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SONORES, MI-SONORES ET SOURDES

Cette distinction repose tout entière sur le mode de fonctionnement du larynx qui est proprement l'organe de la voix.

Toute articulation qui s'accompagne des vibrations sonores du larynx est dite sonore : telles sont les voyelles, les consonnes dyww Ir v Tij tn nf} b d g. Les autres sont des sourdes, £ ffs £ p t k, etc. Les sonores deviennent des sourdes quand elles sont privées accidentellement des vibrations sonores du larynx qui les accompagnent à l'état normal, par exemple : si elles sont chuchotées, si elles s'assimilent en partie à une sourde contiguë, si elles se trouvent à la finale. . . , etc.

Certains auteurs donnent aux sonores le nom de vocaliqueSy et aux sourdes celui de soufflées.

Le jeu du larynx comporte bien des degrés. On a d'abord à tenir compte du rapprochement ou de l'écartement des cordes vocales : suivant que l'un ou l'autre tendent à se modifier, la sonore ou la sourde sont en voie de changer de classe. D'autre part, la participation du larynx à une articulation ou son abstention peuvent être totales ou partielles. Il y a donc toute une classe considérable d'arti-

cuUtions qui évoluent entre les sonores et les sourdes. On pourrait les désigner sous le nom de mt-sonores ou de mtsourdes, et, dans le cas spécial où les sonores sont sourdes par le milieu, de médio-sourtJes. Les variétés sont ici infiniment nombreuses, et l'expérimentation seule peut en donner une idée exacte.

pKisioD de l'air dans la bouche a vibrations de la consonne sonore.

Souvent le tracé du souffle pris avec un tambour sensible, ou celui de la voix, ou bien encore celui du mouvement organique semblent pouvoir suffire. On peut encore se contenter de prendre avec un simple tube la pression de l'air dans la bouche, comme figure 25e pour baba. Mais il n'y a de sécurité complète qu'avec l'inscription simultanée du larynx et du souffle ou, dans certains cas, du mouvement articulatotre.

Le degré de rapprochement des cordes vocales peut se lire sur la ligne du souffle et se conclure de la quantité de l'air qui traverse la glotte; mais il se voit mieux sur la ligne du larynx où il est marqué par des vibrations très faibles ou a peine esquissées.

La durée de la participation sonore du larynx à une articulation quelconque se mesure sans peine. Il suffit de

SONOSES ET SOURDES 497

comparer le moment de l'apparition ou de l'arrêt des vibrations laryngiennes avec le début ou la 6n de l'articulation (cf. par exemple, fig. 122-128, 150-154).

Les variétés se montrent alors, non seulement de langue â langue, de dialecte à dialecte, mais encore, dans on même mot, de syllabe k syllabe.

Sourde et

Fig.:

. S. Souffit.

J'ai déjà signalé à diverses reprises les différences qui existent, au point de vue de la sonorité, entre les consonnes françaises et allemandes. Mais il est bon d'y revenir et d'ajouter quelques autres exemples.

Nous avons (fig. 257) une sourde (ï) et une sonore (b) à l'initiale et à la médiale entre voyelles : tata (i), baba (2) dans un dialecte autrichien. On voit que pour le ( dans les deux positions, le larynx (L) entre en vibration exactement au moment de l'explosion (tranche i). C'est à cet égard à

490 ANALYSE î>HYSIOLOClQ]PB DE LA PAROLE

peu près le ( français. Le b initial diffère complètement du b intervocalîque : le premier a l'occlusion sourde, sans

vibrations larj-ngicnnes ; le second est sonore et les vibrations du larynx sont même très amples. Le b inter\'ocalicjue

SONORES ET SOURDES

ressemble au b français ; le b initial, à la s^rde correspondant (comparez le t). Il n'est donc pas étonnant que les instituteurs de la région d'où cet exemple est tiré, soient obligés, dans les dictées, d'avertir leurs élèves s'ils doivent écrire un ^ ou un p à l'initiale. La comparaison de

Eiplosiïss sourdes KiuoFes.

mitchavc diUtt).

U ; ]'»tMt a vibniion itn llrraii pur le

Ce tnci m L'un da pmzilcn où Vn remorqué 1» TibrAiou propm du p tuf U ligna da MnfBc. Mail eDci iihii a fiibls i)im 11 gtinin pnt 1 pciu ki 6in uaptoiiRB.

diverses langues offre toujours un grand intérêt. Je rapporterai donc les résultats que m'ont donnés des expériences faitesà Marbourg avec un Saxon, un descendant des Français établb à Frîedrichsdorf, parlant encore la langue de ses ancêtres, et moî. Les mots choisis (tig. 25S) commencent tous par une explosive sonore, b, d, g '■ pour le français bâton, doux, garde; pour l'allemand, Baden, du, Garten.

JOO ANALYSE PHYSIOLOGIQPE DE LA PAROLE

Les initiales allemandes sont sonores au moment même de l'explosion et les initiales françaises avant l'explosion. Le

m le français de Fricdrichtdon.

" Ugu. krrni. — i*, Souffla.)

fait est connu. Mais ce que nous avons i remarquer ici d'intéressant c'est que le jeune émigré, qui a conservé à peu

(l-ligM, loofBe. — !•

près purs le b et le d, s'est germanisé pour le g. Quant aux sourdes, le type saxon est très net, bien différent de celui des sonores françaises. La figure 259 montre à quel point le larynx est en retard sur l'explosion. L'émigré a

SONORES ET SOURD)£S ^01

bien conservé le^irançais (fig.26o)dans le moipaillt; mais notons en passant qu'il a Çerdu VI mouillée : il dit pallyœ. Le gallois (fig. 261) présente, pour les sourdes, un type allemand, ka ; pour les sonores, un type français, i^j.

Fig. 161.

Exploj»

■M sourdes et sonorci tn chuldéeu.

S. Sonfflti L. Uiyoï.

Dans le dialecte populaire d'Ourmiah, on rencontre de même la forme allemande pour le p (pûta 0 garance a ), la forme française pour b (Babtla, nom d'homme) et pour le P dans un mot emprunté aux montagnards (pulli, petite monnaie) (fig. 262).

M. Âdjarian' a dressé des tableaux fort instructiis des variations qu'ont subies certaines consonnes arméniennes anciennes dans différents dialectes modernes de son pays. Prenant comme point de départ les dialectes où la forme archaïque semble avoir persévéré, il range en dessous les produits de l'évolution, qui nous apparaît plus ou moins avancée selon les lieux. Chacun de ses tracés se compose de deux lignes : celles du haut représente le souffle, celle du bas le larynx. Comme ce qui nous intéresse c'est le moment où le larynx se met en train et celui où la consonne éclate, deux lignes de construction nous avertissent de ces deux moments : la ligne pointillée, du premier ; la ligne pleine, du second. Quand il y a accord, la ligne pointillée seule est tracée.

Nousvoyons(fig.263)lesaspirées/>\iV*>^'(^')>^'0^^')> se réduire, par le rapprochement successif des deux moments

de l'explosion et de l'entrée en jeu du larynx, à de simples

fortes (/>, k, t, Sy /), C'est Nouxa qui présente le type

archaïque, qui s'adoucit successivement à Choucha (ChX

Sivas (S), Aslanbeg (A), Constantinople (C), Mouch (M),

D'autre part (fig. 264) des douces i, g y d, t(^0> / (4f)i complètement sonores à Nouxa (N), si bien que le larynx vibre pendant l'occlusion de la consonne, perdent graduellement de leur sonorité à Mouch (M) et à Choucha (Ch), et deviennent tout à fait sourdes pendant l'occlusion dans les autres dialectes. L'assourdissement s'étend même à l'explosion pour gy i^y /dans l'un des parlers de Mouch (M*), pour toutes les douces à Sivas et à Aslanbeg. Ainsi, des sonores sont entièrement transformées sourdes.

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