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Noir R. Jakobson, « O cesskom stiche

3. Phonèmes simples et groupes de phonèmes A) Valeur monophonématique

La distinction entre un phonème simple et un groupe de phonèmes n'est pas toujours facile. Le courant sonore de l'acte de parole concret est un mouvement ininterrompu et d'un point de vue purement phonétique (c'est-à-dire en faisant abstraction de la fonction linguistique des sons) on ne peut pas dire si une section déterminée de ce courant sonore doit être considérée comme « monophonématique » (c'est-à-dire comme un phonème unique) ou bien comme « polyphonématique » (c'est-à-dire comme un groupe de phonèmes). Ici également il existe des règles phonologiques précises auxquelles on doit se tenir^.

En général on peut dire que la valeur monophonématique ne peut intervenir que dans des groupes de sons dont les parties constitutives, dans la langue en question, ne se répartissent pas en deux syllabes et qui sont produites par un mouvement articulatoire unique, leur durée n'excédant pas la durée normale des sons simples. Un groupe de sons répondant à ces prémisses n'est que « potentiellement monophonématique ». Mais il est à considérer comme effectivement monophonématique (c'est-à-dire comme la réalisation d'un phonème unique) si d'après les règles de la langue en question il est traité comme un phonème unique ou si la structure générale du système des phonèmes de cette langue exige une telle valeur. Particulièrement probable est la valeur monophonématique d'un groupe de sons, si ses parties constitutives ne peuvent être considérées comme des réalisations d'autres phonèmes de la m.ême langue. Les prémisses phonétiques et les conditions phonologiques de la valeur monophonématique d'un groupe de sons peuvent donc être résumées dans les règles suivantes :

Règle 1 : Ne peut être considéré comme réalisation d'un phonème simple qu'un groupe de sons dont les parties constitutives ne se répartissent pas, dans la langue en question, en deux syllabes.

(1) Noie du traducteur : Voir à ce sujet l'ouvrage déjà mentionné : N. S. Troubetzkoy, « Anleitung zu phonologischen Beschreibungen », §§ 7-16. Mais le sujet a été entièrement renouvelé par l'article de A. Martinet, « Un ou deux phonèmes», Acta linguislica I, pp. 94-103 qui, rejetant les critères partiellement phonétiques admis par Troubetzkoy, fait appel uniquement au procédé de la " commutation ...

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En russe, polonais, tchèque, etc., où les deux parties constitutives du groupe phonique is appartiennent toujours à la même syllabe (comp. russe ce-hi « tout », pol. et tch. co «ce que, quoi»; russe l'i-co «visage», pol. pla-ce «je paie», tch. vî-ce « plus, davantage », russe ka-n'ec, pol. ko-n'ec, tch. ko-nec « fin », etc.), ce groupe doit être considéré comme un phonème unique (c). En finnois au contraire, où ce groupe phonique ne se présente qu'à l'intérieur du mot, t fermant la syllabe précédente et s commençant la syllabe suivante [Use «même», seii-se-màn «sept», etc.), il doit être considéré comme une réalisation du groupe de phonèmes t—s. Là où, en russe, en polonais, en tchèque, le groupe « voyelle + 1 ne faisant pas syllabe » se trouve devant une voyelle, i se lie à la voyelle suivante et forme l'initiale de la syllabe qui suit immédiatement (russe zbru-jd « harnais de cheval », tchèque ku-pu-je « il achète », etc.) ; par conséquent, dans ces langues, ces groupes doivent être considérés comme des réalisations de la suite de phonèmes « voyelle +/», et cela même quand tout le groupe ne forme qu'une syllabe (russe dai = phonol. daj). En allemand au contraire où les « diphtongues en u et en / » ne se répartissent pas en deux syllabes devant voyelle [Ei-cr « œufs », blau-e « bleue », miss-irau-isch «défiant», etc.), ces diphtongues paraissent posséder la valeur monophonématique^.

Règle II : Un groupe phonique ne peut être considéré comme un phonème unique que s'it est produit par un unique mouvement articulaloire ou au moyen de la dissociation progressive d'un cofnplexe articulaloire.

Très souvent des diphtongues sont à considérer comme des phonèmes simples. Il en est ainsi de la façon la plus nette en anglais, où par ex. ei et ou sont à considérer comme des phonèmes uniques : comme on le sait les Anglais prononcent les longues allemandes e, 0 comme ei, ou, identifiant les monophtongues allemandes avec leurs phonèmes diphtongues 2. J. Vachek (« Cher das phonologische Problem der Diphtongue », Pràce z vëdeckych ùslai'û filosof. fahully Karlovy

(1) Certes dans des mots allemands comme Eier, blaiie il peut se développer entre la diphtongue et la voyelle suivante des sons de transition qui appartiennent à la syllabe suivante (par ex. see-ur, etc.), mais le fait essentiel est que la diphtongue appartienne tout entière à la première syllabe.

(2) Voir A. C. Lawrenson dans Proceedings of the Second Inlernalionat Congress of Plionelic Sciences, 132.

universiiy XXXIII, Praha, 1933) a remarqué qu'aussi bien en anglais que dans d'autres langues la valeur inonophonématique n'échoit qu'aux diphtongues dites « de mouvement », c'est-à-dire aux diphtongues qui se produisent pendant le changement de position des organes phonatoires, auquel cas ce qui importe n'est ni le début ni la fin de ce changement de position, mais seulement la direction générale du mouvement. Cette proposition ne peut être inversée (ce que Vachek a le tort, à mon avis, de faire) : toute diphtongue de mouvement ne doit pas être considérée comme monophonématique, mais si une diphtongue est à considérer comme monophonématique, elle doit être une diphtongue de mouvement. Autrement dit, il ne peut s'agir que d'un mouvement articulatoire unique : un groupe comme aia ou aiu ne peut être considéré en aucune langue comme monophonématique, puisqu'il s'agit de deux mouvements articulatoires de direction différente. Ce qu'on appelle les « sons de transition » entre deux consonnes sont à « compter » soit avec la consonne précédente, soit avec la consonne suivante, de sorte que le « son de position » forme une unité avec le son de transition se trouvant à côté de lui. Mais dans un groupe tel que « s + un son de transition de s à k-^-s », le son de transition devrait être considéré comme une réalisation d'un phonème particulier (à savoir k) — même si l'on n'en venait pas à une véritable articulation du k — puisqu'alors on n'aurait plus affaire à un mouvement articulatoire unique.

Si l'on considère les cas typiques de groupes de consonnes ayant une valeur monophonématique on remarquera facilement qu'il s'agit toujours de la dissociation graduelle d'un complexe articulatoire. Dans les affriquées une « fermeture » est d'abord élargie jusqu'au « rétrécissement» et ensuite tout à fait supprimée. Dans les aspirées, la fermeture de la bouche est rompue, mais le larynx reste encore pendant un certain temps dans la position qu'il occupait pendant la fermeture de la bouche, ce qui a pour conséquence acoustique la prolongation du bruit de souffle. Dans les occlusives glottales, en même temps que la fermeture de la bouche il se constitue une fermeture laryngale, et après l'exploitation (c'est-à-dire la rupture) de l'occlusion buccale, l'occlusion glottale est d'abord maintenue, puis à son tour également rompue, ce qui a pour conséquence acoustique la soudaine apparition du bruit de coup de glotte, etc. Même les consonnes mouillées ou labialisées, qui donnent l'impression acoustique

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du groupement d'une consonne avec un i (j) ou un n (w) incomplètement formé et très bref, présentent le même genre de complexe acoustique non dissocié exploité d'un seul coup. Dans tous les cas de cette sorte il s'agit d'un mouvement articulatoire unique, s'accomplissant dans la même direction (à savoir dans sa direction de dissociation ou de retour à la position de repos). Par contre un groupe comme si ne peut jamais être considéré comme monophonématique, puisqu'il s'agit de l'établissement progressif d'une fermeture, ensuite « dissociée » (c'est-à-dire rompue). De même un groupe comme As ne peut pas être considéré comme monophonématique car il suppose deux mouvements articulatoires différents^.

Règle III : Un groupe phonique ne peut être considéré comme un phonème unique que si sa durée ne dépasse pas la durée de réalisation des autres phonèmes existant dans la langue en question.

Cette règle est dans la pratique moins importante que les deux précédentes. On peut toujours souligner que par ex. la durée des afïriquées russes c, c n'est normalement pas plus longue que celle des autres consonnes « brèves » et qu'en tout cas elle n'atteint jamais la durée normale de groupes comme ks, ks^; ou encore que la durée de tchèque ou dépasse la durée des voyelles longues normales de la langue tchèque, et que ce fait paraît être important pour la valeur polyphonématique de cette diphtongue.

Les règles qui vont suivre indiquent quand les complexes phoniques potentiellement monophonématiques doivent être considérés comme effectivement monophonématiques :

Règle IV : Un groupe phonique potentiellement monophonématique (c'est-à-dire répondant aux exigences des règles

(1) Ce que nous disons ici ne doit pas être mal compris. Tout phénomène relatif aux sons du langage a deux faces : une face articulatoire et une face acoustique. Si la règle II n'est exprimée qu'en termes articulatoires, cela vient seulement de ce que la terminologie scientifique actuelle possède trop peu de moyens pour décrire exactement des impressions acoustiques. Mais il n'y a aucun doute que la distinction de mouvements articulatoires uniques, de même que celle de mouvements d'établissement et d'exploitation, ne possède un équivalent acoustique tout à fait précis, de sorte que, même sans connaître les conditions d'articulation, on peut déterminer à la seule impression acoustique si un groupe phoniqiu> est en puissance monophonématique ou non,

(2) Voir L. ècerba, « Quelques mots sur les phonèmes consonnes composés », Mémoires de la Soc. de Ling. de Paris XV, 237 ss.

/ à III) doit être considéré comme une réalisalion d'un phonème unique s'il est traité comme un phonème unique, c'est-àdire s'il apparaît dans des positions phoniques où un groupe de phonèmes ne sérail pas admis dans la langue en question. Beaucoup de langues n'admettent à l'initiale aucun groupe de consonnes. Si dans ces langues des groupes phoniques comme ph, th, Ich, ou p/, /s, kx, ou tu\ ku:, etc., peuvent se trouver à l'initiale, il est clair alors qu'ils doivent être considérés comme des réalisations de phonèmes simples (consonnes aspirées, affriquées, labialisées, etc.). Cela vaut par ex. pour les groupes ts, dz, /s, dz du tlingit^, du japonais, des langues mongoles et turco-tatares ; pour les ph, th, kh, tsh, tsh du chinois ; pour les ph, th, kh, kx, kx, Is, ts, t"^, k'^ de l'avar^ et pour de nombreux cas semblables. L'allemand admet à l'initiale des groupes «consonne + ^» • ktar «clair», glati « lisse », plump « grossier, lourd », Blei « plomb », fliegen « voler », schlau « fin », ou « consonne -pty » : Quai « souffrance, supplice », schwimmen « nager » ; mais parmi les groupes « deux consonnes +/, w » sont seulement admis à l'initiale : spl [Spliiter «éclat de bois »), pfl [Pflaume «prune », Pflicht « devoir », Pflug « charrue », Pflanze « plante ») et tsw [zivei « deux », zivar « à la vérité », Zwerg « nain », Zwinger « enceinte », etc.) et comme les groupes de trois consonnes ne sont en général pas admis à l'initiale des mots allemands (sauf sir, spl, et spr), il est nécessaire de considérer pf et ts allemands (au moins dans la langue écrite) comme des phonèmes simples^.

Règle ^' : Un groupe phonique répondant aux exigences des règles I-III doit être considéré comme une réalisation d'un phonème unique si cela rétablit un parallélisme dans l'inventaire des phonèmes.

Dans des langues comme le tchétchène^, le géorgien, le tsimchiane-'^, etc., dans lesquelles des groupes de consonnes

(1) John R. Swanton dans le Bullelin of the Smilhsonian Institution, Bureau of Ethnology XL.

(2) P. K. U^-lar, Etnografîja Kavkaza I, Jazykoznanije, III (Avarskij jazyk), Tiflis 1889.

(3) De plus à l'initiale des mots vraiment allemands, les groupes du type « occlusive + fricative » ne sont pas admis : des mots comme Psalm «psaume », Xanlhippe n. pr., portent clairement la marque de leur origine étrangère. Cela influe également sur la valeur monophonématique de pf et de ts (z).

(l) P. K. Uslar, « Etnografîja Kavkaza », I, Jazykoznanije, II (Cecenskij jazyk), Tiflis 1888.

(5) Fr. 'Boas dans le Bullelin of the Smilhsonian Instilulion, Bureau of Ethnology XL.

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sont admis en toute position, les groupes ts, Is doivent cependant être considérés comme des phonèmes simples (aiïriqués) et non comme des réalisations de groupes de phonèmes, car tout le contexte du système des phonèmes le postule. Dans ces langues toutes les occlusives se présentent sous deux formes, à savoir avec occlusion glottale et sans occlusion glottale, tandis que cette opposition est étrangère aux fricatives ; comme dans ces langues, à côté de ts. ts sans occlusion glottale, on trouve aussi ts\ ts' (ou selon la transcription américaine ts!, te!) avec occlusion glottale, ces sons se placent à côté des occlusives (p-p\ t-t\ k-k') et le rapport ts-s ou ts-s est tout à fait parallèle au rapport k-x.

Règle ^ I : Si une partie constitutive d'un groupe phonique potentiellement monophonématique ne peut être interprétée comme une variante combinaloire d'un pfionème quelconque de la même tangue, tout le groupe phonique peut être considéré comme une réalisation d'un phonème particulier.

Aussi bien en serbo-croate qu'en bulgare, r apparaît souvent en fonction syllabique. Il s'agit là habituellement d'un groupe formé de r et d'une voyelle de transition de qualité indéterminée, qui, selon l'entourage phonique se présente tantôt avant, tantôt après r. En serbo-croate où une voyelle indéterminée n'apparaît pas en d'autres positions, la voyelle de transition indéterminée avant ou après r ne peut être identifiée à aucun phonème du système phonologique et le groupe tout entier formé par r et par la voyelle de transition (précédente ou suivante) doit être considéré comme un seul phonème. Par contre le bulgare connaît une «voyelle indéterminée » (habituellement transcrite par à) également dans d'autres cas (par ex. kàslà « maison » = kâstd, pat « chemin » = p9t ; la voyelle de passage qui accompagne le r faisant syllabe a ici la valeur d'une variante combinatoire de cette voyelle indéterminée et tout le groupe doit être considéré comme polyphonématique (c'est-à-dire comme àr ou rà).

Une conséquence de la règle VI est qu'un groupe phonique potentiellement monophonématique doit être considéré comme une réalisation d'un phonème simple si le seul groupement de phonèmes qui puisse être en question est réalisé dans la langue dont il s'agit par un autre groupe phonique ne répondant pas aux règles I à III. Ainsi le polonais ë (écrit cz), dont la durée ne dépasse pas celle d'une consonne normale et qui en position intervocalique appartient tout entier à la

syllabe suivante, est à considérer comme une réalisation d'un phonème simple puisque le groupe de phonèmes /-j-s (écrit dsz, Isz ou irz) est réalisé en polonais par un autre groupe de phonèmes, dont la durée dépasse celle d'une consonne normale et qui en position intervocalique se répartit le cas échéant sur deux syllabes (par ex. podszyivac prononcé pot-syvac). De même en russe les groupes de phonèmes /+s, /+s sont réalisés par des groupes phoniques qui par leur durée et par leur traitement à la limite de syllabe se distinguent tout à fait de « c », « c » à valeur monophonématique. La fricative palatale sifflante à occlusion glottale de l'adyghé occidental (« adyghé » ou « tcherkesse ») — par ex. dans des mots comme yes'ay^e « remarquable » — est réalisée tout autrement que le groupe «fricative palatale sifflante +occlusive glottale» — par ex. dans des mots comme fes^ay (e) « (il) a donné à reconnaître » — et ne peut par conséquent être considérée que comme monophonématique. Des exemples de ce genre pourraient facilement être multipliés.

B) Valeur polyphonématioue

A la valeur monophonématique d'un groupe de sons s'oppose directement la valeur polyphonématique d'un son simple. Il s'agit presque toujours d'un groupe de phonèmes, consistant en une voyelle précédée ou suivie d'une consonne, qui est réalisé soit par une consonne, soit par une voyelle. Le premier cas ne peut avoir lieu que si la voyelle « étouffée » (c'est-à-dire non réalisée) présente dans d'autres positions phoniques un degré d'aperture particulièrement faible, et que par suite elle se rapproche des consonnes acoustiquement et articulatoirement. Au contraire le second cas n'est possible que si la consonne étouffée est dans d'autres positions réalisée particulièrement « ouverte », c'est-à-dire avec la plus grande aperture possible et le moindre frottement possible et que par conséquent elle se rapproche des voyelles. Pratiquement il s'agit dans le premier cas de voyelles brèves ou inaccentuées, fermées ou indéterminées, dans le second cas de sonantes : liquides, nasales, ir, }. Telles sont les prémisses phonétiques de la valeur polyphonématique des sons simples. Quant aux conditions plionologiques de ce phénomène, elles peuvent toutes être résumées dans la formule suivante :

Règle VII : Si entre un son unique et un groupe phonique répondant aux prémisses phonétiques posées ci-dessus, il existe

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un rapport de variante combinatoire ou facullalive. le groupe phonique devant être considéré comme une réalisation d un groupe de phonèmes, le son unique doit lui aussi avoir la valeur d'une réalisation de ce même groupe de phonèmes. On peut distinguer ici trois cas typiques :

aj Le phonème simple en question n'apparaît que dans les positions où le groupe phonique dont il s'agit ne peut apparaître. Exemples : en allemand /, m, n, faisant syllabe n'apparaissent qu'en syllabe inaccentuée devant consonne ou en finale ; par contre les groupes et. em, en n'apparaissent qu'en syllabe inaccentuée devant voyelle (ces groupes ne peuvent être considérés comme monophonématiques. car la limite de syllabe se place entre a et la sonante suivante : voir ci-dessus A, règle I). Par conséquent les /, m, n faisant nettement syllabe doivent être considérés comme des réalisations des groupes de phonèmes « dl », « dm », « on » (et sont souvent prononcés ainsi dans un parler lent et distinct). — Dans beaucoup de dialectes polonais ^^notamment dans ceux où au polonais écrit « a » correspondent à l'initiale q, u ou om. um) les voyelles nasales n'apparaissent que devant les fricatives, tandis qu'au contraire les groupes (voyelle — nasale » n'apparaissent que devant les occlusives, les voyelles et en fmale. Comme les groupes « voyelle— nasale i» ne répondent à aucune des trois conditions préliminaires de la valeur monophonématique. et comme leurs parties constitutives représentent en d'autres positions des phonèmes indépendants, ils sont eux-mêmes à considérer comme des réalisations des groupes de phonèmes « voyelle —nasale ». Et par conséquent les voyelles nasalisées sont aussi à considérer dans les dialectes en question comme des réalisations des mêmes groupes de phonèmes « voyelle ^nasale ».

b) Le son simple en question x n'apparait que dans un groupe phonique déterminé ' a^ ou ^y.) dans lequel il a la valeur d'une variante combinatoire d'un phonème déterminé, et en outre dans une autre position où le groupe phonique aS (ou ^x) n'est pas admis : dans cette position le son unique x doit être considéré comme remplaçant tout le groupe phonique ap 'OU ^x) et par suite comme une réalisation du groupe de phonèmes correspondant. Exemples : dans le groupe phonique russe ol le p fermé est à considérer comme une variante combinatoire du phonème « o ». Ailleurs que dans ce groupe phonique (ainsi que devant un u inaccentué, par ex. dans

pô-ûxû «au-dessus de l'oreille»), le o fermé n'apparaît que dans le mot sôncd « soleil ». Comme le groupe ol (de même qu'en général n'importe quel groupe « voyelle -f^ ») n'apparaît jamais devant « n+consonne », le o dans soncd doit être considéré comme remplaçant le groupe ol et tout le mot doit être noté phonologiquement « solncà ». Le « û » inaccentué est en russe réalisé après consonne mouillée et après / comme un li, mais par contre dans les autres positions comme un u (par ex. jiïiiV « se retourner » = phonologiquement « jûViV », VûVèn « chien de mer » = phonologiquement « Vûl'en' »). Là où, en syllabe inaccentuée, ii apparaît après une voyelle, il est à considérer comme remplaçant le groupe de phonèmes « jû » qui ne peut être réalisé autrement en cette position (par ex. znàiït « ils savent » = phonolo. « znajûi »). En tchèque « i » après / (de même qu'après les palatales V , d\ h) est réalisé tendu, mais après les gutturales, les dentales et les sifflantes, il est réalisé comme une voyelle non tendue. Dans le discours suivi le / initial du groupe ji est étouffé (c'est-àdire non réalisé) après la consonne finale du mot précédent. De cette manière le f tendu arrive à se trouver immédiatement après des gutturales, des dentales ou des sifflantes et doit être considéré en cette position comme une réalisation du groupe de phonèmes « ji », par ex. tchèque écrit nëco k jidlu « quelque chose à manger ! » — prononcé à peu près necokîdlii, vijiah ji ven « tire la dehors » — - prononcé à peu près vijlaxîven, uz ji màm « je l'ai déjà » — prononcé à peu près usîmâm (différent de usimâm, écrit usi màm "j'ai des oreilles » avec un i non tendu), etc.

c) Dans beaucoup de langues où les groupes de consonnes ne sont pas admis, soit en général, soit seulement en certaines positions (par ex. à l'initiale ou en finale), les voyelles fermées sont facultativement étouffées, la consonne qui en précède une autre ayant la valeur d'une réalisation du groupe « consonne +voyelle fermée ». En uzbek où aucun groupe de consonne n'est admis à l'initiale, le i dans la première syllabe inaccentuée est habituellement étouffé : on dit par ex. psirmoq c cuire », mais ce mot a la valeur de pisirmoq'^. En japonais il n'apparaît en général aucun groupe de consonnes (sauf « nasale -[-consonne »), et en finale les consonnes ne sont

(1) E. L. Polivanov dans TCLP IV, 83.

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pas en principe admises. Mais dans un parler rapide la voyelle u est souvent étouffée (en particulier après les consonnes sourdes), de sorte que la consonne précédente représente le groupe « consonne +« » : par ex. desii « (il) est », prononcé des, etc.

4. Erreurs sur la valeur monophonématique ou polyphonématique des sons dans des langues étrangères

Les règles sur la valeur monophonématique ou polyplionématique se réfèrent à la structure du système dont il s'agit et au rôle spécial que le son en question joue dans ce système. Par conséquent les sons ou groupes de sons qui dans une langue quelconque ont une valeur monophonématique ou polyphonématique n'ont pas nécessairement la même valeur dans d'autres langues. Mais dans la perception d'une langue étrangère l'observateur « non prévenu » transporte dans la langue étrangère des valeurs phoniques conditionnées par les rapports qui existent dans sa langue maternelle, ce par quoi il obtient naturellement une représentation tout à fait fausse de cette langue étrangère.

Evgenij L. Polivanov donne un certain nombre d'exemples instructifs dans son article « La perception des sons d'une langue étrangère » {TCLP IV, 79 ss.). Les japonais, dont la langue ne connaît pas en général de groupes de consonnes et dont les voyelles fermées sont très brèves et susceptibles d'être facultativement étouffées, croient également entendre dans les langues étrangères des voyelles brèves fermées entre les consonnes et en finale. Polivanov cite la prononciation japonaise des mots russes iak « ainsi », piiV » chemin », dar « présent », Aror' « rougeole », à savoir iaku, puéi, daru, kor'i. On peut encore citer la prononciation japonaise de mots anglais comme club = japonais kurabu, film = hiriimu, cream — kurimu, ski = siiki, spoon = supun, etc., le japonais Kirisulo « Christ », et beaucoup d'autres cas analogues (voir aussi à ce sujet Henri Frei « Monosyllabisme et polysyllabisme dans les emprunts linguistiques », Bulletin de la Maison Franco-japonaise VIII, 1936). Cette intercalation de u et de i (après /, d, également o) entre consonnes et après les consonnes finales (ainsi que la confusion de r et de Z) fait qu'on ne peut comprendre qu'avec peine les japonais qui essaient de parler une langue étrangère. Ce n'est qu'après un long Usage qu'un japonais parvient à se déshabituer de cette prononciation mais il tombe souvent dans l'extrême opposé et étouffe des u et des i étrangers qui sont étymologiques : les consonnes suivies de u et de i et les consonnes non suivies de voyelle sont pour les japonais des variantes facultatives d'un groupe de phonèmes et il est pour eux infiniment dilficile de s'habituer, non seulement à relier à une fonction distinctive ces variantes ifrétendues facultatives, mafs encore à considérer en outre l'une d'elles non pas comme la réalisation d'un groupe de phonèmes, mais comme un phonème unique. Un autre exemple également cité par Polivanov est le traitement coréen du groupe « s + consonne ». A la différence du japonais, le coréen admet certains groupes de consonnes, quoique seulement à l'intérieur du mot. Mais le groupe «s-|-consonne » est étranger au coréen actuel. Si un coréen entend un groupe de ce genre dans une langue étrangère, il traite le s comme une façon particulière (qu'il ji'a pas à imiter) de prononcer la consonne suivante, et s'il veut reproduire le mot en question, il le fait en supprimant le s : le russe starik skazal « le vieillard ■a dit » est prononcé tarik kazal. E. Sapir {Journal de Psychologie XXX, 2G2)

raconte que les étudiants américains qui ont appris à connaître par l'enseignement phonétique l'existence des occlusives glottales sont portés à entendre ce son après toutes les voyelles finales brèves accentuées d'une langue étrangère. ■Cette « illusion acoustique » repose sur le fait qu'en anglais toutes les voyelles finales accentuées sont longues et que les gens dont la langue maternelle est l'anglais ne peuvent se représenter une voyelle brève que devant une consonne. Toutes les fois que nous entendons dans une langue étrangère une image phonique qui n'apparaît pas dans notre langue maternelle, nous sommes portés à l'interpréter comme un groupe phonique et è^ la considérer comme une réalisation d'un groupe de phonèmes. Très souvent le son perçu y donne effectivement prétexte, car tout son est une suite d'« atomes phoniques ». Les aspirées se composent effectivement d'une occlusion, d'une explosion et d'un souffle, les affriquées d'une occlusion et d'un bruit fricatif : il n'y a donc rien d'étonnant à ce qu'un étranger, dans la langue de qui ces sons n'existent pas ou ne possèdent pas une valeur monophonématique, les traite comme une réalisation d'un groupe •de phonèmes. De même il est naturel que les Russes et les Tchèques traitent les voyelles longues anglaises, qui sont considérées par les Anglais comme tout à fait monophonématiques, comme des diphtongues c'est-à-dire comme des groupes de deux phonèmes vocaliques — • car ces voyelles sont effectivement des « diphtongues de mouvement ». Mais très souvent le traitement polyphonématique du son étranger repose sur une illusion : différentes particularités d'articulation, qui en réalité apparaissent en même temps, sont perçues comme successives. Les Bulgares traitent le il allemand comme yii [jiiber = ûber t sur », etc.), car ils perçoivent la position antérieure de la langue et la projection en avant des lèvres qui dans le û allemand se produisent en même temps, comme des moments différents. Les Ukrainiens, à qui le son / est étranger, rendent le / étranger par xv [Xvylijp = « Philippe »), car ils traitent les particularités concomitantes du / (le son fricatif sourd et la localisation labio-dentale) comme deux moments successifs. Le tchèque r, qui est un son tout à fait un, est perçu par beaucoup d'étrangers comme un groupe phonique rz (si bien que cette perception a pénétré dans des grammaires tchèques écrites par des •étrangers) : en réalité f est simplement un r ayant une très faible amplitude dans le mouvement de la pointe de la langue, si bien qu'un son fricatif semblable au i est perceptible entre les battements du r*. Dans quelques langues du Caucase (en adyghé, kabarde, artchine, avar et dans toutes les langues du Daghestan occidental), comme dans quelques langues indiennes d'Amérique et dans quelques langues nègres d'Afrique (en zoulou, souto, pédi) existe ce •qu'on appelle des « spirantes latérales », aussi bien sonores que sourdes. Les sourdes sont perçues par les observateurs étrangers comme II, kl, Ql, xl, si, c'est-à-dire que le caractère sourd et l'articulation latérale sont sentis comme •deux phonèmes successifs^. Des exemples de ce genre pourraient facilement être multipliés. Psychologiquement ils s'expliquent par le fait que les phonèmes sont symbolisés, non par des sons, mais par des parlicalarilés phoniques periinenles déterminées : tout groupement de ces particularités phoniques apparaît ■comme un groupe de phonèmes, mais comme deux phonèmes ne peuvent se présenter en même temps, ils doivent apparaître comme successifs.

(1) J. Chlumsky, « Une variété peu connue de Vr linguale », Bévue de Phoné- •Uque 1911.

(2) N. S. Troubetzkoy, « Les consonnes latérales des langues caucasiques septentrionales», BSL XXIII, 3, 184 ss.

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Dans l'étude des langues étrangères on doit lutter contre toutes ces difiicultés. Il ne sufïit pas d'habituer les organes vocaux à une nouvelle articulation : on doit aussi habituer la conscience linguistique à considérer correctement cette nouvelle articulation comme monophonématique ou polyphonématique.

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