‹ Principes de phonétique expérimentaleChapitre 208 sur 213 · I. I.âiiadt(Be). - 2. IrUndâiB (W · texte numérisé non relu

I. I.âiiadt(Be). - 2. IrUndâiB (W

La partie otnbr&e « été touchée par la langue.

Même, la fermeture peut être complète. J'en ai rencontré un exemple pour y en landais (fig. 376, i) et un autre en irlandais (2).

Ces sortes de constrictives sont d'un grand intérêt pour l'histoire des évolutions phonétiques, et leur constatation permet de comprendre certains changements et de faire disparaître certaines anomalies difficiles à expliquer. C'est un y explosif dans ie après une consonne, qui est devenu lye ou ^ : en russe (x^mè — ;(emye « terre », d'où novaia Zètnla « Nouvelle-Zemble »), en macédonien (ferrum, flyer)y au sud-ouest du Poitou (cbantiyan, sàtilà « chantaient »). Ce sont deux y y l'un explosif et l'autre non, qui ont eu dans les langues romanes un double traitement :

l'un ■ se conservant isolé et évoluant pour son propre compte ; l'autre mouillant la consonne précédente (voir pour les exemples la Grammaire des langues romanes, de - Meyer-Lûbke, I, p. 452 et suiv.).

Différences de force dans la çonstriction et dansl'occlu- ■ sion : :

Constatons d'abord celles qui caractérisent les diverses classes : fortes, douces, nasales, aspirées. Toutes répondent h des degrés de force qui deviennent évidents dès qu'on fixe le mouvement articulatoire, soit au moyen de la photographie, soit sur un palais artificiel, soit à l'atde d'une ampoule placée au point même d'articulation et d'un tambour.

Fig. )78. (Uurguci)

Posilion des lèvres pour £ J tti pariiien.

(P) (Butguel)

Posilioa de la Ungue pour k g en parisien. d^ine que l'uniculatiOD en mainj farte pour k que pour^.

590 ANALYSE PHYSlOLOGiaUE DE LA PAROLE

La photographie de la bouche et des lèvres mises en position pour articuler les divers sons montre très bien dans certains cas, et^ dans d'autres, fait suffisamment sentir les différences même délicates de fermeture. Comparez, par exemple \phm (fig. 377), €J (fig. 378) et * ^ (fig. 379) que j'emprunte au petit traité de prononciation française de M. Burguet.

zhtAAji'-'^) Le palais artificiel donne des renseignements préciçux, mais il faut savoir les interpréter. Quelquefois l'énergie du contact se voit ou seulement se devine par la plus ou moins grande rapidité avec laquelle la tache faite par la langue s'efface. D'ordinaire, on n'obtient, pour la comparaison de deux articulations, que cette seule donnée : la région de contact augmente ou diminue. Or, il est des cas où deux interprétations sont possibles, |et toutes les. deux contradictoires : c'est quand le changement est peu considérable. Lorsqu'on fait varier la force de l'articulation, la zone de contact varie en proportion, augmentant pour les fortes et diminuant pour les faibles. Mais on n'a pas oublié qu'un muscle perd du volume quand 11 se contracte, qu'il en gagne quand il se détend. Un agrandissement de la zone de contact peut donc correspondre à une mouillure, c'est-à-dire à un affaiblissement de l'obstacle vocal, et^non à une augmentation de la force de l'aniculation. De même, une diminution de la zone de contact peut être Tindice d'un excès de contraction et non 4'un affaiblissement. Toutefois, je me hâte de le dire, il est rare que l'expérimentateur soit laissé dans l'indécision sur le vrai sens des tracés qu'il a sous les yeux. Mais il n'a peut-être pas été inutile de l'avenir. La première précaution à prendre, c'est de ne comparer entre elles que des articulations produites avec des degrés de force concordants et dans des

conditions analogues. On se gardera, par exemple, de -rapprocher un p fort d'un h faible, et réciproquement.

Le relevé des tracés exige aussi quelques précautions pour être bien fait, surtout quand les différences sont peu sensibles. Les nouvelles recherches auxquelles je viens de me livrer m'ont conduit à quelques légères améliorations dont je vais profiter dès maintenant. J'ai percé mon palais

Fig. î8o.

Différence de pression de la langue contre le palais pour les dentales.

X. Parisien (A).~ 2. Russe (O).— 3. Grec de Pyrgbi dans l'ile de Cbto (Tsj. Exploration aire sar place par M. Pernod.

^ La partie ombrée de la figure est le lieu d*anicalation de l'u. — Pour (3), l'occlastoa 8*achève contre les dents.

La ligne (2) limite rarticuladon du J, et la ligne (i) celle du I.

artificiel de trous de façon à le diviser en petits compartiments faciles à reconnaître; puis j'ai opéré le transport de ces trous sur le papier en posant Tappareil à plat et en répandant au-dessus une pluie de poudre de minium. J'obtiens ainsi une projection très exacte des points de repère et un contour tout à fait correct. Un décalque fait sur papier transparent me permet de prendre le dessin renversé, comme auparavant (p, 59). Il suffit ensuite de le retourner pour avoir à l'envers une image directe représentant la voûte palatine orientée suivant sa position réelle. C'est ainsi que je la représenterai désormais.

Ces précautions prises, on constate sans] aucune peine que les dentales peuvent se classer d'après leur, différence

Fig. jSi.

c de prcsiion it la lingue conlrc le pilais pour s i,€ j. .:a,-,.P..iM0(B):e4,..,-;.P.riM«{B):-.,>,-4, P]rtiIii(TO:

Fig. ,8i.

Diiiïmcï de pression ds la langue coDirc le patais pour le* guitUTalet. I. Bcunudi (Rs). ~ I. Aiinumoli(H).>'i. ArtyronCRi). ~ 4. Annriiie (D). I. li. (A). - S. Pjrglii (T.). - J. B.B.EK rr.n(.(.c <PoJ. ■ ». Rdh.(0). La pirric ombr^ npopd • f*. L^IJ^nfli »it jméricnre, toilcitMcan, tini» 1«-

— U\ il n'y ^n'oii kdI itâc* ponr Li o ]MMir pi.

— (7)1 lu ligne ^eine inttriemt limite li ; la pointïlUi flmett lu-daMt. (>.

de pression dans l'ordre suivant : t d n (fig. 380). Il faut quelque attention pour distinguer set^,^ et / (fig. 381),

mais on y parvient. C'est que tout le mouvement de constriction n'est pas accompli par la langue seule : comparez la position des lèvres pour € j (fig. 378). Quant à i ^, je trouve dans mes tracés deux formes divergentes : tantôt le palais est moins touché pour g (fig. 382, i, 2, 3), tantôt, au contraire, il est touché davantage (5-8). Mais, dans les deux cas, la conclusion doit être la même : le g est une douce. La différence de forme tient seulement à une différence dans le point d'articulation. M. Josselyn a rencontré les deux types en Italie : le premier à Terni, le second à Sienne. Une troisième forme est commune pour k et pour g. Peut-être n'est-elle qu'apparente et disparaîtrait-elle dans une expérimentation plus précise.

La photographie et le palais artificiel présentent des résultats expressifs dans leur simplicité. Mais les appareils enregistreurs, en rendant possibles les inscriptions simultanées de plusieurs points de l'organisme, nous fournissent des données bien plus complètes. Ils nous ont montré (fig. 133, 135, 137, 139, 144) la différence de fermeture qui existe entre la forte et la douce; il nous permettent d'aller plus loin encore et de pénétrer la raison de cette différence.

Celle-ci apparaît très clairement dans une expérience faite pour un autre objet avec un Russe, M. Vandacouroff. L'inscription comprenait le souffle (B), le larynx (La) et les mouvements articulatoires, soit de la langue (L), soit des des lèvres (Le). Or, dans huit tracés successifs de la syllabe te, des variantes se remarquent pour la pression des lèvres, pour l'amplitude et le nombre des vibrations laryngiennes. Et ces deux faits sont corrélatifs : faible pression, vibrations du larynx amples et nombreuses (fig. 383, A),

KousSBLOT. — Phonttiqtu expérimenlah' j8

ANALYSE PHYSIOLOGiaUE DE LA PAROLE

forte pression, vibrations de beaucoup diminuées (B). Même constatation pour da (fig. 384).

C'est le cas de rappeler que le x. et le /', en devenant forts, perdent des vibrations du larynx (fig. 275 et 276),

Fig. jBî.

clivilil' liryngicDDC CI de la (or^e de l 'aniculâiion labiale, c, - U. Uo-n». — U. Uïre..

Quant à la difiérence d'occlusion qui existe entre les aspirées et les fortes ou les douces, les expériences ne sont pas moins probantes. M. Vandacouroff a enregistré des pa avec une force expiratoire variable, de telle sorte que nous rencontrons des/>' aspirésà côté de^forts, reconnaissabtes à la durée de l'explosion sourde. Eh bien! aux premières formes correspondent des occlusions très faibles (fig. 385, A), aux secondes des occlusions plus énergiques (B),

Comparés aux tracés de ba, ceux de p'a montrent que l'occlusion des aspirées est encore plus faible que celle des douces.

Fig. )84. (V)

GnnpiraisoD de l'aciiviii bryogienne ci de la force de l'articulation linguale. B. SoDfilt de 11 twKhe. — U. Uryni. — L. Ungne.

■bntionfl lûyDgicDiKi n ^é «n nugmcDiam-ï

Compriisoii Je l'utivité du larynx el de l'uliculilioD.

a! Atpirtt, - B, Foiti.

Le f de (A) Hi rtelkDtin upiit. CoinpirR (A il B), le xnd de l'ùr tonrd chiut |«

f de (A) ell rtellemeiK aniit. ComplrR (A El

ANALYSE PHYSIOLOGiaUE DE LA PAROLE

M. VandacourofF ne nous apprend rien pour le 4' et surtout pour le /', qui ne se présentent pas d'une façon nette dans sa prononciation, du moins telle qu'il l'a inscrite; mais la conclusion ne saurait être différente.

C'est en effet ce dont semblent donner la preuve les tracés empruntés à d'autres langues. Nous avons vu (fig. 26 1) que la forte galloise est aspirée et la douce abso-

Fig. 386.

Comparaison du /* et du d.

I. Gallois (J). — 2. Danois (Se). — 3. Arménien (N) — 4. AngUb (M). I^ partie ombrie représente le t* ; le pointillé placé aa-dessoas limite le d. Le 3« pointillé (3) limite le /.

lumen t sonore. Or le ty contrairement à ce qui se passe en français, possède sur le palais artificiel une région d'articulation moins étendue que le d, ce qui doit s'interpréter ici par une moindre énergie linguale (fig. 386).

Il faut comprendre de même, je pense, les tracés de / et de d danois (2), ou anglais (4).

L'arménien offre l'avantage, précieux pour notre étude, de posséder les trois sortes de consonnes : aspirées, fortes et douces. Or M. Adjarian, dont on peut contrôler les aspirées (fig. 263, C) et qui reproduit pour t le type de Nouxa (fig. 265, N), pour d celui de Choucha (fig. 264, Ch.), m'a fourni en même temps quelques tracés de son palais

DEGRÉS DK FORCE 597

artihciel. On y voit que les dentales s'échelonnent ainsi suivant la force de l'articulation : forte, douce, aspirée. Ces documents sont confirmés par de plus nouveaux, que je viens de recueillir, tout exprès pour achever de résoudre la question , grâce au concours d'un autre Arménien, M. Nahapetian, de Kars. Or, les régions de contact sur son

palais artificiel(fig. î86, î) sont les mêmes que sur celui de M. Adjarian. En outre, les tracés du mouvement organique, pris avec une ampoule et un tambour très sensibles, se montrent concordants.

Comparez (, d, I' (fig. 387), k, g, k' (fig. î88), s, t s' (fig. 389). Les labiales présentent une interversion : le b est moins fort que \ep\ son p,p', *(%■ 390). Nous avons de même ê, ê' f (fig. 391).

Dans les expériences de la nature de celles-ci, où il s'agit de différences délicates et variables, on fait sagement

d'inscrire les articulations à comparer chacune plusieur fois de suite, pendant toute la révolution du cylindre, et sans déplacer le chariot. De la sorte, tous les tracés sont bien à la même place et les articulations se trouvent avoir

Fig. 589.

Preition de U lingue pour l«i mi-occlus

été produites dans des conditions analogues. La seule difficulté, c'est de se reconnaître dans les lignes qui s'enchevêtrent. On y arrive avec un peu d'attention.

Si donc, négligeant les variétés intermédiaires et les consonnes doubles (voir p. 348-358), nous entreprenions de

classer les constrictives et les occlusives suivant l'énergie oi^anîque C|ui détermine b fermeture partielle ou complète

n de la tangue pour les

du tube vocal, il conviendrait de mettre en tête les fortes,

puis viendraient en général les douces, enfin les aspirées.

C'est à peu près dans cet ordre, du reste, que se succèdent

les étapes de l'évolution qui entraîne directement les occlu-

6oO AÏJALYSE PHYSIOLOGIQUE DE LA PAROLE

sives dans la classe des constrictives, ou inversement. Ainsi s'explique le changement de ^ en ^ puis en v (saponem, sabon, savon), celui de k en r, en y, puis en i et en i (faclum, factu, fait, fé) ; ou encore celui de te en ^ dur (werra, guerre)- Il y a eu, par des degrés insensibles dont quelquesuns seulement sont marqués dans l'écriture : pour les deux

premiers cas, diminution progressive de la fermeture ; pour le troisième, excès dans le mouvement d'élévation de la racine de la langue vers le palais jusqu'à l'occlusion complète. On se rappelle aussi €|ue, parmi les occlusives de l'ancien grec, les fortes se .sont maintenues, tandis que les douces et les aspirées sont devenues spirantes.

La comparaison de diverses langues entre elles amène à constater des degrés dans les mêmes ordres. Par exemple, les douces allemandes sont plus fones que les douces françaises, comme nous aurons l'occasion de le redire plus loin.

DEGRÉS DE DURETÉ 6ol

Aux divers d^rés de constriciîon et d'occlusion qui résultent de la nature des consonnes, il faut ajouter les nombreuses variétés auxquelles une même consonne est soumise en raison de sa place dans le mot ou dans la phrase. Il suffira de citer deux exemples que je prends dans le chatdéen d'Ourmiah. Ils montrent la différence qu'il y

- Lj. l^rjax (k afmle tttit été pUcét ptr diflnctjon

a au point de vue de l'occlusion pour un & et un ij considérés à l'initiale, dans une syllabe accentuée, et après la tonique : bàha « père o (fig. 392) et dàrdi « maux a (fig- 39})-

Degrés de dureté, de mollesse, de mouillure.

Ces trois états dépendent du degré de tension du muscle qui opère la constrïction ou l'occlusion. Ils se reconnaissent sans peine, sur le palais artificiel, aux dimensions que présente

ANALYSE PHYSlOLOGtaUE DE LA PAROLE

la région de contact. En dehors des cas où le mouvement aniculatoire est exagéré, l'extension du contact concorde avec un relâchement de l'organe. Le son, dur et sec quand le muscle s'est raîdi, s'amollit et se mouille à mesure que celui-ci se détend. Il est vrai que l'oreille n'est réellement

frappée que par les positions extrêmes. Maïs combien d'intermédiaires entre les deux ! Il suffit, pour s'en faire une idée, de comparer les traces que laisse sur le palais artiâciel une même articulation, /, par exemple (fig. 394), dans divers dialectes ou diverses langues. Quelles différences entre ces huit articulations et combien d'autres variétés elles laissent supposer !

Quoique, au point de vue acoustique, ces variantes n'aient aucun intérêt, puisque personne ne les remarque, elles ont cependant une grande importance au point de vue phonétique, car elles nous montrent soit Tassibilation, soit la mouillure en train de se préparer. Le / de la Franche- Comté tend visiblement vers / (th dur anglais). Au contraire, le / de rAngoumois, de TAnjou et de la Bretagne est bien près d'être mouillé.

La mouillure présente un vaste champ d'étude dans les parlers populaires de la France, depuis ses premiers débuts jusqu'à ses étapes les plus reculées. Cependant les commencements du phénomène s'observent mieux en irlandais et " surtout en russe. C'est dans cette dernière langue qu'il convient de les étudier tout d'abord. Je possède sur ce sujet des documents pris avec beaucoup de soin par un excellent élève, M. Oussof, qui me donnait les meilleures espérances et dont j'ai la douleur d'apprendre la mort au moment même où le cours de ce travail me fait revivre quelques jours avec lui : les souvenirs d'une collaboration aussi aimable que dévouée se pressent dans ma mémoire et m'étreignent le cœur.

Le russe a cet avantage de nous offrir un système complet d'articulations mouillées. Non seulement les gutturales, les dentales, / et «, se sont mouillées comme dans nos parlers français, mais encore "les labiales, et ce sont cellesci qui nous présentent le phénomène dans sa plus grande netteté.

Une consonne mouillée, au début de son évolution, pour une oreille peu exercée, et même à une étape déjà avancée, comme Vn mouillée française, pour une oreille tout à fait novice, ressemble à un son composé de la con-

604 ANALYSE PHYSlOLOGiaUE DE LA PAROLE

sonne et 'd'un y. Ainsi pour un Parisien, l sonne ly ; pour la plupan des linguistes français, ^ = iy; pour un Allemand, p = ny. Il importe donc d'abord d'établir la réalité de la mouillure et de montrer la différence qui existe entre une

Fig. J9i. (O)

Labiales cl r mouillées en russe, lomparécs lux mimes «onsonnes eombinfes ïve« y.

i-R, la panie ombrte itprtKnte la eonionne mauilltc ; le poîniait liniie la «muwi

consonne mouillée et la même consonne suivie d'un y. Je l'ai déjà fait pour î, p dans le parler de Cellefroutn ' , pour i, g en parisien'. M. Dauzat l'a recommencé pour i, g, t, 4 en auvergnat'. Mais la démonstration est plus claire

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