature rai*;ounable de l'aj^ent solitaire, et c'est dans ce sens qu'il faut comprendrez le précepte stoïcien : « Conforme-toi à la nature. » Cela voulait dire : « Doniu; à ta conduite pour réjjjle les lois (bz l'univers; fais (|U(i l'ordre universel du nu)ude trouve en toi un auxiliaire. » Mais nous avons dit combien ce précepte comportait d'équivoque et d'impossibilité, car il faudrait connaître profondément les lois cosmiques avant d'accomplir un acte vertueux. Clirysippe, modifiant la formule, disait : « Conforme-toi à la raison », supposant par là que la raison qui gouverne le monde est la même qui gouverne l'individu. Ce second précepte suppose résolu un problème métaphysique, celui de savoir s'il y a identité entre la raison du macrocosme (le grand cosmos, le monde externe) et celle que nous trouvons par notre expérience dans le microcosme (l'homme). Il est donc plus simple de réunir ce qu'il y a de vrai dans ces deux préceptes et de les faire passer au sens subjectif en leur retirant le sens de conformisme à un objet extérieur, en disant comme formule du devoir personnel : Conforme-toi à ta raison ou à ta nature (1).

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