‹ Principes de phonologieChapitre 11 sur 60 · s. TROLBETZKOY · texte numérisé non relu

s. TROLBETZKOY

qui apprend la langue n'y est pas habitué. Peu à peu les fautes par trop grossières disparaissent. Mais il reste cependant quelques traces caracteristique> de laccent étranger : le Russe, même s'il parle bien tchèque, allongera toujours quelque peu la première syllabe brève des mots tchèques et confondra en irénéral les longues et les brèves ; le Tchèque par contre, même s'il parle bien russe, renforcera toujours quelque peu la première syllabe du mot (en particulier dans les mots longs ayant laccent sur l'une des dernières syllabes, comme gosudàrslvo « État » ou konnozavàdslvo « haras - et placera mal laccent. La différence dansl'interprétation de la quantité et de laccent sépare toujours Tchèques et Russes, même s'ils possèdent bien les deux langues. Et cela se manifeste avec une clarté particulière dans leur appréciation de la poésie étrangère'. La métrique russe est bâtie sur l'alternance régulière de syllabes accentuées et de syllabes inaccentuées, les syllabes accentuées étant, comme on l'a dit ci-dessus, longues et les syllabes inaccentuées brèves. Les limites de mots peuvent tomber à n'importe quelle place du vers et le groupement toujours irrégulier de ces limites sert à animer et à varier la structure du vers. Le vers tchèque repose sur une répartition régulière des limites de mots, chaque début de mot étant, comme il a déjà été dit, souligné par un renforcement de la voix ; les syllabes brèves et les syllabes longues sont par contre réparties irrégulièrement dans le vers et leur groupement libre sert à animer celui-ci. Un Tchèque qui entend un poème russe considère sa métrique comme quantitative et tout le poème comme assez monotone. Au contraire un Russe qui entend pour la première fois un poème tchèque est en général tout à fait désorienté et n'est pas en état de dire selon quelle métrique il est composé : le rythme des syllabes initiales accentuées se mêle à l'aîternance irrégulière des syllabes longues et brèves ; les deux rythmes se confondent, se gênent et se paralysent réciproquement, de sorte que le Russe n"en retire aucune impression rythmique. En connaissant mieux la langue ces premières impressions s'affaiblissent. Toutefois un Tchèque reste souvent incapable d'apprécier la valeur esthétique des vers russes et la même chose peut être dite d'un Russe en ce qui concerne la poésie tchèque.

On pourrait multiplier à volonté le nombre de ces exemples. Ils prouvent que ce qu'on appelle r« accent étranger » ne dépend pas du fait que l'étranger en question ne peut pas prononcer un certain son, mais plutôt du fait qu'il n'apprécie pas correctement ce son. Et cette fausse appréciation des sons d'une langue étrangère est conditionnée par la différence existant entre la structure phonologique de la langue étrangère et celle de la langue maternelle du sujet parlant. Avec les fautes de prononciation il en va tout à fait de même qu'avec les autres fautes typiques dans le langage d'un étranger. L'opposition entre « homme » et « femme • est familière à tout Hongrois, mais pour lui cette opposition appartient à la sphère du lexique et non à celle de la grammaire. Par conséquent il confond quand il parle allemand « der » avec <• die ». « er » avec « sie », etc. De même le i long tendu est familier aux Russes, mais c'est pour eux une variante combinatoire du phonème / qui signalise la palatalisation de la consonne précédente ; par conséquent ils palatalisent, en parlant allemand, toutes les consonnes avant /.

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