‹ Principes de philosophie morale suivis d'éclaircissements et d'extraits de lectures conformes aux programmes de l'enseignement moderne (première, sciences et lettres), de l'enseignement secondaire des jeunes filles et des écoles normales primairesChapitre 9 sur 162 · I. I,I,.S lAir.s m. I/()ll|)llK .M(»H\I · texte numérisé non relu

I. I,I,.S lAir.s m. I/()ll|)llK .M(»H\I

colI(*cli(Hi (r()l)j('ls (listiiicls. in.ilrriclsoii iulclloclucls, on hion du voliimo Ot du })oiils d'un corps, el, on ^•(''iK'-ral, de, la t'orc(; iiu'caniqun, du mouvcmcnl, de la durtSo ot de riHcnduo. On prul d'ailleurs s'expliquer le rapproclieiiMMil iprélablil le double usa;<e de ce mol par la clarté des idées nialhéuiali(|ues, par Icmji- importance dominantt; dans notre constitution mentale. On ne penser rien (pitî sous la condition (d, j)our ainsi dire, au travers de ces lois inicdiecluelles du nomhn^ du temps et de l'espace qui sont à la base de notre esprit. Klh^s nous servent à symboliser les pbéiiomènes (pi'elle ne ré^nssent pas. Par bîs ii;.,'urcs (pi'ellea introduisent dans le lan^^i^a^ et qui viennent de notre tendance naturelle à lier toutes nos pensées et à h^s réduire en un seul et même système, elles se font un empire apparent au delà dv. celui qui leur appartient réellement. Nous sommes dupes de ces figures, parce qu'elles nous sont si f;imilières et si nécessaires que nous n'en voyons plus l'orii^ine et la vraie nature. On sait que l'eiTort constant de la pliilosopliie est de se mettre en garde contre les illusions qui viennent de cette source, contre les fantômes de race {idnla tribus) qui ont dés l'origine passé dans le langage, et que celui-ci renvoie ensuite fortifiés et grossis à l'esprit dont il les a reçus.

l'ne association de similarité une fois établie entre les deux espèces de phénomènes (d'ordre passionnel et moral d'une part et phénomènes d'ordre mécanique et matériel d'autre part,) nous tendons à substituer comme un équivalent, dans noire représentation, à l'idée des premiers celle des seconds, qui est plus claire et plus simple, qui laisse une trace plus durable dans la mémoire et dans l'imagination, qui se trouve identique en tous les esprits et qui pour chacun est d'une expérience plus ancienne et plus constante.

A la tendance spontanée qui se manifeste et s'impose dans le langage vient s'ajouter la tendance systématique de la science. Une science paraît à peine digne de ce nom, tant qu'elle n'est pas parvenue à appliquer la mesure aux phénomènes qu'elle a pris pour objets d'étude, et à trouver sous ces phénomènes, tels qu'ils sont donnés dans l'expérience, l'exactitude et la clarté souveraine des idées mathématiques. C'est ainsi qu'elle se fonde et s'achève, c'est de là que vient son autorité.

La science proprement dite ne semble pouvoir envisager le monde que comme un système mécanique et géométrique. C'est son point de vue. Elle nous conduit et nous habitue à vouloir tout y ramener, et à nous faire l'illusion que nous y avons réussi, en négligeant et tenant pour non avenue la part de réalité qui n'y rentre pas.

PiLLON. Critique philosophique, vol. XX, p.4i.

Sans une conscience quelconque, le monde externe n'existe pas.

Le savant physicien anglais Tyndall ne peut s'empêcher de sourire quand il voit, dans les livres de géologie et de paléontologie la des-

20 i»ni.Ncii'i:s 1)1-: la mokakk

cription brillante de ce (ju'élail le inondeavanl rapparilioh des animaux. On parle, dit-i, Id'unc terre couverte de forêts verdoyantes, baignée de lun:iière, puis brusquement secouée par des éruptions volcaniques, par des explosions d'un eHcl grandiose; on nous représente l'atmosphère chargée d'épaisses vapeurs, théAtre d'orages sans pareils. S'il n'y avait vraiment alors ni un œil \)cmr voir, ni une oreille pour entendre, toute celle description est vaine et imaginaire ; il n'y avait ni lumière, ni couleur, le monde n'était que ténèbres et ce fracas d'orages que silence. Quand nous en j)arlons, c'est que nous nous y transportons avec notre imagination et nos sens. Apparemment quelque chose avait lieu au dehors, nous ne le nions pas; et la science nous apprend qu'en effet, quelque chose d'extérieur fait impression sur nos sens et donne lieu aux perceptions. Mais ce qui est certain, c'est que ce quelque chose ne ressemble pas à la perception intérieure que nous en avons. Pascal s'écrie : « Le silence éternel de ces espaces m'effraye ! » (Art. XXV, p. 17. Ed. Havet.)

H. Marion. Psychologie, p. ^i8i. (A. Colin et C'''.)

VU

Nous ignorons le mécanisme des phénomènes organiques qui se passent en nous.

Nos actes volontaires se composent de deux parties : d'abord nous désirons accomplir une certaine action ; puis d'une façon dont nous ne nous rendons pas compte, nous mettons en mouvement un mécanisme qui accomplit ce que nous désirons. Mais nous avons si peu une action directe sur ce mécanisme, que neuf fois sur dix l'homme ne sait même pas qu'il existe.

Supposons qu'on veuille lever le bras et le faire tourner en rond. Rien n'est plus facile. Mais, pour la plupart, nous ne savons pas que des nerfs et des muscles interviennent pour produire ce mouvement, et le meilleur anatomiste d'entre nous se trouverait singulièrement embarrassé, si on lui demandait de diriger la succession et la force relative des nombreux changements nerveux qui sont la cause immédiate de ce mouvement Sort simple.

De même dans la parole. Combien d'hommes savent que la voix se produit dans le larynx et se modifie par la bouche 1 Parmi les personnes qui ont reçu une bonne éducation, combien d'entre elles comprennent comment se produit la voix, comment elle se modifie ? Il n'existe pas d'homme assurément qui saurait faire prononcer une phrase à un autre, en admettant qu'il eût un pouvoir illimité sur tous les nerfs qui aboutissent à la bouche et au larynx de celui-ci. Et cependant, quand on veut dire quelque chose, rien n'est plus simple; nous désirons émettre certaines paroles, nous touchons le ressort de la machine aux paroles, et les voilà émises. C'est comme quand le fontainier de Descartes voulait faire jouer telle ou telle machine hydrauUque, il n'avait

Page 1