EXPLORATION DU VOILE DU PALAIS
obligé qu'il doit obtenir des parties voisines, pour remplir son rôle entièrement, font qu'il est le siège de nombreuses variations, qui retentissent d'une &çon très sensible sur le langage. Il est donc du plus haut intérêt d'en étudier avec attention tous les mouvements.
Passavant a eu l'occasion de les observer chez un individu qui présentait une fente congénitale du palais donnant vue sur le haut de la paroi postérieure du pharynx. Ce savant a remarqué que, dans l'occlusion du pharynx, il se produisait sur la paroi un bourrelet transversal de 5 à 6 "" d'épaisseur et de 9 à 10"™ de largeur, qui venait se placer près du voile.
Czermak montra expérimentalement, au moyen d'un fil de fer introduit parle nez, que l'élévation du voile du palais suit une progression croissante pour les voyelles a, é, o, ou, i. Plus tard, il put vérifier ce fait sur une malade, chez laquelle une opération rendait visible la face postérieure du voile du palais, et il constata que, dans l'émission de l'i, le voile s'élevait en arrière, au-dessus du plan correspondant au plancher des fosses nasales, sous un angle d*environ lo"", que pour l'ou il touchait le pharynx à 6"*™ au-dessous, pour l'o et l'é à 6"*™ encore plus bas; que pour l'a il s'abaissait encore légèrement en arrière.
Czermak confirma ces résultats au moyen d'une expérience : il se fit verser de l'eau, à l'aide d'un petit tube, dans la partie la plus reculée des fosses nasales, tandis qu'il prononçait i, puis il émit successivement les autres voyelles. Pour i, ou, o, e, l'eau resta maintenue, mais elle commença à couler avec a : la fermeture pour cette vo)^elle était donc impuissante à contre-balancer le poids du liquide.
Passavant reprit les expériences de Czermak avec du lait et obtint le même résultat. Pour prouver l'occlusion complète, même pour a, il introduisit, par le nez, dans le pha-
rynx, un fil de fer de la force d'un gros fila coudre. Quand le voile du palais était abaissé, on pouvait aisément imprimer des mouvements latéraux à la branche qui était dans le pharynx; mais on ne le pouvait pas pendant l'émission de
Passavant poussa ses recherches plus loin encore. Voulant savoir jusqu'à quel degré l'occlusion du pharynx est nécessaire pour que les voyelles buccales conservent leur pureté, il introduisit un fil dans le pharynx, de &çon à pouvoir, avec les deux bouts, passant l'un par le nez, l'autre par la bouche, détacher du point de contact le voile du palais. Aucun trouble ne se faisait remarquer dans la prononciation pour des écartements légers; mais, dès qu'on avait dépassé un certain degré, le son nasal survenait tout à coup. Pour acquérir une notion plus précise du phénomène, l'habile expérimentateur disposa derrière le voile du palais un morceau de sonde en caoutchouc de 3^" de long. Or, des tubes de 3,14 et de 12,36 millimètres carrés de section n'amenèrent aucun trouble; mais un tube de 28,27 milUmètres carrés détermina la nasalisation de certaines consonnes, sans pourtant modifier les voyelles *.
Ces constatations concordent, au moins pour ce qui concerne les voyelles, avec les données de la phonétique historique : elles font prévoir, en effet, que la vocalisation des voyelles doit commencer par a, et, si elle continue à se développer, finir par i. C'est en effet ce qui est arrivé en
1. De Meyer, Les organes de la parole, p. 159-161, traduction de Claveau. Paris, Félix Alcan, 1883.