Négation des devoirs individuels comme spéciaux
Dans ce second cas, on fonde rordie donné à liiomme sur 1 : révélation d'une volonté supérieure à L'uiuelle il doit se soumettre en raison de son caractère divin, (x'tte méthode reste en dehors de la science. Nous avons dit que la dignité de la consigne réside en ce qu'elle comporte une discussion au moins possible, et nous n'en avons pas ici le moyen. Mais une certaine école va jusqu'à nier Texistence des devoirs de l'homme envers lui-même. L'abbé iJautain (1) blâme les ouvrages religieux qui, « reconnaissant des devoirs de l'homme envers lui-môme, admettent avec le principe chrétien de l'abnégation du moi et de la dépendance entière de la créature, le principe païen de l'autonomie de la volonté et de son indépendance ». Cette opinion, ajoute-t-il, opposée à l'esprit de l'Evangile, est encore contraire au bon sens : 1'' parce que le devoir envers soi ne peut être une dette ; S"" parce que la loi perd son autorité si j'en suis le sujet et le législateur ; 3^ parce que l'homme, selon saint Paul, n'ayant rien de lui « pas même une bonne pensée », mais tenant tout du Créateur, ne se doit rien à lui-même.
12. Réfutation : Caractères spéciaux des devoirs individuels. — A la première raison je réponds qu'en eflet l'obligation personnelle n'est pas une dette; mais il résulte de ce qui précède que la dette ne caractérise qu'une espèce de devoirs, ceux de la société; et qu'il y a des devoirs non correspondants à des droits, par exemple les devoirs de bonté envers les animaux, envers la beauté de la nature, même envers l'homme dans le cas de l'assistance, puisqu'en tous ces cas il n'y a personne qui puisse me réclamer l'acquittement d'uue dette, et je mets au rang de devoirs non fondés sur un contrat bilatéral, les devoirs envers moi et même les devoirs envers Dieu. Sur le second point, je dis que en comprenant bien l'autonomie, la loi ne perd aucune autorité si ce n'est pas mon caprice qui la pose, mais la raison
{\) Manuel de philosophie morale. Hachette, 1866, p. 225.