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I. Voir Lts modifications phonétiques du langage

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Ton croit prononcer, alors même que Ton prononce mal, Les exemples à l'appui ne sont pas rares, et chacun peut en trouver. Les habitants des environs de Dreux disent Drcèy, avec un y final qui n'échappe à personne si ce n'est à eux. Moi-même, dans le mot de mon patois que j'écris £àpé « chapeau », je n'ai jamais senti le petit y que M. Gilliéron et d'autres m'ont signalé. Plusieurs enfants qui avaient des vices de prononciation et n'avaient qu'une seule articulation pour deux sons différents, par exemple kwa pour toi et quoiy ne distinguaient pas les sons à l'oreille avant d'avoir été renseignés sur la façon de les produire correctement (Voir l'Appendice).

Il en est de même, quand on écoute : on n'analyse pas; on se contente de l'impression générale, et, si l'on a à rendre compte du son enteqdu, on y supplée en prenant dans sa mémoire les sons que l'on aurait voulu produire.

Il est facile de s'en convaincre par une expérience bien simple. Prononcez devant une personne non prévenue, et avec une rapidité convenable pour ne pas éveiller son attention, quelques mots comme ceux-ci : « Mon /ww/ Pierre », et priez-la de répéter très lentement; elle vous répondra sans hésiter : « Mon pauvre Pierre » ou « Mon pauv Pierre », suivant ses propres habitudes de langage. Je suppose ici une personne qui a conservé au moins le sentiment du v dans pauvre; il en serait autrement si le v avait été remplacé par / dans son parler. Mais si, au lieu de dire des mots connus, vous proférez des articulations vides de sens, par exemple : i< pô pôf pô », l'auditeur pourra être surpris, vous prier de recommencer, mais il répétera exactement.

Ainsi s'explique l'imperfection auditive des indigènes et la finesse d'ouïe des étrangers. Le phonéticien qui veut

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étudier sa propre langue est donc à ce point de vue dans une position défavorable. Tout à ce qu'il veut dire, il ne prend pas garde à ce qu'il dit réellement. ' Mais l'étranger lui-même n'est pas, à d'autres égards, dans une situation plus avantageuse. S'il n'a pas la tentation d'entendre des sons voulus, il a celle d'entendre des sons connus, soit ceux de sa propre langue, soit ceux des langues étrangères qu'il a étudiées, en même temps qu'il est d'une grande dureté d'ouïe pour les sons inconnus.

J'ai été a même de constater le fait dans d'excellentes conditions au séminaire roman de Greifswald. Le professeur, M. Koschwitz, se livrait avec ses étudiants à des exercices de transcription phonétique sur un parler du Midi de la France. On désira faire la comparaison avec le parler de Cellefrouin. Je m'empressai de traduire dans mon dialecte le texte proposé, la parabole de l'Enfant prodigue, et je me mis à le dicter aux auditeurs, qui étaient de diverses parties de l'Allemagne (Posen, Poméranie, Province Rhénane, Mecklenbourg, Prusse occidentale, Silésie). Le premier jour, la transcription, pour beaucoup, fut déplorable. Il y avait de tout : de l'allemand, du provençal, du français ; même des mots avaient été ajoutés'. Les habitudes antérieure's d'audition persévéraient et mettaient le trouble dans le jugement porté sur les impressions acoustiques. Le second jour, un grand progrès se fit sentir; mais il y avait encore beaucoup à reprendre. Une articulation {pp) n'avait été 'saisie par personne : elle était entendue pour la première fois; la plupart des voyelles étaient notées avec de

I . ei} pour ?, sum pour sô, plu ou plù pour pu, djœn pour jèHy d{:(t pour disît, etc.

nombreuses variantes (2 pour û, 4 pour ^, autant pour ï, 5 pour <ï); un f final avait été confondu avec éK

J'ai renouvelé la même expérience à Paris avec un Wallon, un Russe, un Arménien de Constantinople, un Prussien, un Danois, un Normand, un Champenois et un Lorrain, en prenant pour texte le conte du Petit Poucet, dont j'ai noté le début phonétiquement dans Les modifications phonétiques du langage*.

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