La promesse et l'attente réciproques fondent le droit
C/est dans cette obligation que sera la base du droit, sinon il n'y aura point de droits. Le devoir envers soi est bien conservé dans cette situation respective, mais il s'y ajoute quelque chose, c'est r^i^'?î/^' morale de chacun à l'égard des actes de l'autre, c'est la promesse en un mot. Nous avons vu que la promesse de soimême à soi-même ne renferme pas un droit. Mais dans l'état social la promesse d'une personne à une autre suppose de la part de celui qui l'a reçue un droit de confiance, une créance (1) sur celui qui l'a faite^ et en même temps il y a de la part de l'auteur de la promesse un devoir d'accomplir les actes qu'elle stipule ou implique comme conformes au bien commun et auxquels l'autre contractant a le droit de s'attendre.
4. Lidentification des personnes fonde le devoir réciproque. — Mais pourquoi les agents moraux peuvent-ils compter sur leurs promesses réciproques ? C'est qu'ils sont des personnes
(1) L'étymologie est très significative ici : créance est le même mot que croyance; du verbe latin credere, croire, s'en fier à, se confier. Créance im^ plique foi (fidem), c'est-à-dire bonne foi de part et d'autre et fidélité à l'engagement pris.
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semblables, et é{^ales eulre elles; il y a ideutité eutre elles, c'est-àdire possibilité eonstaiite de substitution mutuelle. Ainsi donc, quand l'un s'oblijj;;e volontairement, il ne s'oblige pas seulement envers lui-même comme dans la promesse faite à soi, mais il a une obligation envers un autre soi, obligation dont nous ne pouvons être dégagés que par cet autre nous-même dont nous, sommes solidaires. Ainsi deux personnes se trouvent n'être plus moralement qu'une personne, mais celle-ci se pose double, c'est là ce qu'exige la raison. Nous avons déjà vu que la raison ne peut pas, seule, opérer cette œuvre d'identification de deux personnes en une, et c'est là que se place la nécessité urgente de la bienveillance et du sentiment d'amour entre les hommes.
5. Définition du Droit et du Devoir par la promesse débit et crédit). — De ces considérations résulte une définition du droit et du devoir. Nous emprunterons pour l'efïectuer les termes d'un devoir et d'un droit particuliers, de l'ordre de la propriété, mais qui peut s'appliquer à tous les devoirs et à tous les droits. L'obligation dans l'état social devient une dette (1). Nous avons désigné le devoir par ce qui est dû ; le devoir c'est donc une dette, un débit, car il s'institue une sorte de comptabilité morale entre les associés. En regard du débit est le crédit, c'est-à-dire le droit que j'ai sur quelqu'un. Ainsi donc celui qui a une dette est celui qui a un devoir ; celui qui a une créance, c'est celui quia un droit. Voilà le sens le plus rigoureux de ces mots droit et devoir. Il en résulte que celui qui a un droit peut le revendiquer sur autrui, il peut réclamer l'exécution de la promesse (2).
6. Corrélation du Devoir et du Droit; ce demi ern' existant que dans la sphère sociale, les autres sphères contiennent donc des Devoirs sans Droit. — Cette relation de crédit et de débit lorsqu'elle est reconnue et acceptée par une association d'êtres raisonnables constitue la justice et fournit une définition de cette situation morale. La justice est la corrélation du droit et du devoir. Il n'y a pas de droit en dehors de la société des agents moraux qui n'institue corrélativement un devoir; comme il n'y a pas de devoirs sociaux sans droit. Il y a équation entre ces deux termes, ils peuvent donc être substitués l'un à l'autre.
(1) Du latin debitum, dû, qui a donne lieu en français à un doublet, c'est-à-dire à deux formes du même mot, l'une, savante, débit; l'autre populaire : dette.
(2) V. plus haut, §§ 2 et 3.