TRACÉS DE LA VOIX DANS LES VOYELLES
Une fois que l'on a étudié le tracé de la voix conjointement avec celui des mouvements organiques, on peut alors simplifier l'expérience et se contenter du seul tracé de la voix. Avec un peu d'habitude, on arrive à y reconnaître ce que la comparaison a d'abord enseigné. Soit par exemple la figure i66. Elle représente un a (celui de pâte) que j'ai tenu 91 centièmes de seconde. Le début et la fin de la voyelle ayant été mal rendus par la gravure, je les ai reproduits agrandis (fig. 167). Les périodes ont été coupées suivant deux systèmes : à partir du point d'origine (traits supérieurs), et à partir du point où le levier inscripteur descend au-dessous de l'axe moyen (traits inférieurs), comme il a été fait ci-dessus (fig. 158). On y lira sans peine tout ce que nous avons noté précédemment sur les trois temps de la voyelle, la durée, la forme des périodes, leurs variations. On pourra même reconnaître la partie négative de la période à sa plus grande amplitude, et la partie positive à ses ondulations moins profondément découpées (cf. fig. 158).
De même, la figure 168, qui représente un u (ou) de M. Burguet, devient claire comparée à la figure 163. Le changement qui se fait peu à peu dans les détails de la période, comparables à ceux que nous avons observés dans ^(fig. 163), correspond, à n'en pas douter, à l'accroissement de l'occlusion.
Enfin je donne (fig. 169) un a de M. Burguet, dit sur fa^ et agrandi 11 fois sous le microscope. On y remarquera aussi la même particularité que dans le tracé précédent : la période s'enrichit de détails à mesure que la voyelle tend
378 ANALYSE PHYSIOLOGiaUE DE LA PAROLE
vers sa fin, indice que la kngue se soulève. De plus, la durée, sans être aussi instable que chez moi, n'est pas non plus uniforme. La période, plus longue dans la première ligne (une au moins est facile à mesurer), prend dès la deuxième ligne une longueur qu'elle conservera sans variations bien sensibles jusqu'à la dixième : alors elle s'allonge pour revenir à sa longueur normale dans la dernière ligne.
Tous les tracés que nous avons étudiés jusqu'ici montrent clairement que, si l'on veut avoir dans l'œil l'image caractéristique d'une voyelle, c'est pendant la tenue qu'il faut la considérer.
Mais cette image, que l'on souhaiterait toujours simple et facile à reconnaître, est modifiée par bien des facteurs. Elle dépend, en effet, de la façon dont l'inscription a été prise, de la membrane enregistrante, de la hauteur et de l'intensité de la voyelle, enfin du registre de la voix.
Les deux premières causes sont à connaître pour être éliminées. Les deux autres font partie du phénomène à observer.
La période n'a pas la même figure si l'inscription a été saisie à distance ou avec les lèvres appliquées sur l'embour chure, si l'air s'est écoulé au fur et à mesure de l'émission ou s'il s'est accumulé dans l'appareil.
Quand l'inscription est faite à distance, l'amplitude estl plus faible et la période se réduit à une simple ligne où les accidents de la courbe se traduisent par des dentelures (fig. 170, 2* ligne). Si l'air s'accumule plus ou moins dans l'appareil, ce qui arrive quand les lèvres s'appuient sur les bords de l'embouchure, la période forme une courbe plus ou moins accentuée (3' et 4* lignes). Cette imperfection, conséquence de la loi de transmission des ondes sonores, peut être facilement évitée par l'expérimentateur : il n'a
qu'à laisser toujours dans la partie supérieure de l'embouchure un espace assez grand pour l'écoulement du souffle. En tout cas, il est aisé d'en tenir compte dans les résultats, et de ne pas la prendre pour la preuve d'une augmentation de l'amplitude. Même, comme toutes les données de l'expérience, elle peut être utilisée. Nous savons déjà que les ondulations les plus amples de l'ii concordent avec la partie négative de la période. Or l'amplification du son fondamental par la compression de l'air nous montre bien que les ondulations les plus amples de la deuxième ligne occupent en effet la partie négative de la période dans les lignes î et 4.
Fig. 170.
Fnignunt de la voyelle i
Membranes. — La membrane a une action considérable sur la figure de la période. Elle la modifie en raison de son élasticité, de son épaisseur, de sa dimension et de sa note propre. Une membrane peu élastique ou épaisse donne un tracé rectiligne et ondulé; une membrane élastique et mince reproduit des courbes que découpent profondément les harmoniques. L'étendue du champ vibratoire influe
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notablement sur l'amplitude du tracé. Elle doit être proportionnée à Tépaisseur ou à l'élasticité de la membrane. Une membrane d'une faible étendue et d'une grande souplesse donne des sinuosités très délicates qui n'apparaissent pas avec un intermédiaire moins élastique, soit qu'elles échappent à un appareil trop inerte, soit qu'elles se fondent dans la courbe résultante. Ce sont les membranes les plus élastiques et en même temps les plus résistantes qui donnent les tracés les plus riches en détails apparents. De plus, la note propre à chaque membrane vient, dans les cas où elle s'accorde avec celle de la voyelle, ajouter son action, qui se traduit par un accroissement de l'amplitude du tracé. Ainsi dans les exemples qui vont suivre, on ne manquera pas de noter l'amplitude particulière des voyelles dites sur fa^J qui est la note propie de la plupart des membranes employées.
Pour permettre d'apprécier la part qui revient ainsi à la membrane dans les tracés des voyelles, je réunis quelques spécimens de voyelles prononcées sur des notes données en voix de poitrine en dehors de toute préoccupation relative à l'intensité, et inscrites avec des membranes d'une substance, d'une épaisseur et d'un diamètre déterminés.
Les substances utilisées dans les tableaux suivants (fig. 171-185) sont : le mica, l'aluminium, le cuivre, l'or, le verre, l'ébonite, Tivoire, la baudruche, le caoutchouc durci par le temps.
Les voyelles ont été dites chacune sur les trois notes ré^, ta, jt, hj. Elles sont disposées par lignes, à peu près suivant leur ressemblance de forme. Chaque ligne ne contient qu'une même voyelle diversifiée par la hauteur musicale, et chaque colonne, qu'une même note émise sur des voyelles différentes.
Mica (épaijsïut o~" oi ; diiinitre an"").
TÈi fa^S la.
Fig. .71- (B)
[O ; diimitre jo"" {j* col., »• ligne, lire : h^
Fig. 176.
Or (épaisseur o"" ij ; dismitre }o"").
AXALYSB PIIYSIOLOGIQUK DE LA PAROLE ri. la,; U
(épiiïseur o"" 18; dùnitlre au"").
RoiSSaoI. — PhlH/liqut
ANALYSE PHYSlOLOGlQUIi DE LA^PAROLE
Sicile à ditlïrcnies hauteur
s et ivec dltroicDtes
1 xtuH 4, -, et 10 oai iU pri>
: diio.. }o~).
dijm. 30~-).
M, Gmi (tp.». o~- 0* : diim. 10""}.
It, PlRU lÊETTlL (tpiii. n"o D) ; dlim. to"").
17, C«TO>i{ép«i. 0"'"îBi4iini. jo-").
Enfin la figure i88 contient : i' plusieurs vojelles dites sur fajï et inscrites par une plaque de platine; 2° un « crié fort sur bj et recueilli par une plaqae de verre; 3° a, i sur &,S (papier à décalquer); 4° 1 sur la.^ et a sur fa^ (papier glace).
lS8.
Voyelle.
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Les tracés du phonographe rentrent naturellement dans la classe de ceux qu'on obtient avec des membranes rigides et épaisses. Ils s'observent très bien au microscope au moyen d'un petit artifice d'éclairage. En enveloppant le rouleau, placé sous le microscope, d'un écran qui ne laisse arriver la lumière que par une fente, on dirige un rayon rasant sur la surface de la cire, et le tracé, suivant la position de l'ombre, apparaît soit en relief soit en creux.
En voicî des spécimens photographiques ' (fig. 1S9).
Plll lll
. 1 r'wj
.^^ — • * '^^fa
Ifc"^ ^
■fe — ^Ji
Wk —J
Entailles du phonograpbc agnndiel un peu moins de 4 lai sut une
photographie directe elle-mtme agrandie ) fois (agr. total 10,89).
(Ponr vaii Ici tnUillei en enax. reionmer U figure).
M. Hermann a donné de nouvelles courbes' obtenues avec le dispositif décrit (p. ii8) en ralentissant beaucoup le mouvement du cylindre enregistreur. L'amplitude des courbes se trouve alors considérablement agrandie (fig. 190, 191, 192 et 193) et l'aspect linéaire du tracé phonographique disparaît.
1. On en trouvera de très intéressants, qui ont été dessinés à la chambre claire, dans le volume de M. Marichelle : la Parole, Pins, Delagrave, 1897.
2. Archiv fur die gesammle Physiologie, t. LXI (1895). planches lithographiées dont on a pris un décalque.
Utc
mi2
soir
Ut3
Fig. 190.
Voyelle à (allemand).
Utc
mi2
soL
r^rv/l
Fig. 191.
Voyelle d (allemand).
mi2
sol
«ta
Fig. 192.
Voyelle ô (allemand).
ut2
mi<
sol.)
-^ VVaAaAAAAAAA^^-AaA^
Fig. 193.
Voyelle û (allemand).
Enfin, les flammes manométriques photographiées d'après le procédé de M. Doumer (p. 112 et 19 s) ont fourni des tracés d'une grande délicatesse. J'en reproduis deux spécimens(fîg. 194 et i95)que je dois à l'obligeance de l'auteur.
Fig. 195.
Voyell* 11 (Doumer).
M. Marage n'a obtenu au moyen de l'acétylène que des résultats grossiers ' où il n'a pu reconnaître par période, suivant la nature de la voyelle émise, qu'une flamme (i, u, ou), deux flammes (c, eu, 6), trois flammes (a).
Il semble d'une façon générale que les meilleurs tracés sont ceux où se reconnaissent le plus de détails, et que